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17 juillet 2021 6 17 /07 /juillet /2021 17:15
Un modèle de tenues pour les pavillons des Kwoons ?  source http://confrerie-talo-hasparren.fr/

Un modèle de tenues pour les pavillons des Kwoons ? source http://confrerie-talo-hasparren.fr/

Ce post développe des idées postées suite à un débat entre kravists lancé par the "boss" himself : un signe clair que le temps est venu de parler de choix concret pour les fédérations et les clubs d'arts martiaux. " Se reposer ou être libre"

[vu la sensibilité du sujet, je m'autorise à modifier le texte en cas de problème]

 

Tout d'abord, il est sans doute intéressant de noter que les discussions Politiques (notez le grand P) au sein des écoles d'arts martiaux (ou d'autres organisation éloignés, a priori de la politique) a toujours été une constante.

C'est même, si on y réfléchit, une des utilités principales des écoles d'arts martiaux (cf le travail de l'universitaire Benjamin Judkin) : l'agression physique est rare, l'agression psychologique par son environnement (plus ou moins direct) est beaucoup plus commun. (art cérémoniel pour ceux qui suivent)

La prise de recul et la recherche de solutions au sein d'une discussion entre "frères d'arme" (femmes incluses, le masculin inclus le genre neutre en français) est un excellent moyen de ne pas rester bloqué sur une inhibition ou une mystification (nous reviendrons la dessus plus bas).

Par contre, si ce genre de discussion est autorisé (toutes les écoles anciennes ne le permettaient pas), une structure particulière doit être mise en place. En effet, l'expérience (depuis Pythagore en Occident) a montré que ce n'était pas une bonne idée de tout mélanger.

Ainsi donc, généralement, dans une même école, il doit exister deux structures.

  • Une "ouverte à tous" qui permet d'avoir une utilité sociale évidente (exemple : Apprendre la self défense, organiser l'entrainement et des compétitions de sports- de combat ou non, organiser le spectacle de la danse du lion ou, en dehors des arts martiaux, association caritative, promotion de la saucisse, défense du pangolin, etc.....)
  • Une "réservée à certains" (mais pas forcément secrète, les deux peuvent cohabiter de manière tout à fait officielle), où une activité particulière peut avoir lieu pour ceux qui le souhaitent. (discussions et informations politiques, recherches spirituelles, recherches scientifiques-alchimie en son temps, etc ....)

Pourquoi une telle structuration (qui était classique aussi bien en Orient qu'en Occident mais l'Occident a "perdu" cela au début du 20eme siècle) ?

En premier, parce que le Temps de tout le monde n'est pas forcément tourné en permanence vers ce type de "sur-effort" ( la vie de famille, professionnelle, etc .... demande aussi un "sur-effort" à certains moments): Ceci permet néanmoins de faire vivre (économiquement et socialement) une structure "ésotérique" et d'avoir un point d'entrée pour réfléchir/agir (quand il le devient nécessaire et/ou possible) de manière plus efficace que "tout seul".

Au passage, notez que quand je parle politique, je ne parle pas forcément (et en fait pas du tout) de conspiration. Au 19eme siècle dans une structure de ce type, le but était d'avoir un suivi des lois en cours de discussion par les "parlementaires" (un rapport avec l'actualité ? :-) ). Une personne était chargée de collecter les textes dans l'intervalle entre deux réunions (entre 15 jours et un mois) afin de permettre une discussion et d'avoir un choix de vote éclairé pour tous, sans forcément avoir une consigne du groupe. Nous sommes bien loin d'un délire de conspiration et bien plus proche d'un idéal démocratique.
 

 

 

 

"Et donc nous  devons évoquer ce soir le nouveau décret de l'empereur Qinq" Source : https://cieljyoti.wordpress.com

"Et donc nous devons évoquer ce soir le nouveau décret de l'empereur Qinq" Source : https://cieljyoti.wordpress.com

Second grand avantage de ce type de structure : une indépendance de fait des partis politiques (De Gaulle s'en méfiait "Le régime des partis, c’est la pagaille."), des religions "officielles" ou de l'Etat.

Bizarrement :-) les partis, les religions "officielles" ou les états se méfient toujours de ces structures (avec l'ironie que certaines sont religieuses et/ou para-étatique) et cherchent à les éliminer et/ou à les absorber - notamment en alimentant, discrètement, des campagnes de presse ou des révélations "sulfureuses". Souvenez vous des premiers chrétiens avec Néron..... Lire le post précédent sur l'école de kung fu de l'école du phénix en Chine. C'est également visible lors de la 2nd guerre mondiale où les clubs de sports servaient de vivier de recrutement pour la résistance (pour les FTP notamment, le PC servant souvent de "2eme étage" aux clubs de sport et c'était tout à fait officiel). Un fait que l'occupant d'alors avait fort bien compris.

Bien sur pour avoir un rôle "moteur" dans la société civile, ces écoles doivent respecter certains critères (que j'ai déjà plusieurs fois évoqué dans ce blog) : neutralité politique, religieuse, non-violence, hiérarchie de fonction mais pas d'autorité (relire le post sur l'Olivier du Krav Maga), etc ....

Pour faire simple et en hommage à la Chine qui a fortement développé ce mode de fonctionnement; quand je parle de ce type d'école, je parlerai désormais de Kwoon. A priori, je pense que c'est le confucianisme qui a permis à la Chine d'être en pointe sur ce domaine mais je n'ai pas de "certitudes". 

  • Pour la partie "standard" du kwoon, je parlerai de club. (ex club de krav maga, de kung fu, de boxe, etc....).
  • Pour la partie "réservée" du kwoon, je parlerai de pavillon. D'après la définition c'est un "petit bâtiment isolé" et il est possible d'en avoir plusieurs si votre club est grand : "pavillon d'or, pavillon rouge, pavillon de la rivière, etc ...", chacun avec un thème précis (politique, médical, etc ....). En Chine, pour ce que j'en ai lu, c'est un nom typique pour ce type de structure.

 

 

Généralement la reconnaissance de l'entrée au pavillon est ritualisée. Il est ainsi clair pour tout le monde, nouvel entrant inclu, qui a demandé accès au pavillon et qui n'est pas intéressé. source https://cieljyoti.files.wordpress.com

Généralement la reconnaissance de l'entrée au pavillon est ritualisée. Il est ainsi clair pour tout le monde, nouvel entrant inclu, qui a demandé accès au pavillon et qui n'est pas intéressé. source https://cieljyoti.files.wordpress.com

Comme pour l'entrainement aux arts martiaux, une tenue particulière (ou au moins un élément particulier) est demandé pour acter du fait que l'on est dans le pavillon et non dans le club : ceci évite les confusions. (un peu comme la tenue du juge et de l'avocat, les principes de l'humain sont stables) source https://cieljyoti.files.wordpress.com

Comme pour l'entrainement aux arts martiaux, une tenue particulière (ou au moins un élément particulier) est demandé pour acter du fait que l'on est dans le pavillon et non dans le club : ceci évite les confusions. (un peu comme la tenue du juge et de l'avocat, les principes de l'humain sont stables) source https://cieljyoti.files.wordpress.com

Attention de ne pas aller trop loin !!!

Attention de ne pas aller trop loin !!!

Notez que quelqu'un qui ne connait pas l'explication, ne pourra pas comprendre pourquoi  dans le pavillon du kwoon de Krav Maga, il est permit de parler du covid 19 et du vaccin alors qu'il est interdit de parler de cela dans le club de Krav Maga. Pourtant les deux sont au même endroit et avec quasiment les mêmes personnes :-). Dans un kwoon d'arts martiaux (aikido pour être précis), j'ai même pu observé que des éléments du décor de la salle était modifiés pour indiquer si l'on était au club ou dans le pavillon.

Notons aussi qu'un pavillon dans le kwoon n'est pas une obligation : Cela dépend des élèves : ce choix est le leur. Un club peut être "juste" un club. Dans le contexte d'opulence qui était le notre, ce n'était absolument pas un besoin. Les choses viennent manifestement de changer .....

Il y a également, à ma connaissance, beaucoup d'organisations différentes possibles. Le pavillon est quelquefois secret, quelquefois non; quelquefois l'entrée du pavillon est ouverte à tous les volontaires, quelque fois il faut être également coopté, etc ...

Au passage notez la mystification "classique" de faire croire qu'il existe des techniques supérieures de combat dans le pavillon ..... En particulier quand à cause de ses conneries bêtises, il est devenu difficile de recruter (cf après la guerre des boxers en Chine pour les kwoons historiques) ou alors que l'on manipule les adhérents du club pour les faire entrer dans "autre chose" (secte, pègre, conspiration, etc ...).

Maintenant que nous avons éclairci le sens des mots (cf Confucius). Il est temps de s'attaquer à la raison fondamentale d'avoir une structure ésotérique "non ouverte à tous".

Toute société repose sur des croyances et des lois.

  • La croyance, ce sont les idées qui sont dans votre tête et que vous considérez comme de l'évidence
  • Les lois, ce sont des règles établies par la société, avec sanction en cas de non respect.

Quand une société est "bien faite", les lois sont établies à partir de faits et de leurs conséquences "physiques" ("sauver les âmes" n'est pas factuel) .

Par exemple autoriser le meurtre et l'appel EXPLICITE à la violence ne peut que conduire à des dérapages et désintégrer à terme la société.

Pour limiter le cout d'infrastructure de la société (car il n'y a pas que la violence qui peut désintégrer la société), il est fondamental que le cout d'infrastructure soit le plus bas possible et que donc les lois soient "simples, rapides et efficaces" et donc très très limitées. (là c'est dans le Tao te king de Lao Tseu, vous voyez comme cela s'oppose à la vision bien structurée (avec beaucoup de rites et donc d'infrastructures) de la société par Confucius ? Un équilibre entre les deux est nécessaire)

C'est donc le néo cortex qui doit être à l’œuvre pour établir les lois.

Le problème c'est que les croyances sont indissociables de l'humain (montrez moi quelqu'un qui dit ne pas croire en quelque chose et je montrerai quelqu'un qui n'est pas conscient de ces déterminismes) et que souvent "on" oublie que la définition de la liberté dans la société "c'est tolérer que quelqu'un fasse des choses que l'on s'interdit". Bien évidemment, la liberté de l'un s'arrête ou commence la mienne. La loi définit cette frontière pour éviter que les cerveaux mammifères et les croyances ne s'affrontent en permanence : le domaine étant irrationnel, le conflit est inévitable. ( je précise que le cerveau mammifère est utile, agréable et à ne pas occulter, juste à canaliser. cf éducation humaniste).

Certains veulent gommer cette définition de la liberté et la remplacer. La "liberté" devient alors "il faut que tout le monde fasse selon mes croyances car le monde sera bien mieux". En général, c'est une recette pour un régime totalitaire mais c'est régulièrement tenté car c'est la voie royale et séduisante pour l'accès au pouvoir (notamment du psychopathe, l'ennemi naturel de l'artiste martial).

Attention ce n'est pas parce que ce n'est QUE dans notre tête que c'est une croyance. L'URSS a cru que tout était croyance et a découvert que certaines choses dans les têtes étaient réelles (c'est typiquement un sujet que l'on traite dans les pavillons et non dans les clubs). Les wokistes sont en train de faire la même découverte. Ah ! Si seulement ils avaient su lire ... les livres d'histoire.

la plupart des hommes politiques parlent de lois (la "République", "état de droits",etc ....) mais en fait leur travail consiste surtout à manipuler les croyances (cerveau mammifère à travers son vecteur : l'émotion) afin d'obtenir une évolution des lois conforme à leurs "désirs", désirs qui peuvent être différents de ce qui est affiché publiquement (manipulation) voire inconscients (pathologies).  Ne parlons pas des idiots utiles qui ne comprennent pas les conséquences (Jar Jar Binks ? ) ....

Mais les artistes sont aussi grandement responsable des croyances qui sont implantées en nous "à l'insu de notre plein gré". Platon s'en méfiait pour cette raison. L'art n'est donc pas simplement un problème philosophique ou esthétique, il a aussi un aspect politique . Au passage quand vous voulez lutter contre une forme artistique proposer un autre modèle (utopie ?) ou une extrapolation (dystopie ?)  (pour réfléchir aux conséquences dans l'un et l'autre cas) est beaucoup plus efficace que la censure.

Vous aurez noté que l'action sur les croyances, c'est la tactique mise en place par le mouvement "wokiste" depuis les années 90 ( cf E. Behr "une Amérique qui fait peur").

  1. Tenter de manipuler le langage et les comportements (le "politiquement correct", l'écriture inclusive, l'inclusivité, etc...).
  2. Tenter de manipuler la culture (film, chanson, slogan, etc ..... ) pour essayer de promouvoir un modèle social.
  3. Ostraciser ceux qui sentent que les faits ne correspondent pas aux discours.
  4. A partir de cette hystérisation, aboutir à un changement de loi (et avoir le droit à une distribution d'argent mis dans le pot commun) éventuellement en jouant sur le sens des mots (cf 1) par un "cabinet constitutionnel" acquis à la croyance (ou vendu). Ce point n'est pas nouveau : il date (au moins) de Cicéron.

A répéter jusqu'à ce que votre infrastructure bute sur les limites physiques et/ou naturelles : la Réalité. (La suite est connu : le système politique d'après Cicéron ou d'après Romulus Augustule suivant le niveau restant de ressources)

Notons que la démocratie, son système électoral ET sa séparation des pouvoirs (le vote seul ne suffit pas pour avoir une démocratie....) rend la reconnaissance et la prise en compte de la Réalité -Apocalypse dans l'ancien langage :-) - beaucoup plus simple et facile que les autres systèmes politiques.

C'est ce qui est arrivé, à mon avis, avec la débudgétisation de la police US. Les Wokistes, pris dans leur délire, ont abouti à un oubli complet de la réalité, remplacé par des vœux pieux et/ou des sophistes : "il suffit que les gens soient honnêtes et il n'y plus besoin de police".  "La Réalité c'est ce qui continue d'exister même quand on n'y croit plus".

Les pavillons des différents kwoons sont des endroits où l'on peut discuter des croyances (collectives et/ou personnelles) afin d'évoluer et de disposer, in fine, d'une vision plus objective et plus lucide de la Réalité. Réalité qu'il vaut mieux avoir dans son camp. (Tao Te King à nouveau).

Naturellement pour cela un cadre est nécessaire : il n'est pas facile de faire le point sur nos croyances. (cf les posts dédiés sur ce blog). Un pavillon permet d'avoir ce cadre avec des structures éprouvées car classiques : l'ancien ne vaut que par la connaissance qu'il apporte, ce n'est pas une valeur en tant que telle.

Et nous arrivons donc (enfin !!!) au covid 19 et à la pagaille actuel.

Notre société repose en effet sur une croyance fondamentale : "La croissance permanente".

Elle repose sur une base empirique : Depuis trois siècle, c'était le pari gagnant : Ceux qui ont parié sur la croissance scientifique et économique ont "gagné" par rapport à ceux qui ont fait le pari inverse.

Quand je parle des gagnants, ce sont à la fois les individus mais aussi les institutions et les pays.

Cette croyance est donc souvent considérée comme un fait et a intégré la croyance collective de beaucoup d'institutions et de pays : une douzaine de génération ayant eu la preuve de sa "réalité".

Or la méthode scientifique (pour rappel, la "science" n'existe pas) a, depuis le 19eme siècle, expliquée, que  cette croissance permanente, n'était pas une réalité mais un "coup de chance" de l'histoire : un peu comme l'Empire romain, l'empire arabe ou l'empire mongol. Elle devait prendre fin, de manière absolue, entre 2000 et 2010 (spoiler : C'est gagné !! ). La descente, ensuite, durera plusieurs siècles.

Mais une croyance (cerveau mammifère) implantée depuis aussi longtemps ne se résorbe pas facilement.

Nous avons donc une opposition entre la Réalité ("la descente a commencé") et la croyance dans la "croissance permanente".

Or pour comprendre que la croyance est fausse, il faut prendre conscience que quelque chose cloche dans sa modélisation de la réalité ("carte" et "territoire").

Il existe un modèle typique pour cela : le modèle de Kubler Ross. Ce modèle décrit la prise de conscience comme passant par 5 états : Déni, Colère, Marchandage, Dépression, Acceptation. (C'est un modèle, il sert de guide et n'est pas la Réalité : certaines étapes se mélangent, d'autres n'apparaissent pas, l'ordre n'est pas toujours respecté, etc ....).

Ce qui est en train d'arriver à la société avec le Covid 19 me semble correspondre avec ce modèle :

  • Déni : " le virus n'existe pas"
  • Colère : "J'en ai marre, je veux sortir du confinement" (accessoirement, je cherche un bouc émissaire. Le plus facile étant généralement le gouvernement, quelquefois à raison)
  • et maintenant Marchandage " Si tout le monde se vaccine, nous retrouverons les jours heureux".
  • La Dépression ne devrait pas tarder .....

Vous noterez que les réactions sont prévisibles par la psychologie et non par le médical. Un autre facteur extérieur que le covid (un krach ou une crise politique)  aurait déclenché exactement les mêmes réactions mais n'aurait pas ciblé les mêmes personnes (cf la fin de l'URSS).

Pour résumé :

Nous avons factuellement une épidémie, qui est traitée avec une stratégie pouvant soulever des questions POLITIQUES (les choix ....) légitimes.

  • refus de fermer les frontières nationales - c'est le traitement administratif standard d'une épidémie en France depuis le17eme siècle.
  • refus de développer le traitement hospitalier - c.a.d refus de revenir sur la décision de réduire l'infrastructure médical (en avril 2020, la surprise du Covid pouvait faire comprendre la nécessité d'un confinement, en juin 2021, un an après, c'est un choix et non une nécessité).
  • Refus de tester les traitements pour avoir des données permettant de s'assurer de l'efficacité de tel ou tel traitement.
  • Tout miser sur un type de vaccin alors qu'il est encore en phase de test (pour les traitements c'était un problème pour les vaccins, çà passe crème......).
  • Imposer à court terme un vaccin dont la technologie, par manque de données de long terme, est beaucoup moins sûre qu'une technologie éprouvée.

Or le problème d'énergie demandait une réduction drastique de l'économie à partir de 2020 (et interdit de redéployer des moyens dans le milieu médical ....). Coïncidence que la solution retenue au virus ait été un confinement qui, en tant qu'effet secondaire, réduit drastiquement l'économie et ne demande pas une augmentation des moyens hospitaliers ? Une instrumentalisation du virus et du confinement est elle possible ? Cela expliquerait pourquoi aucune autre solution n'est réellement approfondie: Il y a deux agendas (les deux sont "vrais") mais un seul est public.

Bien sur, les éléments pour une autre stratégie n'ayant pas été mis en place en 2020, il n'est plus possible de  mettre en place autre chose qu'un confinement pour septembre 2021 mais dire que c'est la fatalité est un raccourci mystificateur. Il y a eu des décisions : s'il y a confinement à la rentrée 2021, il aura été choisi. C'est sans doute le choix rationnel mais il se heurte à la croyance collective de la croissance permanente et générera sans doute à nouveau des tensions.

Au vu de ses éléments, il apparait clairement que des éléments économiques ET écologiques (vous savez le truc qui n'existe pas vraiment d'après certains, une simple croyance ....) sont venues orienter un problème médical (la corruption et autres conflits d'intérêt étant des épiphénomènes et non le moteur du problème).

D'après mon analyse, le point économico-politique est essentiel (cf les différentes sources et analyses argumentées dans le blog).

Avec l'analyse de Kubler Ross, les réactions démontrent que personne ne veut pointer la vraie nature du problème : la dislocation (sociale, économique, politique, culturelle,etc ....) due à l'épuisement des ressources et que la stratégie retenue est plutôt de jouer sur les phases de Kubler Ross pour acheter du temps (et de l'endettement).

Le Covid 19 est un révélateur et non une raison.

  • La Chine a eu le Covid sur son territoire mais son économie et son accès aux ressources (notamment l'énergie et les matières premières) dans le monde lui a permis de dépasser le problème (matériel disponible, etc ...) : PAS de confinement à l'échelle du pays....
  • La France a eu le Covid sur son territoire et son économie (et celle de l'UE) ne lui a pas permis d'y faire face.

L'histoire de la société chinoise montre qu'elle peut être aussi turbulente que la société française (la contre-culture chinoise est ainsi beaucoup plus organisée) : Le facteur économique explique, à mon sens, beaucoup plus la différence de réaction que de purs facteurs économico-politiques.

Pour éviter de faire prendre conscience du problème de fond ("la fête est finie"), le "politique français" a décidé de faire un détournement d'attention en imposant un débat sur le vaccin et sur son "obligation".

Pour cela annoncer des mesures autoritaires sur le pass sanitaire est une stratégie, à mon sens, réfléchie car de fait il impose un débat accessoire qui étouffe le vrai débat de fond et la révélation sur le futur imminent de notre société.

En effet, cela permet :

1- de détourner l'attention de la vraie nature du problème ("la France est pauvre", ce qui a pour conséquence que beaucoup de lois (notamment des lois pour le bénéfice de certains) vont être supprimées de gré ou de force. Vu la structure clientéliste de notre socio-économie, une crise majeure est donc devant nous APRES le covid (vaccin ou pas) et non pas A CAUSE du covid.

2- d'imposer un débat clivant où le bouc émissaire "évident" n'est pas le gouvernement mais l'autre partie de la population (cf point 2 de Kubler Ross). Le gouvernement peut donc continuer à jouer le rôle d'arbitre même s'il est un joueur de la partie.

3- de montrer que le gouvernement a fait tout ce qu'il pouvait et qu'il pourra imposer un nouveau confinement à la rentrée 2021. Vu ce qui se passe en Israël (malgré sa couverture vaccinale ET sa fermeture des frontières), je pense que ce n'est pas l'hypothèse la moins probable. 

Attention, contrairement à d'autres je ne dis pas que le virus n'existe pas ou qu'il ne faut pas se protéger ou protéger les autres.

  • Je dis que les mesures de protection ne sont pas optimales uniquement en prenant en compte l'ensemble de la population mais également pour une contrainte économique majeure (et peut être quelques lobbies)
  • Je dis également que les jours d'opulence sont terminés et que croire que le vaccin permettra de revenir à une vie facile avec des vacances à l'autre bout de la planète, des restaurants toutes les semaines ou des loisirs couteux, c'est terminé: virus ou pas.
  • Enfin je dis que le bénéfice du (des?) vaccin (s) est différent selon les catégories de population et que les données communiquées ne permettent pas de connaitre quelles sont les catégories concernées. (hasard ? Je ne crois pas ....). Dans mon entourage, les choix rationnels sont différents suivant la catégorie. La réponse ne peut pas être binaire (reptilienne ? )

Et donc après tout ce développement que peut on conclure pour les clubs d'arts martiaux ?

Le premier point, que j'ai déjà écrit sur ce blog: le choix de faire reposer son avenir professionnel dans les purs arts martiaux est une impasse (Georges Saint Pierre et Henry Plée ont déjà dit la même chose, avant ....).

Si tel est votre choix, au fur et à mesure que les difficultés vont s'accumuler vous allez :

  • Soit vous paupériser (la clientèle PAYANTE va se réduire de plus en plus) - Par contre cela peut vous donner un rôle social dans votre quartier/village/etc....
  • Soit basculer dans la pègre (c'est ce qui est arrivé aux triades et aux écoles d'arts martiaux associés en Chine au moment de la dislocation de l'empire chinois. Le Karaté a connu le même problème au Japon)

Les écoles d'arts martiaux doivent donc évoluer pour prendre en compte la réalité de ce qui est train d'arriver et apporter un service à la société :

- Spectacle (ex : la danse du lion et le "sword dance")  : quand il y a moins d'internet et de télé (électricité.....), les gens paient beaucoup plus volontiers pour voir un spectacle vivant. Une école de Krav Maga a d'ailleurs déjà ouvert la voie.

- Médical : les dojos japonais servaient d'antenne médical et de centre de premiers secours dans les quartiers : Essayer de séduire le personnel médical pour pratiquer :-) . Les artistes martiaux chinois proposaient des lotions et des baumes. (attention avec la loi en France sur l'exercice de la médecine).

- Les fédérations doivent évoluer : Le passage de grade et la qualité technique de la discipline sont toujours des points fondamentaux mais l'organisation (cours, stages, rémunération des encadrants, passage de grade) peut et doit devenir différente.

A ce sujet, la communication retenue par les différentes fédérations peut être un signal :

- Une fédération officiellement dans le déni du virus et refusant d'en tenir compte sera détruite par l'état qui ne pourra se permettre d'avoir une institution contrant sa communication.

- Une fédération qui ne permet pas d'échange d'information autre que la communication d'état verra son utilité fortement réduite. Les adhérents préféreront sans aucun doute une fédération peut être moins technique mais permettant un échange d'information plus intéressant.

- Une fédération appuyant la communication de l'état (sur les vaccins, notamment) sera traité comme l'état. Cela peut poser problème lors de "mouvements politiques sortant des distributions classiques".

Le silence est une stratégie mais dans ce cas, il est nécessaire que tous se taisent où au moins disent clairement quand il parle en leur nom ou au nom de l'institution. Et le silence n'économisera pas les changements structurels nécessaires qui doivent commencer dès maintenant.

Le positionnement sera délicat mais il est indispensable afin de pouvoir traverser la tempête que nous impose nos décisions collectives passées (dans les années 70 où le choix a été fait de continuer la fête).

Un modèle intéressant à étudier est celui de l'église chrétienne (pas encore catholique) à la fin de l'empire romain. Comment maintenir une idée (une religion de la non-violence) dans un monde où l'économie s'effondre et où des bandes guerrières s'affrontent.

Pour finir, il est bon de rappeler le rescrit d'Honorius où, du jour au lendemain, l'empereur informe la population d'une île qu'elle ne peut plus compter sur l'armée romaine.

C'est valable pour l'armée, mais, avec un peu d'imagination, il est possible de l'appliquer aux soins médicaux, aux tribunaux, à la police, à la nourriture, etc .... Savoir que cela peut arriver est un plus même si cela sera désagréable pour tout le monde.

 

 

 

 

Covid 19, arts martiaux et clubs
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Published by KRAV MAGA et PHILOSOPHIE
8 novembre 2020 7 08 /11 /novembre /2020 12:46
Sculptures sur bois trouvées dans Cháozhōu, la ville la plus proche du village du Phénix.  Photo par Polar1.  Source : Wikipédia (CC).

Sculptures sur bois trouvées dans Cháozhōu, la ville la plus proche du village du Phénix. Photo par Polar1. Source : Wikipédia (CC).

 

Un article traduit du blog Kung Fu Tea (l'original est ici) avec l'aimable autorisation de Benjamin Judkins

 

Introduction : La vie de village dans l'imaginaire urbain

En 1925, le Teachers College de l'Université de Columbia a publié la première étude sociologique moderne complète sur la vie dans les villages de Chine du Sud. Le sujet lui-même n'était pas nouveau. Comme l'a souligné Virgil K. Ho, des intellectuels chinois, japonais et occidentaux ont passé une grande partie des années 1920-1930 à tenter de diagnostiquer les pathologies de la vie rurale chinoise.

C'était une période où les valeurs sociales de la Chine ont évolué dans une direction résolument urbaine. De plus en plus d'universitaires ont indiqué que les campagnes pauvres, sans éducation, superstitieuses et insalubres étaient la cause ultime de l'échec de la Chine à relever les défis de la modernité. De nombreux articles déplorant l'état de ces districts ruraux ont été publiés.

Comme le fait remarquer Ho, la plupart d'entre eux ont été rédigés à une distance confortable par des universitaires qui avaient passé très peu de temps dans les campagnes. Et beaucoup de ceux qui se sont rendus dans leurs domaines de recherche n'ont pas saisi la nature des changements qui étaient alors en cours. Une grande partie de cette littérature ancienne reflète simplement les préjugés sociaux et urbains des penseurs qui l'ont produite.

C'est précisément ce qui fait de "Country Life in South China: The Sociology of Familism" de Daniel Harrison Kulp II, une étude si importante. Publiée en 1925, cette étude du village de Phoenix, dans le nord-est du Guangdong, est l'une des premières études sociologiques complètes jamais réalisées sur une communauté rurale du sud de la Chine. L'auteur (professeur de sociologie au Teachers College de New York et au Shanghai College) a eu la chance de travailler avec pas moins de trois informateurs indigènes du village qui étaient partis poursuivre leurs études dans d'autres villes où ils ont ensuite été initiés aux sciences sociales modernes.

L'un de ces informateurs est retourné dans son village natal pour entreprendre un travail de terrain détaillé en 1918 et 1919, et Kulp lui-même a passé l'été 1923 à mener ses propres enquêtes et entretiens. En bref, cette brève étude est le fruit d'une équipe de recherche exceptionnellement bien préparée, composée d'initiés et d'étrangers qui ont eu plusieurs années pour préparer ce qui s'est avéré être la première étude "scientifique" de la vie villageoise dans la Chine rurale du sud. Leurs conclusions ont directement remis en question nombre des images désastreuses et politisées de la vie rurale qui circulaient alors.

Kulp et son équipe ont toujours pris soin de souligner qu'ils entreprenaient une enquête détaillée sur un seul village ; il faut donc se méfier des généralisations. Pourtant, il s'agissait à bien des égards d'un village très moyen. Situé à deux heures en amont de Cháozhōu (Shantou étant la plaque tournante du commerce régional plus au sud), le village de Phoenix était une communauté stable, sinon particulièrement prospère, regroupant sous ce nom environ 650 habitants.

Si la région est aujourd'hui surtout connue pour son implication dans l'industrie du thé, les principaux produits agricoles étaient à l'époque les arbres fruitiers, la canne à sucre et les légumes. En réalité, la région a connu un lent déclin depuis la révolution de 1911. Le village avait produit un certain nombre de chercheurs et de diplômés, mais tout cela ne signifiait pas grand-chose face à la réforme de l'éducation. L'impact de ces réformes sur les écoles du village était l'un des principaux axes de recherche de Kulp.

Pourtant, les lecteurs à la recherche d'histoires de pauvreté déchirante, d'abus de drogues et de superstition rurale (ce sur quoi la plupart des discussions sur la campagne des années 1920 semblent s'être concentrées) ne pouvaient qu'être déçus. Alors que Kulp soulignait les échecs évidents de l'hygiène publique, de la lutte contre les inondations et de la politique d'éducation là où il les trouvait, tout compte fait, ce qu'il décrivait était une communauté remarquablement cohésive, ordonnée et travailleuse, avec un fort sentiment de sa propre identité. Toute personne cherchant une explication à "l'échec de la modernisation" de la Chine devrait chercher ailleurs.

Comme le titre de cet ouvrage peut le laisser supposer, Kulp s'est beaucoup intéressé à la nature du système de lignage et à son interaction avec d'autres structures sociales, religieuses et politiques. Une grande partie de son livre est consacrée à l'explication de la manière dont les différents segments de la lignée dans le domaine de la recherche ont en fait constitué les éléments de base de la vie communautaire locale. Néanmoins, il note que les organisations familiales, de par leur nature même, ne peuvent pas satisfaire pleinement les souhaits de sécurité, de progrès économique et d'accession au statut d'individu de chacun. Pour aider à atteindre ces objectifs, les communautés disposent d'un certain nombre d'"associations bénévoles".

Le village du phénix, bien qu'assez petit, a réussi à soutenir six de ces groupes. Les plus courantes sont les sociétés d'entraide que les familles les plus pauvres ont créées pour mettre en commun leurs ressources et collecter des fonds. Pendant la période de leur recherche sur le terrain, la communauté comptait également deux associations de parents d'élèves, une coopérative de fabrication de sucre, une association d'irrigation, un club de musique et une association de boxe.

La discussion de cette association de boxe est la première contribution contemporaine en sciences sociales à la littérature sur les arts martiaux chinois que je connaisse. Si l'on peut certainement trouver d'autres observations sur la boxe chinoise, je ne connais aucun travail de terrain antérieur, entrepris par des universitaires professionnels, qui ait cherché explicitement à comprendre la fonction sociale des arts martiaux chinois et à les placer dans le cadre de la vie du village. La discussion de Kulp nous fournit un ensemble d'observations critiques concernant la nature et la pratique sociale de la boxe rurale pendant la période de la République.

C'est la bonne nouvelle. La mauvaise nouvelle est que Kulp n'avait pas vraiment beaucoup de données sur lesquelles travailler lorsqu'il a discuté de cette association particulière. Alors que la boxe était un passe-temps populaire pour certains individus, et qu'ils créaient (ou ressuscitaient) constamment des clubs pour fournir un espace social à leur pratique, ces efforts se sont presque toujours soldés par un échec. Lorsque Kulp est arrivé en 1923, le village était à nouveau sans association de boxe, même si (comme son étude le montre clairement) les arts martiaux étaient encore une partie importante de la façon dont les gens discutaient de la vie du village.

Pourquoi en était-il ainsi ? Étant donné que la boxe était l'une des rares activités récréatives socialement approuvées pour les hommes adultes, et qu'elle avait un public local important, pourquoi le village du Phénix n'a-t-il pas réussi à garder son association d'arts martiaux ouverte, même pendant les années relativement calmes du début des années 20 ? Que révèlent les luttes de ce club sur la place de la boxe traditionnelle dans la vie rurale ? Plus précisément, comment a-t-il interagi avec les forces sociales, politiques, économiques et psychologiques qui définissaient la vie rurale ?

 

La pagode du Phénix dans Cháozhōu. Cette photo a été prise en 1870 par John Thomson. Source : Wikipédia (cc).

La pagode du Phénix dans Cháozhōu. Cette photo a été prise en 1870 par John Thomson. Source : Wikipédia (cc).

Le triste état de la "boxe chinoise" dans le village de Phoenix

 

Une grande partie de la première moitié de l'étude de Kulp est consacrée à une étude détaillée des différentes couches du système de parenté de la famille élargie et du clan. En effet, ces relations constituaient les principales voies par lesquelles l'influence et les ressources étaient distribuées au sein de la communauté. Dans la seconde moitié de son travail, il s'est ensuite penché sur les différentes associations bénévoles du village.

J'ai retranscrit la description principale de l'association locale de boxe qui s'y trouve. La discussion initiale sur cette institution est relativement courte, mais le lecteur doit savoir qu'elle s'appuie sur des arguments que l'auteur a développés tout au long du livre. La véritable valeur de ce récit réside dans sa contextualisation d'un aperçu beaucoup plus large de la vie du village. Bien que je discuterai de quelques points pertinents suggérés par ce passage dans la dernière section de ce billet, les lecteurs intéressés voudront prendre le temps de revoir l'étude de Kulp car elle contient une foule d'informations sur des sujets connexes.

 

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LE CLUB DE BOXE

 "Un autre type [d'association volontaire] est le club de boxe. Un villageois qui connaît un peu la boxe chinoise propose à un certain nombre de jeunes hommes de collecter des fonds pour s'assurer les services d'un instructeur et louer une place pour l'"école d'autodéfense" ! Un droit d'entrée est proposé et, lorsque sur cette base, suffisamment d'argent est collecté pour lancer l'école, un instructeur de boxe itinérant est employé et un lieu approprié est loué. En général, les cours ont lieu dans un ancien bâtiment scolaire ou dans un temple où la cour pavée ouverte sert de gymnase en plein air.

    L'enseignement est dispensé le soir, lorsque les jeunes hommes ont le plus de loisirs. Après quelques leçons d'une série de mouvements corporels destinés à éliminer un adversaire, l'élève est initié aux mystères de l'estoc, de la parade, de la taille et du blocage avec une variété d'armes populaires dans les guerres anciennes en Chine.

    Au début, les mouvements sont appris par l'imitation en masse de l'instructeur ; plus tard, ils sont perfectionnés par la pratique avec un partenaire de combat pour développer l'expérience, la confiance et la précision. Lorsque l'entrainement commence, et surtout lorsque les classes se réunissent pendant que l'instructeur est dans un village voisin, certains des membres les plus endurcis "deviennent rudes" et des problèmes surgissent. Chacun développe une pulsion de conquête plutôt que de finesse et de précision jusqu'à ce que l'organisation connaisse une fin plus ou moins triste.

    Malgré des échecs répétés pour maintenir en vie de telles associations, les passionnés de ce sport tentent de temps en temps de faire revivre le club. Le besoin de protection personnelle est généralement reconnu, de sorte que l'intérêt est facilement éveillé. À l'heure actuelle [1925], cependant, le village du phénix ne possède aucun club de ce type, en grande partie à cause des attitudes disparates des groupes familiaux.

    Bien que le but apparent de l'organisation d'un tel club soit l'éducation à la protection par le biais d'une prise en charge coopérative des dépenses, d'autres objectifs et fonctions apparaissent facilement à l'analyse des activités. Les compétences en matière de boxe sont précieuses pour plusieurs raisons : il a déjà été souligné (chapitre V) que les chefs émergents deviennent particulièrement efficaces lorsqu'ils bénéficient du soutien d'une famille nombreuse, mais lorsqu'un grand nombre de leurs adeptes sont formés à l'art de l'attaque et de la défense, alors, en effet, le chef devient redoutable et influent dans la politique du village ; chaque homme est son propre policier et doit être capable de se protéger et de protéger ses biens contre les voleurs. L'exercice physique est très éprouvant et permet de développer le physique des jeunes participants tout en leur procurant du plaisir.

    Les activités sont donc à la fois pratiques et récréatives. La fonction de protection répond aux situations de crise pratiques telles qu'elles peuvent survenir pour les villageois individuels tandis que la fonction récréative ou expressive offre une libération de certaines tensions de la monotonie villageoise."

    Daniel Harrison Kulp II. 1925. Country Life in South China: The Sociology of Familism, volume 1. New York City : Teacher's College, Columbia University. pp. 207-207

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    Réflexion sur le(s) club(s) de boxe du Village du Phénix

Bien que le récit soit bref, Kulp offre à ses lecteurs quelques informations très intéressantes dans cette description. Notez que bien qu'il s'agisse d'un village à nom unique, les arts martiaux qui y sont pratiqués ne sont pas un style familial obscur (comme on l'imagine souvent rétrospectivement). Au contraire, une école est créée et un instructeur extérieur au village est engagé. Bien que les cotisations semblent avoir été payées par abonnement plutôt que par un montant mensuel fixe (c'est une tendance générale que l'on retrouve dans presque toutes les associations bénévoles étudiées par Kulp), le club est essentiellement une entreprise publique et est ouvert à tout homme intéressé par la boxe et disposant de suffisamment d'argent pour couvrir les frais. En effet, ce type de financement collectif de l'enseignement des arts martiaux semble avoir été courant dans le Guangdong rural au cours des deux dernières décennies du XIXe siècle. Ainsi, le club de boxe du village du Phénix des années 1920 est, à bien des égards, assez "traditionnel".

Les descriptions données dans d'autres sections de l'étude semblent indiquer que les cours étaient généralement dispensés soit dans l'école confucéenne semi-délabrée, soit dans l'un des deux temples de seconde zone situés dans le village.

Il est plus difficile de deviner qui étaient les élèves. Il semble que les éléments les plus prospères et les plus puissants du village n'ont pas apporté leur soutien au club de boxe. Mais les très pauvres n'auraient pas eu l'argent pour acheter une souscription lors de la création de l'entreprise. Il semble donc que la plupart des pratiquants d'arts martiaux auraient été des jeunes hommes issus de familles paysannes de la classe moyenne ou moyenne inférieure.

Il est également intéressant de noter que le professeur du club de boxe était toujours un étranger amené dans le village à cette fin. On pourrait supposer qu'une communauté aussi petite ne serait pas en mesure de soutenir un artiste martial professionnel. En fait, le village du Phénix employait de nombreux spécialistes de la violence. En discutant de la présence d'un certain nombre de maisons d'opium/jeu dans le quartier des affaires de la ville, Kulp observe :

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"Les joueurs répertoriés font référence à ceux qui tiennent des maisons dédiées au jeu et à la consommation d'opium et qui en vivent. Leurs magasins sont situés juste à l'extrémité nord de la section commerciale du village. Etant responsables de la bonne conduite de leurs clients, ce sont des hommes d'une force physique notable, membres des "branches" reconnues des groupes familiaux. Ils se tiennent toujours prêts, avec l'aide d'hommes spécialisés dans la boxe, à réprimer le désordre ou à prévenir les interférences extérieures. Parmi eux, on trouve les parasites du village. Ils font la cour à tout le monde dans la maison de jeu et réclament des cadeaux aux gagnants.

    (p. 93)”

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La rue commerciale du village du Phénix est un ajout récent construit par les anciens du clan dans le cadre de leur rivalité permanente avec le village de Tan, plus grand et plus prospère, situé au sud. Après avoir construit les devantures des magasins, ils ont découvert que peu de membres de leur clan étaient réellement intéressés à les occuper, si bien que presque tous les magasins locaux étaient gérés par des marchands extérieurs qui ne sont pas membres du village. Les maisons de jeu et d'opium font cependant exception à la règle. Elles sont gérées par les principaux groupes de lignage qui dominent la région.

Il y a clairement un lien entre la boxe et ces industries locales, mais Kulp ne poursuit jamais cette ligne de questionnement. Nous sommes simplement laissés à nous demander si la classe de boxe du village a contribué à fournir les muscles utilisés par ces segments de la lignée. Étant donné que ces familles plus puissantes ne semblent pas avoir été actives dans le soutien de l'entretien du club, on ne peut que soupçonner que ce n'est probablement pas le cas. Si c'était le cas, il se peut qu'il y ait eu en fait de multiples institutions transmettant l'"art de l'autodéfense" en ville.

Il est également intéressant de noter que le village du Phénix n'est pas en mesure de financer un instructeur d'arts martiaux à plein temps, même s'il peut faire fonctionner le club. Leurs instructeurs semblent être des enseignants itinérants qui dispensent leur enseignement dans plusieurs villages locaux. En effet, l'auteur affirme que c'est ce manque d'organisation institutionnelle et de discipline réelle qui conduit le plus souvent à la disparition fréquente du club de boxe. Sans un leadership fort, les rivalités de la vie villageoise ne peuvent être tenues en échec. C'est le principal inconvénient d'un instructeur à temps partiel.

Tout cela est exacerbé par un manque de soutien ou de discipline de la part des dirigeants du village et du clan. Bien qu'ils semblent tolérer la résurrection occasionnelle du club de boxe, ils ne font pas grand-chose pour le soutenir ou l'encourager.

C'est étrange, car la sécurité a dû être une préoccupation pour ces individus. Kulp note que le village avait construit une grande maison parmi ses principaux champs comme infrastructure pour sa "société de surveillance des récoltes" pendant la saison des récoltes. Cela semble indiquer que les types de banditisme habituels n'étaient pas inconnus dans la région.

Néanmoins, il est possible que le club de boxe lui-même ait pu être un casse-tête encore plus important pour les dirigeants de la lignée. La raison en est simple. Les associations volontaires de ce type permettaient aux individus de la communauté d'acquérir une sorte d'ancienneté et de respect que les anciens du clan ne contrôlaient pas.

Ce type de pouvoir informel pouvait constituer une force puissante au sein de la politique du village. Lorsqu'il est lié à des écoles de militaires qualifiés au sein du village, et à un réseau encore plus large d'autres groupes de ce type en dehors des limites de la communauté, il n'est pas difficile de comprendre pourquoi les chefs de file du segment de la lignée pourraient se méfier du club de boxe. Pour dire les choses simplement, il n'était pas du tout évident que ce genre d'"amélioration personnelle" était bon pour la stabilité sociale.

C'est un sujet auquel Kulp a consacré une certaine réflexion. Il a noté le malaise qui a salué l'émergence de "leaders naturels" à de multiples endroits tout au long de son étude. La discussion la plus pertinente sur les dangers réels des arts martiaux se trouve dans la première moitié de son livre :

 

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LEADERS NATURELS

" La deuxième division de dirigeants qui occupent des places importantes dans la vie du village sur la base de leurs réalisations personnelles, comprend ceux qui ont gagné leur influence par la seule force de leur personnalité et de leur intelligence. Ils n'ont aucune valeur sociale historique pour renforcer leur statut. Mais ils possèdent une vision inhabituelle de la nature humaine et de son fonctionnement. Ils font preuve de prévoyance, d'éloquence et de ruse. Ils sont capables d'agiter ou de calmer une foule par la suggestion et l'exemple. Ils n'ont aucune responsabilité envers les fonctionnaires locaux en vertu du droit coutumier, au contraire des érudits et les anciens, car ces leaders naturels ne sont pas officiellement reconnus comme tels. Ils peuvent être considérés comme des politiciens pratiques.

    Ces hommes peuvent être bons ou mauvais pour le bien-être du village. Si les chefs formels et conventionnels sont sages, ils utilisent ces hommes de talent pour aider à préserver l'ordre et l'unité au sein de la parenté. Mais lorsque les anciens deviennent de simples figures de proue ou que les érudits appartiennent à des familles de petite taille et manquent de sagesse et de tact pour s'assurer leur coopération, ils deviennent mécontents et s'efforcent constamment de démontrer l'inefficacité des dirigeants du village en semant le trouble chez les "vieux oncles" et les "rats de bibliothèque". Lorsque des rancœurs surgissent entre les familles des branches, elles ont tendance à alimenter les flammes. Leur comportement menace alors l'unité et la solidarité du village et constitue un problème d'importance dans la politique du village.

    Parfois, ces mêmes chefs naturels profitent des disputes avec les membres des villages voisins et renforcent les attitudes hostiles en provoquant des querelles ouvertes avec les groupes voisins. Une telle action suscite la discussion au sein de chaque groupe impliqué ; elle stimule ainsi l'opinion publique dans le village du phénix et favorise l'unité et la solidarité lorsque les membres du village se rassemblent pour défendre leurs proches et leur fierté villageoise. Néanmoins, un tel comportement inquiète les dirigeants reconnus en raison des complications qui peuvent survenir avec les fonctionnaires du district.

    La possibilité de telles altercations et de tels conflits entre villages augmente proportionnellement à l'aide personnelle apportée aux personnes d'autres groupes plutôt qu'aux dirigeants du village de Phoenix. Lorsque l'intérêt de la personne qui a ainsi sollicité une aide extérieure se trouve dans l'autre groupe, l'ensemble de la situation devient très compliqué. La personne peut alors impliquer l'aide de sa propre fraction pour la soutenir, elle et ses voisins, contre d'autres sections du Village du Phénix. Dans de tels cas, qui ont heureusement tendance à être rares, le chef naturel perturbe l'unité et la coopération du village."

    "Natural Leaders" pp. 114-115 dans le chapitre V, "VILLAGE POLITY".

 

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Kulp semble suggérer que c'est là que nous devrions chercher la source ultime de la fragilité du club de boxe. Les arts martiaux ont fonctionné comme une voie alternative à la légitimité politique au sein de la vie du village. En tant que tels, leur présence posait un défi existentiel aux dirigeants enracinés dans le système clanique. Cela laisse à penser que les arts martiaux ne bénéficiaient d'un soutien communautaire durable qu'en cas de besoin aigu ou de menace. Lorsque l'environnement était relativement bénin (comme c'était le cas entre 1918 et 1925), ils étaient simplement considérés comme un risque injustifié. On laissait l'association vivoter et stagner.

Il existe également une autre possibilité qui devrait être envisagée. Il se peut que les attentes des chercheurs concernant l'aspect d'un club de boxe aient été exagérément gonflées au départ. Étant donné que la plupart des individus de ce village étaient impliqués dans l'agriculture intensive, il est peu probable que la boxe villageoise ait été une activité qui dure toute l'année, même avec le meilleur soutien de la communauté et le club le plus actif.

J'ai été frappé par la nature modulaire de l'enseignement qui a été décrit. Quelques semaines sur les formes, suivies de quelques semaines d'armes et de combat avant que l'instructeur ne change de lieu detravail. Cela ressemble beaucoup au genre de programme de boxe qui pourrait être développé pour combler les mois creux d'un calendrier agricole. Il pourrait être facilement suspendu et être repris l'année suivante.

L'autre possibilité que Kulp n'a pas envisagée est que le club de boxe local n'a pas développé de véritable leadership de groupe car aucun n'était nécessaire pour ce qui était essentiellement une activité saisonnière. L'embauche occasionnelle d'un instructeur extérieur pourrait être mieux définie comme un séminaire ou un "cours de remise à niveau", plutôt que l'école traditionnelle attendue.

Un autre exemple de sculpture sur bois traditionnelle sur Cháozhōu. Kulp a une section dans son livre où il discute de la tradition régionale de ce type de sculpture. Photo par polar1. Source : Wikimedia (CC).

Un autre exemple de sculpture sur bois traditionnelle sur Cháozhōu. Kulp a une section dans son livre où il discute de la tradition régionale de ce type de sculpture. Photo par polar1. Source : Wikimedia (CC).

Conclusion

Dans l'analyse de Kulp, toutes les associations bénévoles existent parce qu'elles répondent à des besoins et des désirs qui ne peuvent être satisfaits par la famille naturelle et élargie. Elles se répartissent en quatre catégories différentes. Les individus rejoignent des clubs et des groupes parce qu'ils recherchent une plus grande sécurité, la prospérité économique, la reconnaissance du statut social individuel et de nouvelles possibilités de loisirs.

De tous les groupes que l'auteur a examinés, le club de boxe est le plus intéressant car il a abordé sur chacune de ces questions spécifiques. Les arts martiaux promettaient la sécurité physique, ils pouvaient devenir une source d'emploi en dehors du village (ou même dans une maison d'opium locale), ils permettaient aux hommes marginaux de chercher un statut en dehors de leurs groupes de lignée et ils étaient un moyen de rompre la monotonie de la vie quotidienne du village.

Kulp nous rappelle qu'il ne faut pas négliger ce dernier point. En plus de leurs fonctions économiques et sociales, la boxe traditionnelle était un moyen important de promouvoir le bien-être psychologique au sein d'une communauté qui désapprouvait l'expression individuelle et les loisirs. En parlant des écoles de village, il nous rappelle :

 

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"On peut voir des parents caliner des nourrissons ou des enfants en bas âge dans un esprit de jeu et les mères s'amusent souvent avec l'espièglerie de ces derniers, mais lorsque l'âge scolaire est atteint, la vie est censée se dérouler au niveau du travail et le jeu est exclu. Les parents n'encouragent le jeu qu'occasionnellement, auquel cas on constate une récurrence du hiatus entre les attitudes théoriques et le comportement pratique, et du conflit entre la conventionnalité et la personnalité.

    La seule éducation récréative formelle et approuvée au-delà de l'exercice physique [militaire] [enseigné à l'école publique locale], est donnée au club de musique et au club de boxe. Le nombre de garçons ayant le privilège de bénéficier de cette éducation pour une utilisation saine des loisirs est relativement limité. C'est pourquoi cette éducation est très prisée par les villageois."

(p. 258-259)

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En dernière analyse, l'étude de Kulp sur le village du Phénix, bien que théoriquement datée à de nombreux égards, fournit une déclaration inestimable sur l'importance et la complexité des arts martiaux dans la vie rurale. Ces activités étaient populaires parce qu'elles répondaient à une grande variété de besoins personnels, sociaux et matériels. Elles étaient une source de loisirs, de socialité, d'avancement et de sécurité.

C'est leur capacité même à offrir ces biens indépendamment des souhaits du clan et des dirigeants de la communauté qui a compliqué leur relation avec la "bonne société". De plus, en formant des "leaders naturels" qui faisaient partie de réseaux s'étendant au-delà des limites du village, ils pouvaient, et dans certains cas le faisaient effectivement, encourager les querelles et autres formes d'instabilité sociale.

À première vue, on pourrait penser que l'incapacité à soutenir le club de boxe local signifiait que les arts martiaux n'avaient pas d'importance particulière dans cette partie de la Chine du Sud pendant les années 1920. Pourtant, l'image plus détaillée de la vie villageoise peinte par l'étude de Kulp indique exactement le contraire. C'est le potentiel de ces institutions sociales à devenir "trop efficaces" qui a probablement conduit à un manque de soutien suivi dans le village du Phénix. Ce malaise en dit long sur la puissance sociale potentielle des arts martiaux chinois dans cet environnement.

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Traduction DeepL et SombreVert

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Published by KRAV MAGA et PHILOSOPHIE
29 décembre 2019 7 29 /12 /décembre /2019 17:50
Les sept formes de combat au sabre laser

Les sept formes de combat au sabre laser

Traduction de l'article de Benjamin Judkins https://chinesemartialstudies.com/2019/12/19/star-wars-an-american-martial-arts-film-franchise-3/ avec son aimable autorisation.

 

 

 

Attention cet article a été écrit avant la sortie de "rogue one" (2016) et juste après "le réveil de la force" (2015). (NDT)

 

***Comme beaucoup d'entre vous, je passe la soirée à regarder le dernier épisode de la franchise Star Wars (et donc à ne pas bloguer).  Il me semble donc tout à fait approprié de plonger dans les archives et de jeter un autre coup d'œil à un billet inspiré par mes recherches auprès de la communauté de combat au sabre laser.  Nous verrons si je suis inspiré pour écrire quoi que ce soit sur l'Episode IX une fois que la peur des spoilers se sera calmée.  Amusez-vous bien !***

" Quand il y a un faux - hippopotame, dinosaure, serpent de mer - ce n'est pas tant parce qu'il ne serait pas possible d'avoir le vrai équivalent, mais parce que le public est censé admirer la perfection du faux et son obéissance au programme.  En ce sens, Disneyland ne produit pas seulement des illusions, mais, en l'avouant, il en stimule le désir : Un vrai crocodile peut être trouvé dans un zoo, et en règle générale il s'assoupit ou se cache, mais Disneyland nous dit que la fausse nature correspond beaucoup plus à nos exigences de rêve.  Quand, en l'espace de vingt-quatre heures, vous passez (comme je l'ai fait délibérément) de la fausse Nouvelle-Orléans de Disneyland à la vraie, et de la rivière sauvage d'Adventure Land à un voyage sur le Mississippi, où le capitaine du bateau à vapeur à aubes dit qu'il est possible de voir des alligators sur les rives du fleuve, et qu'ensuite vous n'en voyez aucun, vous risquez d'avoir le mal du pays pour Disneyland, où les animaux sauvages n'ont pas besoin d'être cajolés. Disneyland nous dit que la technologie peut nous donner plus de réalité que la nature."

Umberto Eco. 1986. "Voyages en hyper-réalité."  Dans Travels in Hyper-Reality : Essais. Harcourt. p. 40.

 

(Notez bien ce mot d'Hyper-réalité et le sens/concept donné par Umberto Eco, il va reservir NDT)

 

 

    "La vitesse, l'équilibre, la violence.  Le kendo était tout ce que les Jedi et les Sith sont.

Nick Gillard. 2015. L'évolution du duel au sabre laser.  ESPN. Min : 18:20.

 

Introduction

Ce post commence par une confession.  Le point d'interrogation dans le titre est plus honnête que ce que je ne voudrais l'admettre.  A première vue, il ne semble pas du tout certain que les films Star Wars doivent être considérés comme des histoires d'arts martiaux.  Ils sont clairement un assemblage, un collage visuel, montrant de nombreuses influences.  Leur nature éclectique a permis au véritable génie de George Lucas en tant que monteur et compilateur (les domaines où je sens qu'il excelle vraiment) de briller.

Il ne faut pas chercher trop loin pour trouver dans l'ADN de ces films les influences des feuilletons de science-fiction des années 1940 et 1950.  Flash Gordon est présent, tout comme les pistolets à rayons et les épées laser de cette époque. Ces films sont aussi des westerns, qui transmettent plus qu'un soupçon de l'"ethos du cow-boy".  Plus que tout, ils semblent être des aventures romantiques, profondément redevables au genre "cape et épée" d'un âge antérieur.  C'est également un bon modèle d'une histoire typiquement américaine d' "avènement".

Pourtant, je n'ai jamais pu me défaire du sentiment que la franchise Star Wars a joué un rôle essentiel dans l'appropriation culturelle des arts martiaux asiatiques en Occident.  Lorsque Lucas a sorti l'Episode IV : "un nouvel espoir" en 1977 (et plus encore, "l'empire contre attaque" en 1980), il a semé les graines qu'une génération de "dojos de centres commerciaux" (aux US; en France, ce sont plutôt les fédérations "sportives" - NDT) allait récolter.

Historiquement parlant, la popularité des arts martiaux asiatiques n'a cessé de croître depuis les années 1950.  La sortie d' "opération dragon" par Bruce Lee en 1973 a catapulté ces systèmes de combat dans le courant de la conscience populaire.  Pourtant, cette nouvelle popularité est venue avec un travail préalable sur de nombreux éléments.

Tout le monde dans l'Amérique des années 1970 n'était pas aussi enthousiaste de voir des légions de jeunes gens imiter Bruce Lee sur les terrains de jeu.  Et dans la mesure où son message de libération a été repris dans les communautés afro-américaine et latino, la diffusion des arts martiaux chinois a joué directement sur les clivages sociaux et les craintes raciales de la décennie. [On ne devrait pas non plus ignorer le travail important des artistes martiaux afro-américains qui ont précédé Lee.]

L'apparition de Luke Skywalker quelques années plus tard a, à la fois, bénéficié et  accéléré la normalisation sociale des arts martiaux en Amérique.  Comme la propagation des systèmes de combat asiatiques devenait plus populaire et commerciale, ce mouvement commença à sembler moins menaçant.  Il a commencé à ressembler à quelque chose qui pourrait être intégré dans les structures économiques et sociales de l'époque, plutôt que d'être une menace pour elles.

Pourtant, la question du pourquoi restait posée.  En dehors de la simple "coolitude" offert par l'exercice, pourquoi quelqu'un se consacrerait-il à l'entraînement aux arcanes du combat à mains nues à une époque où les angoisses étaient dominées par la guerre froide et la perspective d'un holocauste nucléaire ?  Étant donné que la plupart des artistes martiaux potentiels étaient plutôt jeunes, pourquoi des parents inquiets dans des quartiers huppés seraient-ils prêts à financer l'une ou l'autre de ces activités martiales ?  Je soupçonne que c'est là que Star Wars entre vraiment dans l'histoire de la communauté des arts martiaux occidentaux.


 

Luc recevant le sabre laser de son père dans l'épisode IV : Un nouvel espoir (1977).

Luc recevant le sabre laser de son père dans l'épisode IV : Un nouvel espoir (1977).

Une arme élégante pour une époque plus civilisée.

L'une des objections immédiates que j'ai reçues lorsque j'ai évoqué la possibilité de considérer la franchise Star Wars comme des films d'arts martiaux (ou du moins de les mettre en rapport avec les genres) est qu'ils ne contiennent pas de véritable combat à mains nues.  Où est le kung-fu, la boxe, la lutte ?  En effet, le combat final du premier film se déroule alors que les protagonistes rivalisent de talent de pilotage avec les meilleurs et les plus brillants éléments de l'Empire.

Bien qu'il s'agisse d'une critique raisonnable, je soupçonne que cela donne une vision trop étroite de ce que peut être un film d'arts martiaux.  Compte tenu de mes recherches, j'ai acquis un grand respect pour les films de Kung Fu de Hong Kong, en particulier les plus anciens avec leurs histoires de querelles de lignées locales et d'écoles rivales.  Pourtant, il y a toujours eu d'autres formes de narration des arts martiaux.  Au Japon, les films de samouraïs avaient tendance à se concentrer presque exclusivement sur les combats armés et les diverses formes de duels.  Nous savons que les films de Kurosawa, tels que " Les sept samouraïs " et " La forteresse cachée ", ont eu un effet formateur sur le développement de Lucas en tant que cinéaste.

La population chinoise a également montré une grande variabilité dans ses goûts cinématographiques.  Au cours des années 1960, les Shaw Brothers ont produit un grand nombre de films de Wuxia (ou  "cape et épée à la chinoise") qui avaient tendance à être à la fois plus romantiques et à mettre davantage l'accent sur les armes (qui étaient toujours présentes aux époques précédentes) plutôt que sur la boxe.  le "sabreur manchot" (1967) est un exemple classique d'une telle œuvre.

Ainsi, l'absence de coups de poings ne peut à elle seule disqualifier les films Star Wars comme étant représentatifs des genres d'arts martiaux.  La chose la plus importante à noter est peut-être que la façon dont le combat est représenté dans chacun de ces films représente des traditions et des valeurs culturelles.  Lorsque nous constatons des changements spectaculaires dans les types de représentations de la violence qui sont populaires, il est souvent utile de se demander si les valeurs sociales changent. Dans le cas de Hong Kong, l'afflux massif de réfugiés ne parlant pas le cantonais dans les années 1950 et 1960 semble avoir eu un impact considérable sur le genre d'histoires d'arts martiaux qui ont été racontées et sur la façon dont le combat était imaginé en leur sein.

Dans une période de changement rapide au sein de la société américaine (mondialisation croissante, guerre du Vietnam, évolution des relations entre les sexes et les races), un retour à l'épée et aux valeurs traditionnelles d'une " ère plus civilisée " qu'elle représentait a peut-être été profondément réconfortant pour les auditoires blancs de la classe moyenne.  Cela ne veut pas dire que l'histoire de Star Wars est universellement réactionnaire par nature.  Étant fondamentalement un collage visuel, elle me semble en fait assez difficile à caractériser.

Lucas était loin d'être le premier conteur à s'inspirer de "romance de l'épée".  De son propre aveu, il avait grandi en regardant des films de pirates et les films d'Errol Flynn qui encourageaient ce même mythe. En tant que symbole de la chevalerie occidentale, et souvent incorporé dans l'iconographie religieuse chrétienne, le fond mythique de l'épée est bien au-delà de tout ce qui pourrait être exploré dans cet essai.

Pourtant, si la jeunesse américaine était sur le point d'adopter les arts martiaux comme outil pour entrer dans l'âge adulte, on soupçonne que l'image du sabre laser était plus en accord avec les valeurs hégémoniques de la société occidentale que les boxeurs battus et ensanglantés popularisés par Bruce Lee.  En bref, si Lee a pu populariser massivement les arts martiaux auprès des communautés minoritaires et économiquement défavorisées, Luke Skywalker, Obi-Wan Kenobi et Yoda les ont rendus acceptables pour les enfants des banlieues (ou du moins pour leurs parents).

Comme l'a fait remarquer Paul Bowman dans un article récent, les arts martiaux asiatiques, bien que largement connus en Occident, n'ont jamais vraiment été acceptés comme représentant des valeurs sociales fondamentales.  Leur diffusion a provoqué une certaine anxiété qui se manifeste souvent par un humour nerveux.  Le plus souvent, on s'est moqué des artistes martiaux plutôt que de les reconnaitre.

L'accent mis sur le sabre laser de la franchise Star Wars est significatif.  Tout en suggérant fortement les traditions des Samouraïs et des Wuxias, ces images ont été présentées de telle manière qu'elles ont déplacé la discussion de certains aspects des arts martiaux hors des discours contre-hégémoniques et dans le courant principal de la culture populaire occidentale.  C'est peut-être la raison pour laquelle il est difficile de voir les parallèles fondamentaux avec les films d'arts martiaux asiatiques : Tout cela semble trop familier.

Pourtant, les Jedi et les Sith ont bien plus à offrir que les traditions chevaleresques de l'Occident.  Les discussions sur "la Force" et les nombreuses capacités de force présentées dans les films, suggèrent fortement l'aspect plus mystique des arts martiaux asiatiques.  Tout cela se passait à une époque où il y avait un intérêt sans précédent pour le taoïsme, le bouddhisme et les autres philosophies orientales.

Star Wars a permis de normaliser et de familiariser toute une génération de cinéphiles avec ces concepts de base.  Il n'a pas enseigné les détails d'un système particulier, mais il a créé un espace social dans lequel les idées sur le Qi ou la pratique du Qigong pouvaient être explorées personnellement puis commercialement.  En présentant ces concepts d'une manière qui était tout à fait acceptable pour les consommateurs occidentaux, il a créé une demande pour ces concepts qui n'aurait pas existé autrement.

Il a également fourni un point de vue initial à travers lequel diverses traditions d'arts martiaux asiatiques pouvaient être vus et expliqués.  Combien de fois avons-nous entendu des métaphores de la Guerre des étoiles invoquées dans les salles de classe d'arts martiaux traditionnels ?  Krug a identifié cette acceptation croissante des systèmes métaphysiques orientaux (y compris l'idée du Qi) comme l'un des éléments fondamentaux qui a finalement permis l'appropriation culturelle des arts de combat asiatiques en Occident et la Guerre des Étoiles a certainement fait avancer le processus.

Il est difficile d'imaginer que George Lucas, si on lui avait demandé en 1972, aurait admis avoir fait un film sur les arts martiaux.  Bien qu'il soit heureux d'expliquer les diverses sources d'inspiration qu'il a utilisées (y compris les films de samouraïs de Kurosawa), il semble avoir toujours perçu son travail comme relevant davantage de la catégorie de l'aventure romantique. Cela soulève la question délicate de l'intention de l'auteur.  Dans quelle mesure le regard de l'auteur sur son œuvre devrait-il contraindre notre interprétation de celle-ci ?  Je suggérerais respectueusement qu'en s'engageant dans une étude sociale de l'oeuvre, une série de questions beaucoup plus importantes pourrait être, comment le public a-t-il vu ces films ?  Et pourquoi y ont-ils réagi de la même façon ?

Les Jedi contre les Sith

Les Jedi contre les Sith

Hyunseon Lee a récemment présenté un article intitulé "Martial Arts Film as Global Cinema" qui pourrait aider à mieux cerner certaines de ces questions.  Sa recherche, présentée lors de la conférence "Kung Fury : Contemporary Debates in Martial Arts Cinema" de 2016, a largement traité de la relation entre l'opéra chinois et les films d'arts martiaux.  Elle a également noté les façons dont les deux ont transmis des valeurs culturelles similaires.

Étant donné l'importance des traditions de l'opéra cantonnais dans le développement des multiples styles de kung-fu du sud, de telles discussions m'ont toujours intéressé.  Cependant, elle a également présenté une autre observation plus pertinente à la question qui nous occupe.  Dans sa recherche, elle a identifié une liste de cinq éléments d'histoire qui sont au cœur des films d'arts martiaux traditionnels chinois et qui ne sont généralement pas vus (du moins comme un ensemble complet) dans d'autres types de films d'action :

  1.     Conflits entre les styles/clans d'arts martiaux rivaux
  2.     Duels comme moment fort du film
  3.     Une forte insistance sur la relation entre le maître et l'étudiant
  4.     Une discussion sur la façon dont la maîtrise de soi mène à la victoire sur ses adversaires extérieurs, qui peut être considérée comme une extension de la "Doctrine du Milieu" confucianiste.
  5.     Une romance du héros, soit fiancé soit détourné de la belle

Il n'est pas difficile de trouver certains de ces éléments dans les films de Star Wars, les préquelles et maintenant les suites.  L'Empire contre-attaque est le film qui utilise le plus tous ces éléments.  Mais, ils définissent le développement de chacune des autres histoires à un degré ou une autre.

Le mythe de la Guerre des Étoiles est structuré par la lutte manichéenne des côtés Obscur et Lumineux de la Force, telle qu'ils se manifestent par les traditions martiales et mystiques concurrentes des Jedi et des Sith.  La compétition fratricide entre ces deux groupes de guerriers est à l'origine d'une grande partie de l'action dans le mythe de Star Wars.

Chaque film met en scène un duel central et mystique.  Dans le premier film (1977), cela prend la forme d'une bataille entre des pilotes qui cherchent à employer la Force pour guider leurs actions.  Cependant, dans chacun des films suivants, les sabres laser sont utilisés comme outil principal pour faire avancer l'intrigue.

Les relations de Luke avec Obi-Wan et Yoda définissent pratiquement les deux premiers films de la franchise et ont suscité un énorme enthousiasme de la part des fans.  Une grande partie de l'enseignement légué par ces maîtres se concentre explicitement sur l'importance de la maîtrise de soi par-dessus tout.  En effet, Anakin Skywalker tombe dans le Côté Obscur précisément parce qu'il ne peut pas embrasser ce principe.

Enfin, les princesses (ou reines) en détresse occupent une place importante dans les films originaux et les préquelles.  Il est cependant remarquable de constater à quel point "le réveil de la force", la plus récente offre de la série, a tenté de problématiser cet aspect de l'archétype de la trame narrative.

En bref, il ne faut pas s'étonner que les films de la Guerre des étoiles aient réussi à capturer la sensation et la texture du cinéma d'arts martiaux.  Bien que clairement traduits dans un contexte culturel différent, les intrigues et les lignes de récit ont utilisé en parallèle les conventions d'un film d'arts martiaux typique à un degré presque étonnant.  Ce n'est donc pas une coïncidence si tant de spectateurs ont regardé les films, et se sont ensuite demandé ce que cela ferait de s'embarquer dans un entraînement Jedi ou Sith.  Récemment, un grand nombre de personnes sont allées jusqu'à investir des ressources substantielles dans la construction de mouvements d'arts martiaux "hyper-réels" cherchant à répondre à cette même question.

 

Star Wars : une franchise américaine de films d'arts martiaux ?

Conclusion : Le Kendo a conquis Star Wars... en quelque sorte.

Je soupçonne que l'affinité initiale entre Star Wars et le monde plus vaste du cinéma d'arts martiaux était essentiellement une coïncidence.  Ou plus exactement, on pourrait dire que c'était un artefact des diverses images et types de récits dont Lucas s'inspirait.  Le masque de Vader rappelle les anciens samouraïs, mais son casque était aussi nettement teutonique dans ses grandes lignes.

Au fur et à mesure que la série s'est développée et a évolué, il semble qu'il y ait eu plus d'efforts pour "orientaliser" le ressenti.  Yoda est une incarnation presque parfaite de l'idéal occidental du sage mystique chinois, ou comme le dirait Adam Frank, l'éternel et sage "petit vieux chinois".  Lorsque nous arrivons à Qui-Gon Jinn, il est difficile de croire que nous avons affaire à autre chose qu'à une version étrangement caucasienne d'un escrimeur asiatique errant.  Bien que nous ne puissions jamais tout à fait situer son origine, le public aurait du mal à imaginer que son nom puisse être autre chose que d'origine asiatique.

Les préquelles présentent ce qui doit être considéré comme l'une des reprises les plus saisissantes de l' "incendie du temple Shaolin" jamais vues à l'écran.  À bien des égards, l'adaptation du célèbre incident par Lucas est supérieure (du moins pour le public occidental) aux versions originales publiées dans les romans chinois de Wuxia du XIXe siècle.

Dans ces romans, les moines Shaolin sont hautains et agressifs.  Ils sont enclins à se chamailler et à se quereller, souvent violemment, entre eux.  Cela reflète le tempérament fougueux et l'indépendance farouche que les habitants (et les éditeurs) de Guangdong apprécient dans leur propre culture.  Cela fait également d'eux des héros difficiles à apprécier.  Lorsque leur Empereur parvient à affirmer son contrôle sur la situation et à réduire en cendres le célèbre temple, la plupart des lecteurs sont contraints d'admettre que l'Empire (maléfique ou non) a rétabli l'ordre sur la terre.

Tout comme Eco le suggère dans la citation d'ouverture, Star Wars s'inspire de ces traditions et suggère qu'elles peuvent être améliorées.  Nous pouvons avoir des héros qui sont "plus" accessibles culturellement, des princesses qui sont "plus" racontables et des méchants qui sont "plus" sordides.  Au fur et à mesure que la franchise Star Wars a évolué, elle a habilement identifié une grande partie de ce que les spectateurs trouvaient intéressant dans les films d'arts martiaux, et ensuite elle leur en a offert " plus ".  C'est le même " plus " que Eco a identifié comme étant à la base de la culture de consommation américaine : plus d'immédiateté, plus d'accessibilité, plus d'excitation et de sens à la vie.

En ramenant tout cela dans la sphère des valeurs sociales occidentales hégémoniques, et en commercialisant agressivement sa vision auprès d'un public avide d'artéfacts de cette galaxie lointaine, Lucas a fait en sorte que ses histoires soient " plus " que les originaux sur lesquels elles étaient basées.  Eco aurait sûrement été impressionné par ses efforts.  Il aurait même pu déclarer que Star Wars était un film d'arts martiaux hyperréaliste.  Il n'aurait pas non plus été du tout surpris par les immenses sommes d'argent que Disney serait prêt à dépenser pour acquérir cette franchise.  Dans cet optique, les deux empires du divertissement ont toujours été étrangement similaires.

Il est intéressant de considérer la citation d'introduction de Nick Gillard à la lumière des observations d'Eco sur la nature de l'hyper-réalité.  Gillard était un chorégraphe de combat qui a travaillé sur les préquelles de Star Wars et il a récemment discuté de son travail sur un court documentaire, diffusé sur ESPN fin 2015, intitulé "Star Wars : The Evolution of the Lightsaber Duel".

Ce reportage faisait partie de l'effort publicitaire qui a précédé la récente sortie de l'épisode VII : Le réveil de la Force.  À bien des égards, c'était un stratagème publicitaire évident.  Non seulement le sabre laser est l'une des images les plus iconiques et les plus populaires à émerger de la franchise originale, mais cette éternelle arme de Luke jouera un rôle essentiel dans l'intrigue du prochain film.

Pourtant, le programme d'ESPN ne s'est pas concentré exclusivement sur les sabres laser.  Le documentaire a plutôt commencé par une discussion approfondie sur l'escrime japonaise traditionnelle sous la forme du kendo.  Les maîtres de kendo ont été interviewés en japonais.  Des images historiques en noir et blanc ont été montrées.  Des scènes de films classiques de samouraïs ont été coupées dans l'action.

Cet intérêt pour le kendo ne s'est pas limité à l'introduction.  Le documentaire est revenu à plusieurs reprises sur des images d'experts du kendo.  Les acteurs sont apparus à l'écran et ont témoigné qu'ils avaient été formés avec diligence dans l'art du kendo en préparation de leurs rôles.  Les chorégraphes de combat ont témoigné que ce que les spectateurs regardaient dans divers duels iconiques (comme l'épreuve de force de Count Duku avec Yoda) était en fait du kendo.  Le documentaire s'est même terminé par des images de l'équipe américaine de kendo vaincue par les Sud-Coréens lors du 16e Championnat du monde de kendo.

À la fin du documentaire, il était clair que les spectateurs étaient censés avoir absorbé un seul message.  La fantaisie du combat au sabre laser était basée sur un véritable art martial.  Il avait été pratiqué et entraîné et avait même été exécuté pour eux sur film.  Et cet art était le kendo, l'art du sabre des samouraïs.

C'est un développement fascinant dans la mesure où les créateurs des histoires de Star Wars (maintenant propriété de Disney) ont décidé de parler de leurs efforts.  Un art martial asiatique a apparemment été pleinement adopté et reconnu comme la racine du pouvoir visuel de Star Wars.

Pourtant, il nous laisse aussi avec un paradoxe.  Le documentaire présente tellement de séquences de kendo réelles qu'il ne faudrait pas être un expert pour réaliser que le kendo exécuté par les maîtres, et le kendo supposé être chorégraphié par les acteurs, se ressemblent étonnamment peu.  En effet, les styles d'escrime utilisés dans les différents films de la Guerre des Étoiles montrent la forte influence d'une grande variété de styles d'arts martiaux (y compris l'épée longue européenne, le wushu et les arts philippins) ainsi que de différentes écoles de chorégraphie de combat sur scène et une généreuse dose de magie des effets spéciaux.

Les discussions antérieures sur les sabres laser par les créateurs du film ne partageaient pas cette même insistance sur l'appropriation du kendo, ou de tout autre art martial asiatique.  Même quelques années auparavant, ils avaient tendance à traiter la création de sabres laser comme un défi d'effets spéciaux.  Pourtant, une demande d'identification et d'exploration de la " réalité " derrière le sabre laser a clairement été identifiée.

Le moment le plus intéressant du documentaire d'ESPN s'est peut-être produit lorsque Gillard a expliqué comment le kendo en était venu à être mis à l'écran.  Il a commencé par faire la démonstration d'un simple coup par-dessus la tête, à deux mains, d'un coup et d'une parade, exactement comme on pourrait le voir dans un cours de kendo.

Il a ensuite adapté la même série de mouvements pour montrer à quoi cela ressemblerait dans l'univers de Star Wars.  Cela impliquait de manipuler l'épée d'une seule main, en utilisant différents angles, et finalement de la faire tourner dans le dos de l'artiste martial dans un mouvement que de nombreux étudiants chinois appellent la "fleur de prunier".  Le même mouvement a été utilisé si souvent (souvent de façon quelque peu inexplicable) dans les préquelles que les praticiens du combat au sabre laser ont commencé à l'appeler " l'Obi-Ani ".

Le public n'a aucun doute que la nouvelle séquence améliorée est beaucoup plus divertissante que l'originale qui l'a (peut-être) inspirée.  Elle est plus rapide, plus voyante et nécessite une dextérité beaucoup plus grande pour être jouée.  En accord avec l'argument d'Eco, il a identifié ce qui était intéressant dans l'art du sabre traditionnel et a ensuite offert "plus" au public.

Cela met en évidence la déclaration ultérieure de Gillard.  Notez son usage révélateur du temps :

    "La vitesse, l'équilibre, la violence.  Le kendo était tout ce que les Jedi et les Sith sont."

Une fois que le kendo a été "amélioré" au point de ne plus être présent, sauf dans quelques positions d'ouverture ou mouvements génériques, que regardons-nous ?  Ce casse-tête est précisément ce qui pousse les étudiants en combat au sabre laser à essayer de localiser les mythiques Sept formes de combat au sabre laser dans les films, plutôt que de lire les mouvements en fonction d'un style d'art martial existant, comme semble le proposer ce récent documentaire.

Tout ceci suggère un appétit croissant pour l'"authenticité" et un engagement plus profond entre la Guerre des Étoiles et les arts martiaux.  Les fans occasionnels veulent en savoir plus sur les arts martiaux qui ont servi à la réalisation de ces films, à la fois comme éléments narratifs et sur le plan technique.  En même temps, les étudiants en combat au sabre laser demandent une plus grande cohérence dans l'univers des différentes séquences d'escrime présentées sur les films et sur d'autres supports (jeux vidéo, dessins animés, romans, bandes dessinées).

Dans cet essai, nous sommes allés loin dans le trou du lapin de l'hyper-réalité.  Il faut maintenant se demander dans quelle direction ces recherches d'"authenticité" vont nous mener.  Il semble possible que le succès même du duel au sabre laser ait créé une demande pour quelque chose de nouveau.  Le prochain film à sortir, Rogue One, tournera autour d'une bataille terrestre sanglante menée par des êtres normaux, non sensibles à la force.

Il semble peu probable qu'il comporte un duel au sabre laser de quelque sorte que ce soit.  Mais on peut être sûr que les arts martiaux asiatiques seront présents.  Non seulement Donnie Yen apparaîtra dans ce film, mais une scène de la bande-annonce récemment sortie le montre en train de mettre à terre plusieurs Storm Troopers alors qu'il n'est armé que d'un bâton de bois.

Dans cette nouvelle recherche d'authenticité, il se peut que la franchise Star Wars s'éloigne de son symbole des arts martiaux hyper-réels, qui connaît un grand succès, dans un effort pour retrouver, dans un nouvel axe, une partie de l'excellence et de l'énergie originales qui ont lancé cette entreprise il y a près de 40 ans.  Il semble que la franchise soit prête à accepter son identité en tant que quintessence de l'histoire des arts martiaux.

 

(Traduction DeepL et Kraphi)          

Donnie Yen. Le calme avant la tempête…

Donnie Yen. Le calme avant la tempête…

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Published by KRAV MAGA et PHILOSOPHIE
14 décembre 2019 6 14 /12 /décembre /2019 12:43
Carte postale japonaise de l'époque de la Seconde Guerre mondiale montrant le Kendo et le Judo. Source : Collection personnelle de l'auteur.

Carte postale japonaise de l'époque de la Seconde Guerre mondiale montrant le Kendo et le Judo. Source : Collection personnelle de l'auteur.

Traduction de l'article de Benjamin Judkins https://chinesemartialstudies.com/2019/12/02/research-note-when-martial-arts-divided-us/ avec son aimable autorisation.

 

Introduction

Il semble être considéré comme un article de foi dans la plupart des écrits populaires sur les arts martiaux que ces systèmes de combat "de la main" fournissent non seulement une voie pour la réalisation de soi, mais aussi la capacité de combler les divisions sociales ou culturelles gênantes.  De multiples mécanismes ont été explorés par des chercheurs cherchant à comprendre comment les arts martiaux traditionnels pourraient nous unir.  Dans son livre récent, Janet O'Shea a développé le concept de " civilité oppositionnelle " pour expliquer comment la gestion des désaccords coopératifs sur le ring ("qui gagnera un round de combat ?") pourrait donner aux gens les compétences dont ils auront besoin pour affronter des problèmes politiques réels et litigieux sans briser le système politique.

D'autres mécanismes ont également été proposés. J'ai déjà émis l'hypothèse que la participation à des communautés d'arts martiaux pourrait contribuer à la formation de types de capital social à la fois d'attachement et de rapprochement.  Si tel est le cas, alors il existe une riche littérature en sciences sociales qui suggère que l'entraînement (et la compétition) les uns avec les autres dans les arts martiaux pourrait renforcer la société civile ainsi que nos corps.

La littérature sur le "soft power" (tel que défini dans le domaine des sciences politiques) est également pertinente ici.  Au fur et à mesure que les diverses communautés sont amenées à accepter de nouvelles pratiques par un type commun de désir interculturel, il y a de plus en plus de chances qu'elles adoptent des normes et des institutions similaires.  La théorie du "soft power" de Joseph Nye a été avancée à l'origine pour expliquer la montée et la fonction des États hégémoniques dans les relations internationales, que d'autres acteurs n'ont pas cherché à contrebalancer malgré les prédictions de la théorie réaliste (par exemple, les États-Unis et la diffusion de l'ordre démocratique libéral mondial).  Même un désir partagé pourrait suffire à renforcer la coopération dans certains domaines.

Pourtant, toutes ces théories négligent une triste vérité.  Toute étude, avec une perspective plus élargie que l'époque contemporaine, des attitudes populaires à l'égard des arts martiaux révélera rapidement que ces systèmes de combat ont tout aussi souvent été utilisés pour diviser les individus et les populations.  En effet, il convient de rappeler que nombre de ces systèmes se sont développés et se sont répandus pendant les périodes de conflit nationaliste.  Il n'est donc pas surprenant que le karaté japonais, le taekwondo coréen et le wushu chinois (avec d'innombrables autres) aient été utilisés pour, suivant les cas, construire ou faire tomber les barrières culturelles.

Les études d'arts martiaux ont besoin d'une compréhension plus nuancée de ces processus, capable d'expliquer comment un seul système peut prendre des significations diamétralement opposées dans des périodes de temps aussi courtes.  Tout au long du début du XXe siècle, les arts martiaux japonais ont suscité un vif intérêt et un grand respect.  Pourtant, à la fin des années 1930, l'attitude du public américain avait rapidement changé.

J'ai récemment découvert deux documents de ce changement.  Le premier est une carte postale japonaise, distribuée au Japon, probablement pendant la Seconde Guerre mondiale.  L'image s'explique d'elle-même.  Il présente un montage d'élèves (et de futurs soldats) pratiquant le kendo, le judo et une sorte d'exercice au sabre en rangs serrés dans un champ ouvert.  Jared Miracle note que l'inscription sur la carte indiquait que le Budo était "en cours de polissage" à l'école en question.  En effet, il est difficile d'échapper à l'idée qu'à une époque où le Japon était déjà engagé dans une guerre massive avec la Chine et une grande partie du Pacifique, une notion militariste du Budo en était venue à définir non seulement la pratique des arts martiaux, mais la conception de soi de la nation dans son ensemble.  C'était une époque où l'on croyait généralement que le Budo était ce qui faisait du Japon un "Japonais".  Elle était considérée comme une frontière culturelle qu'il était impossible de franchir.

Malgré leur enthousiasme antérieur pour le Judo et le Jujutsu, à la fin des années 1930, de nombreux Américains en étaient venus à être d'accord avec cette évaluation.  Les arts martiaux sont devenus un marqueur physique de la grande différence culturelle entre les Japonais et l'Occident.  Pire encore, cette perception se retournerait contre les nombreux Américains d'origine japonaise qui avaient cherché à pratiquer et à enseigner ces arts dans leur propre communauté.

Il ne faut pas oublier qu'aucune de ces pratiques n'a complètement disparu pendant la Seconde Guerre mondiale.  En fait, le LA Times a continué à couvrir régulièrement les tournois de kendo et les expositions d'arts martiaux japonais-américains pendant les années 1940.  C'est quelque peu remarquable étant donné l'internement de tant de citoyens et la perturbation de la plupart des écoles d'arts martiaux.  Pourtant, les manifestations publiques de Kendo se sont poursuivies à Los Angeles tout au long de la guerre. Et le LA Times est quelque peu remarquable par le ton neutre (ou même positif) qu'il a adopté à l'égard de ces événements. 

Plus typique est l'article suivant (le deuxième document, retranscrit ci dessous) paru dans le Washington Post.  Son auteur (S. Graham Williamson) s'est tourné vers le Kendo pour construire une sorte d'" étude du caractère national " du genre de celles qui étaient populaires au milieu du 20ème siècle.  Plus précisément, il se demandait si les observateurs occidentaux commettaient une erreur fondamentale lorsqu'ils affirmaient que les soldats japonais étaient poussés par une loyauté fanatique envers l'Empereur.  Il a plutôt soutenu que le comportement souvent suicidaire des soldats individuels était moins idéologique et reflétait plutôt des années d'entraînement aux arts martiaux visant à inculquer un état de mushin, ou "sans esprit".

Certains des arguments présentés ici rappelleront aux lecteurs la pensée de Paul Bowman sur les liens perçus entre les arts martiaux et la maladie mentale.  Il est facile d'accepter que l'entraînement à la pleine conscience est fondamentalement une bonne chose quand on l'utilise pour passer à travers un trajet stressant le matin.  Pourtant, lorsque nous apprenons qu'Anders Behring Breivik prétend s'être formé à bon nombre de ces mêmes techniques psychologiques et les avoir utilisées pour massacrer 77 personnes en Norvège en 2011, nous nous demandons si nous pouvons attribuer une quelconque valeur normative inhérente à ces modes de formation.

Néanmoins, il y a quelques différences majeures entre la théorie de Bowman et les arguments avancés dans l'article ci-dessous.  Williamson ne considère pas les arts martiaux comme une simple technologie accessible à tous.  Selon lui, elles sont le prolongement d'un ensemble de caractéristiques raciales et ethniques essentielles.  Il a utilisé son exploration du kendo non seulement pour explorer les aspects apparemment irrationnels des suicides sur le champ de bataille, mais aussi pour convaincre ses lecteurs que les Japonais eux-mêmes sont si profondément différents de nous qu'ils ne peuvent même pas être considérés comme humains.  L'entraînement de Kendo est utilisé pour souligner leur inhumanité essentielle.  Parfois, l'auteur utilisera des stéréotypes racistes (notant que les Japonais semblent stupides et fanatiques), mais il va aussi bien au-delà, les caractérisant en termes démoniaques.

On pourrait noter qu'une telle rhétorique n'était pas rare pendant la Seconde Guerre mondiale. En effet, il y a une tendance à déshumaniser ses ennemis dans chaque guerre.  Pourtant, il me semble quelque peu remarquable que les mêmes pratiques qui étaient invoquées comme synonymes de pratiques fascistes, et même démoniaques, dans les années 1940, captureront à nouveau le cœur et l'esprit de tant de GI et de jeunes Américains de retour au pays dans les années 1950.  Les volte-face sur la façon dont quelque chose comme le Kendo a été perçu entre le début des années 1930, le début des années 1940, et finalement les premières années des années 1950, n'auraient pu être plus discordantes.

Je soupçonne qu'il y a d'importantes leçons à tirer ici.  Des concepts comme la "civilité oppositionnelle" présupposent probablement un certain type de société civile dans laquelle ils peuvent s'épanouir.  Pourtant, lorsque ces systèmes de combat sont cooptés par des conflits nationalistes (comme ce fut si souvent le cas au XXe siècle), ces possibilités semblent s'effondrer complètement.  De même, alors que les arts martiaux japonais exerçaient un certain degré de " soft-power " en Amérique du Nord dans les années 1900-1930, ces mêmes images ont été inversées d'une manière incroyablement dommageable au début des années 1940.

Je soupçonne que nous pourrions en tirer deux leçons.  Premièrement, les liens du désir culturel sont rapidement brisés par les réalités des conflits entre États.  Pour qu'un régime de "soft power" ait une stabilité à long terme, il doit refléter les réalités de la répartition économique et militaire du pouvoir au sein du système mondial.  Cela limite probablement le nombre d'États qui peuvent se fier à ces stratégies comme outils indépendants de l'art politique. Deuxièmement, une fois que les images ont été diffusées par le biais de campagnes de relations publiques, les gouvernements ont peu de contrôle sur la façon dont les populations cibles choisiront de les réinterpréter ou de les réutiliser dans l'avenir.  Tel serait le sort des clubs de Kendo de la côte ouest dans les années 1940.

Scouts pratiquant le kendo en Californie, 1928. Source : Photo de presse vintage. Collection personnelle de l'auteur.

Scouts pratiquant le kendo en Californie, 1928. Source : Photo de presse vintage. Collection personnelle de l'auteur.

Le " sport sublime " des Japs et sa signification : le " kendo " aide à expliquer certaines des faiblesses psychologiques de notre ennemi.

Par S. Graham Williamson

Washington Post, 12 décembre 1943. B3

 

Nous commençons à peine à comprendre le Japonais, et la guerre dans le Pacifique devra être un long, très long conflit avant que nous n'ayons une connaissance complète de lui.

Quand nos soldats et nos marines ont rapporté que les Nippons d'Attu et d'ailleurs se faisaient exploser en morceaux avec des grenades à main plutôt que de se rendre, nous avons d'abord attribué cela à la bravoure fanatique.  Mais, de manière significative, même dans ce dernier geste désespéré, le Japon n'accomplissait pas sa mission militaire.  Il était censé tuer autant d'Américains que possible avant de mettre fin à ses jours, mais on trouvait souvent beaucoup d'armes et de munitions autour des corps.  La mort était trop attrayante pour la retarder.

Cette énigme du caractère du Jap n'est qu'une des choses qui déconcerte la plupart des Américains.  Nous comprenons l'allemand.  C'est un combattant tactiquement intelligent, fanatiquement arrogant.  Mais quand il est foutu, il le sait.  Quand il n'y a rien d'autre à faire (comme en Tunisie) il se rend.  Il ne gaspille pas de bonnes grenades sur son propre ventre.

 

Le Sport Sublime

Rien dans les méthodes de pensée des Japonais ne ressemble aux nôtres.  Peut-être qu'une description de l'un de ses principaux sports nous aidera à comprendre une partie de cet éloignement.  Presque rien n'a été écrit sur ce sport dans le monde occidental - bien que nous ayons donné beaucoup d'espace aux descriptions du jiu-jitsu, descriptions qui parlaient admirablement des aspects mécaniques de cette forme de lutte sans considérer les facteurs psychologiques que les Japonais considèrent comme les plus importants.

Ce sport négligé est connu des Japonais sous le nom de "Kendo".  De maigres références en anglais ne mentionnent ce jeu que sous la forme japonaise de "l'escrime". Le Jap l'appelle "Le sport sublime du Kendo".

Il y a un élément dans le comportement des Japonais que nous avons tendance à identifier comme stupidité, discipline, dévotion ou fanatisme, le plus souvent ce dernier.  Une étude du Kendo ne semble révéler aucun de ces éléments....Et pourtant il y a Mushin ! [Toute mise en gras dans cet article se trouve dans l'original]

Tout comme, parmi tous les mammifères, le jeu n'est qu'un entraînement à la survie du conflit à venir, et les victoires passées de la Grande-Bretagne "ont été remportées sur les terrains de jeu d'Eton", une brève étude du sport rarement discuté du Kendo peut jeter un peu de lumière sur le suicide désespéré mais inefficace d'Attu.

Regardons dans une maison de Bushido [ un dojo - ND Kraphi] où le Kendo était pratiqué (même en Californie jusqu'à Pearl Harbor) et examinons la nature particulière de ce sport sublime.  Peut-être pouvons-nous apprendre quelque chose de ce Japonais qui, bien qu'extrêmement redoutable en raison de son mépris de l'instinct de conservation, a un angle mort pour les mêmes causes.

Il n'y a pas de meubles dans la grande pièce.  Dans un coin, sur le mur, se trouve un petit sanctuaire taoïste (sic !).  Le sol est recouvert de toile.  Autour de trois côtés, des tapis de lutte ont été enroulés en paquets pour servir de bancs à une vingtaine d'hommes âgés de 6 à 60 ans.  Tous sont vêtus de costumes aux jupes noires.

Maintenant, deux jeunes hommes marchent sur le sol et se font face à trois mètres environ.  Sous le bras gauche de chacun d'eux se trouve un bâton de bambou un peu plus long qu'une batte de baseball, une paire de gantelets noirs et un casque en visière.  Ils s'inclinent l'un devant l'autre à partir de la taille, puis s'agenouillent et se font un salut avec la tête et les épaules.

Ils mettent leurs casques et leurs gantelets lorsqu'ils se lèvent.  Ils s'approchent l'un de l'autre, en tenant leurs bâtons obliquement en avant avec les deux mains.  Ils croisent le bout des bâtons comme le font les escrimeurs.

Puis, de chaque concurrent vient une série de cris courts et gutturaux - demi-cri, demi grognement, demi grognement ! Et tout à coup, le diable s'est emparé des deux et ils se frappent mutuellement sur la tête, les épaules, les bras et la poitrine avec une furie apparemment meurtrière.  Le craquement aigu de chaque coup est si fort qu'on dirait qu'une douzaine d'os sont cassés, et chaque balancement est accompagné d'un cri sauvage de la part de l'agresseur.

Les figures aux capuchons noirs, sautant et criant, ont perdu toute apparence humaine.

Tout ce qui est visible des participants, ce sont leurs pieds nus et la lueur occasionnelle de leurs yeux à travers les barres d'acier des visières.  Un spectateur a une impression mitigée de Ku-Klux-Klanners en liberté, de la joute de la chevalerie en pleine floraison et d'un conflit de Démons des ténèbres.

C'est donc le sport ancien et honorable du Kendo.  Sur la côte Pacifique, avant la guerre, environ cent soixante-deux générations d'hommes américains d'origine japonaise ont été formés à l'art, à la science et à la religion du Kendo par cinq sociétés de budo bien financées.

Protection légère

Le casque (Ken) est une sorte de capuchon fait d'un tissu épais rembourré avec un masque de barres horizontales en acier.  Une cuirasse lourde (Do) en cuir laqué ou en bambou en plaque est portée en forme de ceinture, des  hanches jusqu'aux aisselles.  De lourds gantelets (Kote) recouvrent les mains et les avant-bras.  Et un léger rembourrage matelassé, suivant le motif classique des armures japonaises en forme de jupe, donne un petit degré de protection aux cuisses.

Le bâton est appelé shinaï et est fait de quatre segments de bambou extrêmement lourds liés ensemble avec du boyau de chat.  Le shinaï est muni d'un embout en cuir et d'une poignée en cuir.  Le fait qu'il soit composé de quatre segments explique en partie la terrifiante percussion qui accompagne chaque coup du shinaï.

Mais il ne faut pas en déduire que les effets de la violence sont fictifs.

Le shinaï est un bâton puissant, à peine moins lourd qu'une batte de baseball et les revêtements de protection décrits sont extrêmement vulnérables.  Les coups sont portés avec une force énorme, et non seulement la plupart des protections sont inadéquates, mais les bras et les jambes ne sont pratiquement pas protégés du tout.

Tout comme dans l'escrime, la corrida, la danse de ballet et autres sports ésotériques, le spectateur non initié du kendo observe toujours les mauvaises choses et ne sait jamais vraiment ce qui se passe.  Il est certain qu'il sentira que le compétiteur qui frappera l'autre sur la tête avec la plus grande fréquence et la plus grande ferveur s'emparera de la victoire. Mais, bien sûr, ce n'est pas le cas.

Il y a quatre points au Kendo : (1) Un coup sur le dessus du crâne, (2) sur le poignet, (3) sur le côté du torse entre la hanche et l'aisselle, (4) une poussée à la gorge.  Mais il y a deux qualifications qu'il est encore plus important de retenir.

Tout d'abord, le coup doit être porté par le shinaï dans un rayon de 15 cm de son extrémité.  Deuxièmement, l'arbitre doit décider que ce coup a été porté avec une force et une direction telles que si le shinaï avait été une véritable épée japonaise (qui, dans cette situation, aurait été un sabre à un seul tranchant, légèrement incurvé d'environ trois pieds de longueur), il aurait été fatal pour son destinataire.

Au Japon, les matchs étaient décidés par deux points sur trois, mais en Californie, il était d'usage de décider du combat par un seul point.

Les cris follement gutturaux que les joueurs émettent s'appellent kiai, et ne sont pas de simples expressions d'exubérance ni des tentatives pour terrifier l'adversaire. L'idéal du joueur de Kendo est d'entrer dans l'état de mushin.  Littéralement mushin signifie sans esprit.  (Rappelez-vous ce fait quand vous pensez aux Japs sur Attu.) En termes de psychologie occidentale, nous dirions que pour atteindre l'état de mushin, il faut éliminer le mental conscient et se livrer complètement au contrôle du subconscient.

"Son corps doit devenir un automate inspiré de l'art du Kendo et son esprit semble s'épanouir dans une nouvelle liberté."

Revenons maintenant au kiai. Ces cris sont un moyen d'indiquer l'état de mushin que l'on a atteint.  Ils sont d'abord donnés au début d'un match afin que chaque compétiteur puisse juger le courage spirituel intérieur de l'autre.  Ils sont poursuivis dans le même but ; le joueur donne une expression explosive à l'état de "sublimation" qu'il a gagné.

Le fait est que les soldats japonais sont formés à l'art d'atteindre le mushin, la concentration irréfléchie, l'automatisme sublime.  Cette capacité est un fait psychologique, tout comme le développement du biceps.

Beaucoup de choses ont été écrites à ce sujet sous le nom d'"auto-hypnose" dans les revues américaines de psychologie.  L'armée américaine, (sans doute sagement) n'a pas tenté d'utiliser ses possibilités à double tranchant.

 

A des inconvénients

Il doit sembler assez évident que le mushin a ses inconvénients aussi bien que ses avantages.  Sous son influence, les hommes ordinaires sont prêts à mourir avec une volonté surnaturelle.  Mais il y a aussi les preuves muettes, des poches pleines de munitions attachées à la taille des suicidés, et les preuves bruyantes du kiai irrationnel qui semblait annuler beaucoup des raids nocturnes désespérés des Japonais.  L'effet général ne semble pas être bien meilleur que d'être shooté sous l'influence de la marijuana.

Le fanatisme implique une adhésion féroce, monomaniaque, défiant la mort, à un idéal.

Ce n'est pas ce qui motive les Japs d'Attu quand ils se sont fait sauter le ventre bien avant d'avoir épuisé leurs munitions.  Le facteur idéologique manquait.  Ce n'est pas ce qui les a motivés lorsqu'ils ont émis leurs cris sauvages à des moments où ils auraient pu surprendre les Américains dans leur sommeil.

Nos psychologues militaires feraient mieux d'oublier le fanatisme et d'apprendre à comprendre et à mesurer l'état sublime de mushin si nous voulons gagner notre guerre avec les Japonais sans que la lutte dure trop longtemps.

 

(Traduction DeepL et Kraphi)

 

 

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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 08:26
Grands coutelas croisés, début des années 1930. Par Thomas Handforth. Source : Oregon State University Digital Collections.

Grands coutelas croisés, début des années 1930. Par Thomas Handforth. Source : Oregon State University Digital Collections.

 

Traduction de l'article de Benjamin Judkins https://chinesemartialstudies.com/2019/07/18/the-problem-of-presentism-in-the-chinese-martial-arts/ avec son aimable autorisation.

J'aimerais commencer le post d'aujourd'hui en notant que Joseph Svinth (que la plupart d'entre vous connaisse déjà grâce à ses nombreuses contributions aux études en arts martiaux) mérite vraiment d'être mentionné comme coauteur de cette pièce. Joe a eu la gentillesse de porter à mon attention les nombreuses gravures de Thomas Handforth et a noté certains des débats que sa carrière d'illustrateur a inspirés.  De plus, il a suggéré que le " présentisme ", un sujet faisant partie de la discussion sur les illustrations de la vie chinoise de Handforth, est l'une des questions centrales qui doivent aussi être abordées périodiquement dans les études martiales chinoises (et les autres arts martiaux - note de Kraphi), une position que je partage entièrement.  Bref, Joe a été la force motrice derrière le poste d'aujourd'hui.  Toute erreur ou omission me sera imputable.

 

Archer, début des années 1930. Par Thomas Handforth. Source : Oregon State University Digital Collections.

Archer, début des années 1930. Par Thomas Handforth. Source : Oregon State University Digital Collections.

En quête d'art

 

Étant donné la nature explosive du kung-fu, j'ai toujours été surpris que ces pratiques de "l'art de la main" n'aient pas généré plus d'art visuel en dehors du monde du cinéma.  Évidemment, il y a eu quelques exceptions notables.  J'ai également fait tout mon possible pour mettre en valeur des images photographiques vintage de ces pratiques ici à Kung Fu Tea au fil des ans. Pourtant, je ne peux m'empêcher de penser qu'il manque quelque chose.

La situation est peut-être surdéterminée.  Les films de kung-fu des années 1970 ont certainement acquis une grande popularité dans la culture pop, mais c'est peut-être une partie du problème.  Peut-être ces pratiques semblent-elles tout simplement trop triviales pour faire l'objet d'un art "sérieux".  Ou peut-être qu'il est plus difficile de traduire un mouvement physique explosif en une composition visuelle statique qu'on ne le pense ?

Pourtant, ma plus grande frustration est que les arts martiaux chinois soient souvent dépeints d'une manière lointaine, mystérieuse ou purement orientaliste.  Pourtant, tous les artistes martiaux chinois que j'ai rencontrés sont des individus modernes qui ont intégré ces pratiques dans leur vie quotidienne.  En tentant de renvoyer ces pratiques à leur origine "exotique" et "mystérieuse", on perd de vue leur réalité vécue et leur dynamisme.

Facteur supplémentaire:  je tiens un blog.  Internet est un média visuel implacable.  La différence entre un essai réussi et un essai sur lequel personne ne clique peut se résumer à quelque chose d'aussi simple que le choix des images de couverture.

Néanmoins, à un niveau plus personnel, je veux y voir quelque chose de plus qu'une simple précision ethnographique ou une belle composition dans une photographie.  Pour moi, les meilleures images artistiques à thème martial sont intéressantes précisément parce qu'elles capturent quelque chose sur le temps, le lieu et le sentiment qui prévalait au moment de la création.  Quand Joseph Svinth a commencé à m'envoyer par courriel les images de la vie chinoise que Thomas Handforth avait publiées dans les années 1930, je savais qu'il avait découvert quelque chose de spécial.

Quelques mots d'introduction seront utiles.  Handforth est né à Tacoma en 1897 (mort en 1947) et a étudié l'art à l'Université de Washington avant de décrocher et de déménager à New York City.  Finalement, il a été embarqué dans la fureur de la Première Guerre mondiale et a servi dans le corps médical et sanitaire de l'armée américaine en France.

Comme d'autres artistes de sa génération, il n'a pas montré d'intérêt immédiat à retourner aux Etats-Unis.  Handforth a vécu un temps à Paris et a étudié à l'Ecole des Beaux-Arts, avant de s'installer dans des lieux moins fréquentés où il aiguisa sa vision artistique et établit sa réputation de grand illustrateur de l'époque.  Ces autres destinations comprenaient l'Afrique, l'Amérique latine et (plus important pour nous) la Chine.  À la fin des années 1920, Handforth a commencé à recevoir des commandes pour illustrer des albums illustrés pour enfants, bien que tous ces  efforts initiaux, sauf un, soient tombés dans l'oubli.

En 1931, la vie de Handforth a changé lorsqu'il a gagné une bourse Guggenheim pour financer une tournée de cinq ans en Asie.  Horning rapporte qu'après avoir passé deux semaines à Beijing (Pékin), il a décidé que cette seule ville avait assez de richesse visuelle pour l'occuper pendant des années.  Il s'est installé dans une maison traditionnelle, est devenu un élément incontournable de la scène artistique de la ville et a commencé à expérimenter la lithographie.

Handforth semble être à son meilleur lorsqu'il s'agit de saisir les points de vue de la vie dans la rue et des gens ordinaires.  Des places de marché animées attirent son attention et plusieurs de ses pièces de l'époque présentent de petites illustrations de la vie quotidienne.  La culture physique chinoise était un point d'intérêt particulier.  Plusieurs de ses pièces les plus intéressantes mettent en vedette des lutteurs, des acrobates, des artistes de rue et des "danseurs d'épée". Après avoir correspondu avec la famille survivante de Handforth, Alexander Lee a obtenu certaines de ses photographies anciennes et a noté comment ces images ont été retravaillées et développées en ses illustrations plus connues.

Ses estampes de cette période, produites à des fins commerciales, sont représentatives des tendances qui balayaient le monde de l'art et du design graphique. Les archers (probablement des hommes forts tirant des arcs lourds dans le cadre d'un spectacle) et les lutteurs se tiennent debout sur des arrière-plans vides et dénudés. Il en résulte un sentiment accru de tension visuelle et d'enjeu dramatique. Les conventions classiques de l'art déco design sont utilisées pour styliser et renforcer la forme visuelle. Personne ne regarderait les figures bien musclées de Handforth et ne les appellerait "Les malades de l'Asie de l'Est". En effet, son travail semble fétichiser le lien entre la masculinité et les arts martiaux.

Il est également intéressant de noter ce qui n'apparaît pas dans son art. Il n'y a aucun signe de l'influence modernisatrice de Guoshu ou de Jingwu dans ses gravures. Plutôt que d'enregistrer la montée des arts martiaux rationnels de la classe moyenne, Handforth était fasciné par les traditions plus anciennes qui persistaient dans les marchés de l'époque. Je soupçonne que c'est la raison pour laquelle nous voyons moins de boxe à mains nues (et pas d'artistes martiales féminines) dans son catalogue. D'autre part, il a laissé aux générations futures de nombreuses scènes célébrant les différentes traditions de lutte de la Chine, un sujet qui reçoit étonnamment peu d'attention aujourd'hui, même dans les cercles d'études des arts martiaux. Il a également couvert des aspects plus sombres de la vie de la ville, tels que les terribles exécutions publiques et les décapitations qui sont devenues de plus en plus fréquentes à Pékin à mesure que la situation politique se détériorait.

 

La vraie Mei Li, en train de lire son livre. Source : KATHLEEN T. HORNING, the Horn Book.

La vraie Mei Li, en train de lire son livre. Source : KATHLEEN T. HORNING, the Horn Book.

Et voici Mei Li

 Cela ne signifie pas pour autant que les figures féminines étaient absentes de son art. Handfroth a dessiné un certain nombre de croquis d'acrobates et de gymnastes féminines. Et c'est une fillette de quatre ans du nom de Mei Li qui est, sans aucun doute, responsable de son plus grand succès en tant qu'illustrateur.

Kathleen Horning note que Handforth était plutôt timide par nature et on peut se demander si ce n'est pas la raison pour laquelle il a décidé de s'installer dans un quartier de Beijing plutôt que de faire une grande tournée de cinq ans en Asie.  Quoi qu'il en soit, les marchés locaux et les espaces publics lui fournissaient une offre inépuisable de sujets.  Et plus près de chez lui, une petite fille du nom de Mei Li régnait sur la place où Handforth faisait une grande partie de ses croquis.  Mei semble avoir été responsable de la prise en compte de certains sujets par Handforth et de la traduction d'instructions sur la manière de se comporter.  Ses écrits indiquent que, bien que de petite taille, l'enfant avait une personnalité bien adaptée au management.http://www.waking-green-dragon.com/2014/02/mei-li-real-story.html

Un jeune danseur d'épée dont Handforth a produit de nombreuses études. Photo par Handforth. Source : http://www.waking-green-dragon.com/2014/02/mei-li-real-story.html

Un jeune danseur d'épée dont Handforth a produit de nombreuses études. Photo par Handforth. Source : http://www.waking-green-dragon.com/2014/02/mei-li-real-story.html

Le même garçon, maintenant sous la forme artistique finale. La photo et l'étude terminée nous donnent une idée de la méthode de Handforth pour interpréter et produire des images. Source : http://www.waking-green-dragon.com/2014/02/mei-li-real-story.html

Le même garçon, maintenant sous la forme artistique finale. La photo et l'étude terminée nous donnent une idée de la méthode de Handforth pour interpréter et produire des images. Source : http://www.waking-green-dragon.com/2014/02/mei-li-real-story.html

Au fur et à mesure que la collection d'amis et de modèles locaux de Handforth s'est agrandie, il a décidé d'illustrer une histoire qui pourrait vraisemblablement les rassembler tous en un seul lieu.  C'est ainsi qu'il compose un récit dans lequel l'indomptable Mei Li, avec l'aide de son frère, s'enfuit en douce pour assister et participer au festival annuel du nouvel an.  Bien sûr, cela impliquait de briser quelques conventions sociales pour une femme de son milieu et de son statut social.  Pourtant, la vraie Mei semble avoir été très heureuse de devenir la protagoniste d'une telle histoire.

Handforth était clairement au courant de l'évolution des relations entre les sexes en Chine au cours des années 1920 et a tenté de faire des commentaires à ce sujet.  C'est ce que l'on peut voir en trois endroits dans sa nouvelle.  Il s'ouvre par la traduction d'un poème chinois déplorant l'inutilité d'un enfant féminin non conventionnel (ou peut-être n'importe quel enfant féminin) dans un foyer traditionnel.  En effet, les escapades de Mei dans le festival pourraient être mieux comprises comme une réponse élaborée (et pointue) à la question rhétorique des poèmes : "Que peut faire une fille ?

Deuxièmement, pendant le festival, la jeune fille se fait dire la bonne fortune et il est révélé qu'elle régnerait un jour sur un royaume.  Une telle prédiction n'était manifestement pas loin de la réalité, ni pour la vraie Mei, ni pour son double littéraire.  Les écrits de Handforth montrent clairement qu'il s'attendait à de grandes choses dans l'avenir de la jeune fille.

Mais le problème du genre se pose avec acuité lorsque Mei revient de la fête pour être accueillie par le Dieu de la cuisine du foyer.  La divinité de la famille l'informe que le royaume qu'elle est destinée à gouverner est celui qui a été traditionnellement attribué aux femmes, au foyer et à la maison.  La réponse de Mei à cette affirmation promet beaucoup.  Elle accepte la réponse, mais seulement jusqu'à un certain point, notant : "Ça fera l'affaire, pour un moment, en tout cas."

Certains critiques modernes (dont Xiaoli Hong) ont détecté en cela un manque d'imagination de la part de Handforth, et y ont vu un message potentiellement dommageable pour les filles.  En effet, le fait que le livre ait remporté le prix Caldecott en 1939 et qu'il ait été acclamé par la critique, notamment par le NY Times, rend les implications subtiles de son contenu encore plus importantes.   Plutôt que d'affronter et de surmonter clairement une barrière injuste, l'irrépressible Mei semble avoir été étouffée par les conventions sociales et accepté les normes qui lui interdisent de participer à la vie publique.

Horning, cependant, a contesté cette lecture du texte.   Elle note qu'il est trop facile pour les lecteurs et les critiques modernes d'oublier à quoi ressemblait la situation véritable en Chine dans les années 1920 et 1930.  Bien que les principes féministes modernes aient pris racine à cette époque, ils n'étaient pas encore fermement établis.  Les étudiants des études martiales chinoises savent déjà qu'il y a eu beaucoup de projection personelles dans ces idées.  En effet, toute l'idée maîtresse de l'histoire montre que Mei remet en question les attitudes de son époque (d'une manière très physique et incarnée) et que la communauté s'enrichit grâce à elle.

Dans une situation révolutionnaire, plutôt que de se concentrer sur sa déclaration selon laquelle " cela fera l'affaire... ", il est clair que les lecteurs devraient prendre beaucoup plus au sérieux sa qualification de " ...pendant un certain temps, de toute façon ".  Mei est une force irrépressible aperçue dans un moment de changement radical.  En effet, chaque fois que nous lisons des récits d'artistes martiales féminines dans les mouvements Guoshu ou Jingwu, il est important de se rappeler qu'elles ont été commentées précisément parce qu'elles semblent être des exceptions et des signes de transformation sociale imminente.

L'accrochage, début des années 1930. Par Thomas Handforth. Source : Oregon State University Digital Collections.

L'accrochage, début des années 1930. Par Thomas Handforth. Source : Oregon State University Digital Collections.

Après avoir pris connaissance du traitement de Mei Li par Horning, Xiaoli Hong a réévalué son approche du livre d'images classique de Handforth.  Elle l'a relu avec un ensemble d'outils théoriques plus sophistiqués et a prêté une attention particulière à la tension qui existait entre la façon dont les événements étaient décrits dans le texte et ce qui était réellement montré dans l'illustration (en effet, l'histoire semble mettre en scène un narrateur peu fiable).  Elle a conclu :

"L'article de Horning soulevait aussi des questions sur la question de savoir si j'avais appliqué une lentille "presentiste" dans ma première lecture de Mei Li. Selon Power (2003), le présentisme du lecteur - c'est-à-dire la perception du lecteur qu'un livre écrit dans ou sur le passé est raciste et sexiste [ ou lié à des valeurs du "présent" du lecteur NDT] - est " dans une large mesure inévitable, car les lecteurs ne peuvent pas identifier et contrôler complètement leur propre conditionnement culturel et social "(p.425). Cependant, " ce serait un grave problème que de nier l'intégrité d'une époque révolue " (p. 457). Après ma première rencontre avec Mei Li, je crois que j'ai imposé mes croyances et mes valeurs modernes à une époque révolue sans m'attarder sur la structure sociale de la discrimination et de l'oppression à l'égard des femmes (et peut-être encore). En me basant sur des histoires que j'ai lues et entendues dans la société contemporaine, j'ai supposé qu'un personnage féminin triompherait du sexisme ou au moins qu'il prendrait des décisions qui transformeraient sa vie à la fin de l'histoire. Ma vison "presentiste" m'a précipitée dans un jugement rapide mais étroit du livre d'images. Ainsi, comme le soutient McClure (1995), " le milieu de l'époque où un livre se déroule doit être considéré pour son influence sur la perspective et le contenu du livre " (p. 11).

Lutteurs mongols, début des années 1930. Par Thomas Handforth. Source : Oregon State University Digital Collections.

Lutteurs mongols, début des années 1930. Par Thomas Handforth. Source : Oregon State University Digital Collections.

Le présentéisme comme problème dans les études martiales chinoises

Ce dernier point de vue éclaire non seulement les aspects de Mei Li, mais aussi l'ensemble plus vaste de l'art visuel de Handsford, qui diffuse et commente des images de la culture martiale chinoise dans les années 1930.  En effet, on peut penser à quelques points aussi importants en considérant dans les branches historiques des études d'arts martiaux, la facilité avec laquelle les lecteurs modernes pourraient se glisser dans un état d'esprit présentiste, même sans jamais  le reconnaître.  Les mises en garde de Xiaoli Hong concernant la manière dont nous évaluons les questions de genre et d'identité sont certainement valables.  Pourtant, les défis auxquels nous sommes confrontés dans les études d'arts martiaux sont plus profonds.

Comme je l'ai déjà dit à maintes reprises, les mots et les concepts mêmes que nous utilisons pour décrire ces systèmes de combat sont empreints d'un préjugé présentiste.  Si nous interrogions Handsford sur les différentes sortes de lutteurs, boxeurs, chanteurs d'opéra, danseurs d'épée et "acrobates" qu'il appelait ses amis au début des années 1930, il est probable qu'il pourrait nous en dire beaucoup sur leurs carrières individuelles et leur monde social.  Pourtant, si nous l'interrogions plutôt sur les " artistes martiaux " chinois, il nous aurait probablement regardés d'un air perplexe.  Je ne pense pas avoir vu cette expression couramment appliquée à ces pratiques en anglais avant les années 1970.  En effet, tout au long des années 1960, les constructions lourdes comme le "karaté chinois" et la "boxe chinoise" sont restées beaucoup plus courantes dans la littérature populaire.

Cette confusion sémantique a de réelles conséquences lorsqu'on parle de l'histoire de ces arts.  Je pense que l'une des choses qui appuie l'idée erronée selon laquelle les AMTC (Arts Martiaux Traditionnels Chinois NDT) étaient inconnues dans l'Ouest avant Bruce Lee est le simple fait qu'ils portaient des noms différents.  Un examen des journaux d'avant la Deuxième Guerre mondiale ne révèle aucune référence aux "arts martiaux chinois", mais les récits des danseurs d'épée, des "boxeurs nationaux", des jongleurs, des lutteurs et des acrobates ne sont pas si rares.  Ce qui manquait, c'était notre vocabulaire moderne et la notion que toutes ces pratiques occupaient le même espace conceptuel ou représentaient les mêmes notions (généralement essentialistes) d'identité nationale.

En effet, l'idée centrale derrière l'expression "arts martiaux chinois" est que ces pratiques sont structurellement similaires et, dans un sens, fonctionnent de manière interchangeable avec un large éventail d'autres pratiques dont les arts martiaux japonais, philippins, brésiliens et (plus récemment) européens historiques. Je ne souhaite pas rouvrir le débat sur la manière dont nous devrions définir les arts martiaux dans les derniers paragraphes de cet essai.  J'aimerais plutôt revenir sur un argument plus fondamental que j'ai présenté dans les premières pages de  The creation of Wing Chun : A Social History of the Southern Chinese Martial Arts (SUNY, 2015). L'imprécision est notre ennemi quand nous parlons du développement de ces systèmes de combat.  De nombreuses personnes prétendent s'intéresser à l'histoire profonde de ces traditions, mais ce qui les préoccupe en réalité, ce sont les pratiques et les identités qu'elles, personnellement, adoptent sur une base hebdomadaire.  Presque par définition, il s'agit d'un produit du monde moderne : Ils seraient mieux explorés par un sociologue, un anthropologue ou un spécialiste des études cinématographiques qu'un historien de la dynastie Ming.

De plus, les mots et les concepts mêmes que nous utilisons créent des problèmes lorsque nous nous penchons sur la fin de la période impériale.  Le problème avec le terme "art martial" est que tout le monde a une compréhension intuitive et pop-culturelle de ce que cela implique.  Et cela s'avère être une chose très difficile à mettre de côté.

Lutteurs et managers chinois, début des années 1930. Par Thomas Handforth. Source : Oregon State University Digital Collections.

Lutteurs et managers chinois, début des années 1930. Par Thomas Handforth. Source : Oregon State University Digital Collections.

Vous dites les mots "art martial" et il est presque impossible de ne pas imaginer des écoles sur le marché des "arts martiaux", avec des programmes d'études et des structures de classement détaillés, des uniformes standardisés et des organes d'organisation bien établis.  Or beaucoup de ces traits sont entrés dans la société américaine assez récemment par le boom de l'intérêt pour les arts martiaux japonais dans la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale.  En réalité, la structure sociale et économique de base de la vie villageoise en Chine aux 18e et 19e siècles était très différente de tout ce qu'un banlieusard moyen pouvait imaginer (bientôt une autre traduction d'un texte traitant ce point sur le blog Krav Maga et Philosophie - NDT), les modes d'organisation sociale que l'on voyait dans ses systèmes de "l'art de la main" devaient également être différents.  Par exemple, on ne peut pas simplement " payer " l'enseignement lorsqu'on vit dans un environnement non monétaire.  La plupart d'entre nous ne passons pas non plus beaucoup de temps à prendre en compte que le système de milice des clans est un important diffuseur de connaissances martiales dans le sud de la Chine.

Bien sûr, "différent" n'est pas la même chose que "inintelligible".  Le danger d'aborder ces discussions sous un angle présentiste, c'est que nous verrons toujours quelques faits, ici et là, que nous semblons reconnaître.  Ceux-ci peuvent être combinés de façon créative et utilisés pour imaginer dans le passé le même genre d'institutions et d'intérêts que nous avons dans le présent.  D'une manière perverse, il est en fait plus facile de lire des modèles très modernes et inappropriés des arts martiaux dans l'histoire chinoise à mesure que nous remontons dans le temps, car il reste moins de preuves pour nous rappeler combien cet exercice est mal dirigé.  Le fait que certains éléments de la machine de "diplomatie publique" du gouvernement chinois promeuvent activement des récits "orientés" pour des raisons politiques et économiques complique encore la situation.

Une bonne étude de l'histoire des arts martiaux ne commence pas nécessairement par l'approfondissement des systèmes de combat eux-mêmes.  Elle prend plutôt, de manière fondamentale, le fait de comprendre le lien avec le processus du contexte social.  Il faut commencer par reconstruire l'environnement social, culturel, politique et économique. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'il est possible de réellement commencer des déterminations valides sur l’emboitement des pièces restantes du puzzle.

Et pourtant, certains éléments des arts martiaux chinois semblent résister à ce processus.  Les premières références que nous avons (comme l'énigmatique Femme de Yue ou les écrits du général Qijiguang au XVIe siècle) décrivent déjà les arts martiaux (tels qu'ils existaient alors) comme l'intrusion d'un passé "ancien", à moitié oublié et primordial, dans le présent.  Pour paraphraser une histoire célèbre, en cherchant les racines de ces systèmes de combat, il semble bien qu'il s'agisse de traditions inventées, y compris dans les pratiques les plus anciennes.

Cette souche de romantisme était très vivante dans les années 1930.  Le KMT (Kuomintang -  NDT) ayant lié le développement des arts martiaux à la promotion du nationalisme chinois, des éléments du discours "primordialiste" entourant le AMTC ont été renforcés.  Tout cela est évident dans l'art de Handforth.  Notez par exemple l'épéiste portant ce qui semble être un casque de bambou traditionnel de l'ère Qing.  Et pourtant, le dadao qu'il manipule était une arme assez populaire dans les années 1930.  En regardant le traitement héroïque, inspiré de l'art déco, de la forme humaine, il est clair que l'œuvre de Handforth a capturé l'esprit de l'époque.

Oui, les références à un passé romancé sont toujours présentes.  Mais c'est l'esthétique visuelle moderne qui donne vraiment à son œuvre sa valeur artistique.  De même, Mei Li peut se heurter à une opposition sociale, mais dans sa déclaration au Dieu de la cuisine, nous entendons la promesse d'un monde différent à venir.

Bien utilisé, l'histoire des arts martiaux peut faire quelque chose de semblable.  Plutôt que de se contenter de transmettre des traditions inventées ou de passer en revue le développement de techniques spécifiques, elle offre, une fois bien comprise, une vision claire des failles sociales qui ont défini la vie de ses praticiens, ainsi qu'une meilleure compréhension de la façon dont ils ont cherché à structurer leur action afin de faire évoluer les choses.  Pour comprendre le passé, il faut d'abord accepter que c'était le présent de quelqu'un d'autre.  Ce faisant, nous rejetons la tentation de simplement nous y lire nous-mêmes.

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14 novembre 2019 4 14 /11 /novembre /2019 22:05
Peinture d'un homme maniant deux cannes de fer ("Tie Bian") . Canton, milieu du 19e siècle. Source : Digital Collections of the New York Public Library.

Peinture d'un homme maniant deux cannes de fer ("Tie Bian") . Canton, milieu du 19e siècle. Source : Digital Collections of the New York Public Library.

Traduction de l'article de Benjamin Judkins https://chinesemartialstudies.com/2019/11/10/are-the-chinese-martial-arts-fake/  avec son aimable autorisation

Étant donné que cet essai est hébergé sur un blog principalement lu par des praticiens d'AMTC (Arts Martiaux Traditionnels Chinois), je doute que la question posée par le titre suscite beaucoup d'enthousiasme. Je soupçonne que la plupart d'entre nous ont déjà pris leur décision sur ce point. Néanmoins, je pense qu'il vaut la peine de s'asseoir et de réfléchir un peu plus profondément à de telles questions, et aux raisons pour lesquelles elles sont posées par tant de personnes maintenant.

La question du timing ne semble pas être un mystère étant donné que de nouveaux clips vidéo d'athlètes de MMA (ou de BJJ, ou de Muay Thai...) battant des "maîtres" traditionnels de Kung Fu (ou de Taijiquan, ou de Karaté) sur YouTube deviennent, chaque semaine, virales. Cela seul semble répondre à nos questions. La formule visuelle maintenant bien établie de tels combats est devenue si routinière qu'il est difficile de voir les participants faire autre chose que jouer leur rôle dans un scénario social continu.

Pourtant, plus on passe de temps à réfléchir à ce phénomène, moins ces réponses sont révélatrices.  Les médias sociaux regorgent également de clips d'actes de violence réels (coups de couteau, agressions, vols) qui ont tendance à ne pas devenir viraux, même s'ils ont une valeur éducative beaucoup plus grande pour les étudiants sérieux en autodéfense ou dans des combats "engagés" équivalents.  Ce débat n'est pas non plus un phénomène particulièrement nouveau.  Au début du XXe siècle, les étudiants de la "sweet science"   (boxe anglaise-NDT) affrontaient régulièrement des jujutsuka et des judokas. Gagnants ou perdants, les auteurs sportifs n'étaient que trop heureux de se prononcer sur l'infériorité des méthodes asiatiques à certains moments (par exemple, avant la victoire du Japon sur la Russie) ou d'évoquer leurs mystères à d'autres (par exemple après la victoire dans la guerre russo-japonaise).  Ce qui se passait à la une du journal semblait avoir autant d'impact sur ces conversations que ce qui se passait sur le ring.  Des tendances similaires se sont répétées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre de Corée et du Vietnam.

Les concours mixtes ne sont pas nouveaux.  De plus, les combattants professionnels expérimentés battent généralement les enseignants amateurs d'arts martiaux, ce qui est tout à fait logique.  Cela fait partie de la définition d'un "combattant professionnel", quelle que soit sa discipline de spécialisation. Pourtant, le fait que le public accorde beaucoup d'attention à ces combats, qu'il les trouve divertissants ou qu'il décide qu'ils sont édifiants, varie considérablement au fil des décennies.  Je ne peux m'empêcher de me demander s'il est significatif que notre nouvel intérêt pour le conflit entre les sports de combat occidentaux et les arts martiaux chinois se produise en même temps que s'ouvrent des lignes de fractures culturelles et politiques entre la Chine et l'Occident sur la scène mondiale.  Sur le plan intérieur, nous assistons également à l'émergence d'une nouvelle phase de nationalisme au sein même de la Chine.

De telles considérations politiques ne déterminent probablement pas la fréquence de ces concours, ni s'ils sont téléchargés dans les médias sociaux.  Mais ils sont probablement importants pour comprendre pourquoi, de toutes les choses croustillantes sur Internet, des millions de personnes qui n'ont jamais participé à un combat compétitif ou qui n'ont jamais été entraînées dans les sports de combat ou les arts martiaux traditionnels profitent soudainement du "schadenfreude" (-joie malsaine-NDT) que ces concours partiaux offrent. À une époque où la Chine s'impose de plus en plus dans les sphères économique, militaire et politique, est-il possible qu'un grand nombre de gens qui ignorent généralement les arts martiaux s'intéressent soudainement à de tels concours, précisément pour voir l'avant-garde de la culture traditionnelle est-asiatique obtenir son retour de bâton ?  Encore une fois, c'est l'anxiété face à l'essor militaire et économique du Japon qui a déclenché l'intérêt de l'Occident pour le judo et le jujutsu au début du XXe siècle.  Pourtant, les études des pages sportives de l'époque suggèrent que cet "intérêt" n'a pas toujours pris une forme positive.

Ces questions me sont apparues lorsque j'ai lu récemment un éditorial dans le South China Morning Post (un journal de langue anglaise publié à Hong Kong) intitulé "It's Time to Admit that Most Chinese Martial Arts are Fake" (-"il est temps d’admettre que la plupart des arts martiaux chinois sont des escroqueries"-NDT).  En guise de contexte, je dois expliquer que le SCMP fait généralement tout son possible pour trouver et publier des histoires sur les arts martiaux traditionnels chinois et, à moins qu'un nouveau scandale n'éclate au Temple Shaolin, elles sont presque toujours positives.  En effet, le SCMP est la meilleure source d'information sur les arts martiaux chinois parmi les journaux et services d'information en langues étrangères de la région.

Cet éditorial n'a retenu mon attention que parce que ces sentiments étaient particulièrement nouveaux. Encore une fois, les chroniqueurs sportifs occidentaux disent ces choses (parfois avec raison) depuis le début du 20e siècle.  Au contraire, son apparition dans ce lieu particulier, et les invocations répétées de l'auteur sur le Wing Chun (un repère critique dans l'identité culturelle locale), semblaient presque comme une tentative de troller le lectorat normalement amoureux des arts martiaux du journal.

La "mentalité de troll" est apparue plus clairement à la lecture de la suite de l'article.  Il est rapidement devenu évident que la définition de l'auteur de savoir si un art martial était faux ou non dépendait presque entièrement de sa capacité à préparer ses élèves à gagner des combats dans une grande variété de situations.  En lisant le texte, il est rapidement apparu de manière claire que l'auteur n'avait aucune expérience dans les arts martiaux traditionnels d'aucun pays.  Il ne connaît pas non plus la vaste gamme d'activités, de cultures, d'objectifs ou de méthodes d'entraînement qui entrent dans une catégorie allant du combat au couteau aux Philippines, au combat au bâton en Afrique et à la lutte populaire au Royaume-Uni.  Mais il a participé à quelques combats de hockey quand il était enfant, et a récemment regardé quelques vidéos sur YouTube, et  il se sent maintenant l'obligation morale de mettre en garde ses lecteurs contre cette illusion partagée.

Il est difficile de contester certains aspects de sa conclusion.  Nous avons tous vu de faux maîtres du Wing Chun et du Taijiquan se faire battre sur YouTube.  Si l'auteur avait effectivement étudié l'un de ces arts (ou même le MMA ou la boxe), il aurait peut-être été en mesure de donner un aperçu des raisons pour lesquelles ces institutions n'ont pas réussi à produire des pugilistes compétents.  Mais s'il avait une compréhension même rudimentaire de la culture des arts martiaux chinois, il n'aurait probablement pas recommandé le Wing Chun comme style pour les gens qui cherchent à "se détendre " et à augmenter leur souplesse. Il aurait été préférable de nommer presque n'importe quel autre art chinois à la place. De tels faux pas tendent à miner la foi en des conclusions générales. Pourtant, l'auteur semblait croire qu'il avait une sorte de devoir d'avertir le public des dangers du karaté.

 

Un tableau très intéressant de la série précédente. Notez que celui-ci montre des individus ayant clairement rendu Hudiedao, Shuang Jian et Shuang Dao, ce qui suggère l'utilisation pratique des trois armes. Remerciements particuliers à Gavin Nugent (www.swordsantiqueweapons.com/) pour avoir accepté de partager cette image.

Un tableau très intéressant de la série précédente. Notez que celui-ci montre des individus ayant clairement rendu Hudiedao, Shuang Jian et Shuang Dao, ce qui suggère l'utilisation pratique des trois armes. Remerciements particuliers à Gavin Nugent (www.swordsantiqueweapons.com/) pour avoir accepté de partager cette image.

Compte tenu de l'ampleur de sa critique, on aurait pu supposer que l'auteur rejetterait d'emblée les arts martiaux traditionnels.  Il est intéressant de noter qu'il s'est arrêté au dernier moment et qu'il n'était pas disposé à mener son argument à sa conclusion logique.  Au lieu de cela, il a noté que si l'objectif était simplement de se mettre en forme et d'augmenter la confiance en soi, alors un cours de karaté pourrait être ce qu'il y a de mieux. Mais qu'il ne fallait pas présumer qu'il serait utile dans un "vrai" combat.

Encore une fois, on peut s'interroger sur la suite logique de la pensée qui pourrait mener à une telle conclusion.  Si la confiance en soi repose sur l'acquisition de compétences "fausses" et frauduleuses, est-ce vraiment une bonne chose de marcher dans la rue la tête haute ?  De plus, une partie de la réussite d'un combattant est d'être en excellente condition physique et de savoir comment canaliser les forces d'agression.  Si les arts martiaux traditionnels sont vraiment inefficaces lorsqu'il s'agit de transformer les gens pour le combat, pourquoi supposons-nous qu'ils seraient meilleurs quand il s'agit d'entraînement physique de base ?  Ne serait-il pas plus logique de simplement conseiller à la personne qui cherche à perdre du poids et à se mettre en forme de faire du jogging et acheter un abonnement au club de gym ?  Pourquoi poursuivre une activité qui a un effet secondaire sur la condition physique alors que nous avons maintenant des industries entières qui se spécialisent dans la création de certains résultats très spécifiques en matière de condition physique ?  Le sentiment sur cet éditorial est celui d'une personne qui marche courageusement, quoique peut-être aveuglément, le long d'un plongeoir mais qui, à la dernière minute, a peur de faire le grand saut.

Pourquoi ces conversations sont-elles dirigées par des éditorialistes au hasard, sans intérêt particulier pour les arts martiaux au départ ? Quand Rory Miller critique la façon dont nous gérons la violence dans l'entraînement des arts martiaux, cela vaut la peine de s'asseoir et d'en prendre note.  Pourtant, ce genre de discours ne semble pas être le moteur de cet éditorial.

Pour commencer à répondre à tout cela, nous devons commencer par approfondir quelques-uns de nos termes de base et être très clairs sur ce qui est réellement en discussion.  Alors que l'éditorial de SCMP a encadré le débat en termes d'arts "traditionnels" contre de "vrais" combats, la plupart des conversations occasionnelles que je rencontre ne sont pas aussi prudentes.  La lecture la plus commune de ces concours semble être les artistes martiaux chinois (ou japonais) contre le MMA.

Il faut s'opposer à sa tentative rhétorique de nationaliser ces conversations.  Que sont les "arts martiaux chinois" ?  De mon point de vue de spécialiste en sciences sociales, il s'agirait de n'importe quel système de combat qui a été localisé et s'est enraciné en Chine.  Ainsi, l'essor du MMA en Chine au cours de la dernière décennie est une partie très importante de l'histoire des "arts martiaux chinois" modernes.

La longue histoire d'affrontements et d'invasions aux frontières de la Chine signifie que ce pays a absorbé et intériorisé de nombreuses pratiques ou technologies martiales étrangères différentes au fil des siècles.  Cette flexibilité n'est pas nouvelle.

Si nous discutons des origines historiques, il se peut que nous ne considérions pas le MMA comme un "art chinois", étant donné ses origines en Amérique et au Brésil.  Mais parler d'"artistes martiaux chinois" qui ne peuvent pas tenir tête aux combattants MMA (comme on le voit si souvent dans les discussions en ligne) commet une erreur de catégorie.   Une nationalité n'est pas un style de combat.  En effet, la plupart des combattants du MMA qui perturbent les arts traditionnels en Chine sont chinois. De plus, ils réagissent principalement à des événements et à des repères sociaux qui trouvent leur origine dans le contexte local et national.  Ainsi, la catégorie des "arts martiaux chinois" est suffisamment large pour qu'il faille faire preuve d'une certaine prudence en la voyant invoquée dans ces discussions.

L'adjectif "traditionnel" n'est pas sans inconvénients.  Nous avons déjà noté la difficulté d'épingler ce terme chez Kung Fu Tea.  Il est rare que les auteurs précisent ce qu'ils entendent par le terme lorsqu'il est invoqué, et l'on soupçonne que, dans de nombreux cas, il s'agit essentiellement de quelque chose d'authentique ou d'inauthentique.

Il est également intéressant de noter combien d'arts ont de la difficulté avec cette catégorie.  L'Association Jingwu enseigne-t-elle un art martial traditionnel chinois ?  Si l'on pose la question dans le contexte des années 1920, la réponse serait non.  Il a créé un mélange des "meilleurs" aspects des arts martiaux traditionnels chinois et les a recadrés dans un contexte explicitement moderniste.  Pourtant, comme D.S. Farrer l'a noté dans son travail sur le terrain, lorsqu'il les a rencontrés dans les parcs publics de Singapour aujourd'hui, les enseignants de Jingwu s'identifient (et sont étiquetés par les autres) comme des artistes martiaux traditionnels.  En fait, nous avons ici le cas rare d'un art martial mixte qui est passé du statut d'avant-garde de la modernité à celui de gardien de la culture chinoise "traditionnelle" simplement en vertu de sa survie pendant quelques générations.

Des discussions similaires ont eu lieu lorsque des personnes ont tenté de classifier la BJJ.  Parfois, il est traité comme un sport de combat moderne, tandis que dans d'autres cas, cet art est considéré comme un système de pratique "traditionnel".  Même le Wing Chun semble vaciller entre deux identités. Certains instructeurs soulignent qu'il s'agit d'un système moderne d'autodéfense (en effet, c'est souvent ainsi que Ip Man en parlait), alors que dans d'autres circonstances, il était présenté comme un joyau de la culture traditionnelle.  La question de savoir si quelque chose est "traditionnel" dans la conversation populaire semble être une question de cadrage et de positionnement plus qu'une caractéristique de la pratique elle-même.

La seule façon d'aller de l'avant dans cette situation est peut-être de rendre explicite son cadre de référence et de proposer que d'autres personnes envisagent de faire preuve de la même transparence dans leurs propres discussions. Je crois que nous pourrions faire quelques progrès en adoptant l'avènement de la modernité, comprise dans un sens à la fois culturel et économique, comme l'élément commun qui définit les arts martiaux "traditionnels" et non traditionnels.  Bien sûr, nous devons reconnaître qu'à un certain niveau, tous les arts que nous pratiquons aujourd'hui sont des produits du monde moderne et ont fait la paix avec lui.  Alors que certains d'entre nous aiment s'habiller en samouraïs et que d'autres se promènent avec des copies de Fiore, aucun d'entre nous ne peut réellement vivre, ou avoir un accès privilégié, au monde pré-moderne.  Tous les arts qui existent dans le monde aujourd'hui dépendent beaucoup des systèmes sociaux, politiques et économiques modernes qui définissent notre réalité sociale pour leur survie.

Un soldat de l'infanterie chinoise. Costumes de Chine, 1805 par William Alexander.

Un soldat de l'infanterie chinoise. Costumes de Chine, 1805 par William Alexander.

La différence réside dans l'attitude d'une institution à l'égard de ce fait.  Les arts modernes, comme le MMA, le Krav Maga ou (pour nos besoins actuels) le BJJ, embrassent ce fait.  Dans certains cas, cela comprend les décisions d'ordre esthétique concernant la façon dont une œuvre d'art doit être commercialisée ou présentée.  Mais à un niveau plus profond, ces systèmes plus modernes semblent fonctionner en présentant des solutions aux problèmes spécifiques ou aux discontinuités que les grands processus de la modernité créent dans la société.  Dans certains cas, cela peut prendre la forme d'une exploitation des possibilités économiques pour certains types d'activités récréatives ou de divertissement.  Par exemple, quelque chose comme des cours de "kickboxing cardiovasculaire" pourraient voir le jour dans le but précis d'aborder les problèmes de santé qui sont maintenant courants en raison de la nature sédentaire de la plupart des emplois modernes.

Les arts traditionnels ne sont pas nécessairement plus anciens que leurs frères "modernes".  Ils cherchent plutôt à aborder les questions de modernisation à un niveau plus fondamental.  Plutôt que d'offrir des solutions spécialisées à des problèmes spécifiques (le krav maga commercial offre des stratégies d'autodéfense pour un monde avec un accès facile aux armes à feu, le cardio-kickboxing offre l'autodéfense du diabète et de l'hypertension artérielle), ils cherchent souvent à permettre aux gens de comprendre leur vie de nouvelles façons par la création de nouvelles identités fondamentales. Nous pourrions même dire que l'adversaire ultime des arts martiaux traditionnels est un sentiment d'aliénation, ou le désenchantement progressif du monde.

Les spécialistes des études religieuses ont noté que des processus similaires se produisent également dans leur domaine.  De plus en plus, nous voyons une division entre les congrégations progressistes qui cherchent à résoudre les problèmes pratiques que la modernité génère (faim, réfugiés, réchauffement climatique), tandis que des mouvements religieux plus fondamentalistes cherchent à combler le manque de sens que de nombreux individus ressentent dans leur vie en restructurant leur identité à un niveau plus fondamental. On n'a pas besoin d'examiner la communauté des arts martiaux très longtemps avant qu'il ne devienne évident que quelque chose de semblable se passe ici.

Cela nous amène à la question de la spécialisation.  L'acceptation de la logique de la spécialisation, à savoir que l'on doit maximiser leur gain économique ou leur statut dans la société en ne se concentrant que sur un seul type d'activité, est l'un des principes fondamentaux qui ont permis l'émergence de la modernisation dans l'Ouest. Soutenue par des marchés plus efficaces et des économies plus diversifiées, la spécialisation est devenue l'un des principaux moteurs de la croissance et du changement social.  C'est ainsi que les moines du Moyen-Âge furent remplacés par les médecins, avocats et ingénieurs du XIXe siècle.  Au cours des siècles qui ont suivi, chacune de ces professions a suivi son propre processus de spécialisation, toujours plus fin.

Pourtant, la spécialisation a un coût personnel et psychologique.  C'est un prix que nous payons par l'aliénation, car chacun d'entre nous est de plus en plus éloigné de la plupart des sphères de vie qui nous soutiennent.  Oui, la spécialisation encourage le commerce et donc la croissance économique.  Mais elle sépare aussi la plupart des individus des produits qu'ils créent ou qu'ils utilisent en fin de compte.   Et la croissance économique elle-même, bien que souvent bénéfique, peut aussi corroder les types de structures sociales préexistantes (famille, religion, communauté locale) qui ont traditionnellement donné un sens à la vie.  C'est à ce sentiment croissant d'aliénation que plusieurs des arts martiaux traditionnels se sont attaqués.  Cela les rend, d'une certaine manière, très différents de ce cours de kickboxing cardio qui peut être considéré comme un outil pour remédier aux "défaillances du marché" de la modernité.  Comme le fondamentalisme religieux, les arts traditionnels, en se concentrant sur les questions de création de valeurs (spirituelles et morales NDT) et de formation identitaire, offrent généralement une critique beaucoup plus approfondie du statu quo actuel.

Prenons le cas du Taijiquan, peut-être l'art martial traditionnel chinois le plus populaire dans le système mondial.  Quelle que soit la date de son développement, il est clair que cet art a acquis une importance régionale, puis nationale au cours des dernières années de la dynastie Qing.  Les premiers partisans de ce système ont cherché à le promouvoir à un moment où la Chine était littéralement attaquée par les puissances impérialistes et où la population perdait confiance dans la capacité de sa culture à endiguer l'assaut de nouvelles armées, religions, idées et marchés. Le Taijiquan que nous pratiquons aujourd'hui est une réponse aux appels à l' "auto-renforcement " qui ont été lancés dans cet environnement, puis de nouveau pendant la période de révolution du seigneur de guerre qui a marqué les années 1920-1930.  Il était peut-être inévitable qu'une telle pratique devienne d'un immense intérêt pour les mouvements contre-culturels occidentaux dans les années 1960 et 1970 alors qu'ils cherchaient eux aussi de nouveaux outils pour faire face à une perte paralysante de la confiance en soi culturelle.

Faut-il en déduire que le Taijiquan n'a aucun intérêt pour le combat, ou qu'un art qui a passé des décennies à alimenter les débats dans les débats nationaux et culturels ne peut être utilisé pour se battre ?  C'est une question plus compliquée.  La critique de la modernité avancée par plusieurs arts martiaux traditionnels semble être explicitement liée à un rejet du concept de spécialisation tel qu'exprimé dans les modes occidentaux de mondialisation.  Bien que cela ne soit pas vrai partout, un certain degré de suspicion de spécialisation semble prévaloir dans la communauté traditionnelle chinoise des arts martiaux.

Ce fait m'a été rapporté lors d'une conversation que j'ai eue avec un artiste martial professionnel de la RPC (République Populaire de Chine) l'année dernière.  Alors qu'il était entraîneur et enseignant, il avait participé (à différentes années) à des compétitions de taolu et de sanda et alors qu'il était étudiant universitaire dans les années 1980. Tout en discutant de son entraînement Sanda, il a comparé la préparation qu'il avait reçue à l'entraînement des kickboxers du Muay Thai en notant, d'une manière décalée, que bien sûr, les kickboxers auraient gagné dans toute compétition sérieuse. Lorsque je lui ai demandé de développer sur ces remarques, il a essentiellement souligné la longue durée et l'intensité de l'entraînement au Muay Thai et a conclu que, dans les sports de combat, tout se résume à la préparation et à la sélection des bons athlètes.  Mais, bien sûr, de tels kickboxers n'étaient "pas de vrais artistes martiaux".

Vieille carte postale faite en Chine, 1901-1907. Source : Collection personnelle des auteurs.

Vieille carte postale faite en Chine, 1901-1907. Source : Collection personnelle des auteurs.

Voyant qu'il aurait à expliquer cette dernière déclaration, plutôt incendiaire, il a poursuivi en notant qu'il existe de multiples domaines dans les arts martiaux, et pour être vraiment considéré comme un maître, vous devez avoir travaillé dans tous ces domaines et ont excellé dans plusieurs d'entre eux.  Tendant une main, il a compté cinq catégories.

Les vrais artistes martiaux, à son avis, doivent avoir concouru au niveau professionnel en Sanda, en boxe ou dans une discipline équivalente.  Mais ce n'était pas suffisant.  Ils devaient également avoir une formation universitaire en sciences du sport et en pratique du Wushu pour être considérés comme un véritable érudit/guerrier.  Il ne s'agissait pas seulement d'obtenir un diplôme de premier cycle, mais d'obtenir une maîtrise ou un doctorat en Wushu ou dans un domaine connexe.  Typiquement, un tel diplôme mènerait à un séjour en tant qu'entraîneur de Wushu dans une sorte d'établissement d'enseignement supérieur.

Troisièmement, il était nécessaire d'aller au-delà des programmes de Wushu soutenus par l'État.  Il fallait aussi entrer dans le monde des arts martiaux populaires, en devenant disciple d'un ou plusieurs systèmes traditionnels.  Cependant, on ne pouvait pas simplement rester dans ce monde "à part" (tel qu'il le voyait) des maîtres populaires.

Il était également nécessaire de jouer un rôle de premier plan dans le développement ou la gestion d'organismes communautaires d'arts martiaux ou de groupes caritatifs.  Quiconque connaît le monde des arts martiaux chinois sait qu'il existe d'innombrables écoles publiques, comités de bienfaisance et organismes communautaires qui jouent un rôle important dans cet écosystème.

Enfin, parce que la plupart des gens forment leurs idées de base des arts martiaux à travers les médias, on a également besoin de maîtriser ce royaume aussi.  Ceci a été traditionnellement fait en faisant des apparitions dans des films d'arts martiaux, bien qu'il ait concédé, qu'à l'ère actuelle, l'Internet a offert d'autres voies pour obtenir une image au "dehors".  Seul quelqu'un qui avait réussi dans les cinq royaumes pouvait se qualifier de véritable artiste martial.

Il doutait que des individus qui ne se spécialisaient que dans un seul domaine puissent vraiment être des artistes martiaux.  Leurs compétences peuvent être spectaculaires et leur spécialisation leur a permis d'être mieux préparés pour gagner sur le ring, à l'écran, en classe ou ailleurs.  Pourtant, alors qu'il réfléchissait à la question, il n'arrivait pas à se défaire du sentiment que ces personnes n'avaient pas compris l'intérêt même d'être un artiste martial.  Ce n'était pas simplement un travail, c'était une vocation, quelque chose qui définissait qui vous étiez. En tant que tel, vous devriez vous efforcer d'être un érudit/guerrier "complet".

Évidemment, il s'agit d'une définition très sélective et quelque peu intéressée des arts martiaux.  En utilisant ses catégories, il est clair que je ne suis pas un artiste martial et que je ne pourrais jamais aspirer à l'être.  C'était apparemment le point qu'il essayait de prouver. Étant la "mauvaise sorte" de professeur d'université (sans diplôme de l'Université des Sports de Pékin), je n'avais pas à écrire des livres et des articles sur les arts martiaux chinois qui pourraient "désorienter les gens".  Cela devrait être laissé à des personnes comme lui.  En utilisant ces critères, je pense qu'il n'y aurait plus qu'une poignée de " vrais " artistes martiaux dans toute la Chine.

Encore une fois, il serait facile de rejeter tout cela comme de la rhétorique provocatrice. Pourtant, je pense que ce serait une erreur, précisément parce que cela nous laisserait ignorer la structure de valeurs profondément différente qui sous-tend tant de choses dans la communauté traditionnelle chinoise des arts martiaux. Ce que j'avais entendu était essentiellement une version mise à jour de l'idéal érudit/guerrier que l'on retrouve dans tant de littérature chinoise classique.

En établissant un ensemble transcendant de valeurs fondamentales, les arts martiaux traditionnels peuvent toucher une grande variété de domaines sociaux.  Ils peuvent être considérés comme un outil unique qui a un impact sur tout, de l'autodéfense à la médecine, en passant par l'épanouissement spirituel et l'organisation communautaire.  C'est un puissant antidote à l'aliénation qui afflige la vie moderne.  Qui ne fantasme pas de devenir l'érudit/le guerrier parfait ?  Insister sur le fait que l'érudition souffrira toujours parce que vous passez trop de temps dans la salle d'entraînement, ou que votre Kung Fu pourrait être meilleur si vous ne perdiez pas votre temps à écrire des livres, passe à côté du sujet.  Découvrir l'intersectionnalité de ces royaumes est devenu l'objectif en soi, même si cela exige une évaluation franche que les étudiants Sanda formés à l'université peuvent ne pas bien se mesurer à une équipe de boxeurs professionnels.

Il y a de nombreuses raisons techniques et logiques pour lesquelles les comparaisons entre les systèmes d'arts martiaux traditionnels et modernes s'effondrent.  D'autres personnes en ont longuement discuté ailleurs.  Mais ce que je veux souligner ici, c'est un point légèrement différent.  Dire que quelque chose est une "escroquerie" présuppose une compréhension des objectifs et des valeurs d'une institution.  Or, il n'y a absolument aucune raison de soupçonner que la classe moyenne de Taijiquan à Pékin, et la salle d'entrainement au MMA "standard" à Shanghai, ont beaucoup en commun.  Pourtant, les objectifs ne sont pas choisis au hasard.  Ils reflètent plutôt des valeurs et des identités préexistantes. Dans le cas présent, ils sont dérivés de notions très différentes de la modernité et de ce qui est nécessaire pour vivre une bonne vie.

Est-ce que le combattant amateur moyen de Kung Fu sera capable de battre même un athlète pro-MMA de niveau également moyen sur le ring ?  Le fait qu'un tel concours opposerait des individus structurellement généralistes à un spécialiste suggère que la réponse est probablement non.  En fin de compte, ces compétitions sont des concours d'individus, pas de styles, et le combattant professionnel mieux conditionné et plus expérimenté devrait probablement toujours gagner. Ces victoires dans les médias sociaux attireront certains types d'individus.

Mais tout comme les mouvements religieux fondamentalistes ne montrent aucun signe de disparition de notre paysage de plus en plus laïc, je m'attends à ce que les arts martiaux traditionnels asiatiques continuent également à survivre. Tant que les gens rêvent de devenir des érudits ou des guerriers, ou qu'ils cherchent des systèmes de références qui peuvent donner un sens à une vie entière plutôt que de s'attaquer aux problèmes les plus immédiats, ces systèmes continueront à trouver du soutien.  Il n'y a aucune escroquerie là-dedans.

Traducteur : Krav Maga et Philosophie


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Si vous avez aimé cet essai, vous voudrez peut-être aussi lire (en anglais) : La vie des artistes martiaux chinois (20) : Le général Li Jinglin, le "Saint Sabre" de Wudang

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Notons que le Krav Maga peut être aussi un "art martial traditionnel" s'il est utilisé dans l'optique humaniste selon la définition donnée ici.

Article (en français) sur le Krav Maga et l'Humanisme.

Article (en français) sur le Krav Maga comme Art Martial

 

 

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Published by KRAV MAGA et PHILOSOPHIE
5 octobre 2018 5 05 /10 /octobre /2018 13:21
Arts martiaux, armes a feu et mediatisation
« Dieu a fait des hommes grands et d'autres petits, je les ai rendus égaux. »
Devise de Samuel Colt
 
«Les Dieux ont fait des hommes grands et d'autres petits, je les ai rendus égaux. »
Devise de l'humain inventeur du javelot de guerre au moment de la fin de l'age du bronze
 
« Hanuman a fait des singes grands et d'autres petits, je les ai rendus égaux. »
Devise du singe ayant inventé le lancer de pierre
 
"La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent."
Albert Einstein.
 
"Le problème, en matière de défense, est de savoir jusqu'où vous pouvez allez sans détruire de l'intérieur ce que vous vous efforcez de défendre de l'extérieur."
Dwight Eisenhower
 
Si vous pratiquez les arts martiaux dans une optique un peu plus large qu’une pratique physique (pratique complétement légitime et utile, je tiens à le rappeler), vous devez certainement vous poser des questions sur la nécessité ou pas de l’entrainement aux armes à feu et aux autres armes "modernes" (grenade, mortier, lance-flamme, RPG, etc …. J )
En effet, il y a souvent, dans les arts martiaux (de self défense et cérémoniel), une recherche sur la sécurité personnelle pour le pratiquant.
 
Or très rapidement les "différences" apparaissent entre ce qui est recherché dans cette optique et ce qu'il est possible d'obtenir :
Ce qui est recherché est de l'ordre de
"je veux apprendre à me protéger et protéger ceux qui me sont chers", motivation non seulement légitime mais indispensable dans n'importe quelle société. (avec néanmoins l'équilibrage nécessaire comme dans toute éducation humaniste - cf 2eme post de ce fabuleux blog).
Mais très rapidement après avoir étudié un peu l'histoire miliaire et policière (pour savoir à quoi l'on peut être confronté "au pire", un travail de base pour tout pratiquant de self défense/protection personnelle), un interrogation apparaît : 
"Que faire face à une section de militaires (ou de para-militaires) armés et "prêt à bondir" selon la formule de Coluche ? (je ne parle même pas de l'action face à des drones et autres missiles)"
(La vraie formulation est : comme faire face à des bandes de jeunes hommes, bien entrainés, bien armés et qui considèrent que votre vie et celles de vos proches ne vaut rien).
Et là, il devient difficile d'apporter une réponse crédible à l'échelle individuelle.
A partir de cette "découverte", différentes stratégies peuvent apparaître pour résoudre ce "problème d'écart entre le but et la réalité" :
-  Essayer "intérieurement" d'ignorer la contradiction intrinsèque (notamment en visionnant des films des samourais/ninjas "surhumains", des westerns "irréalistes", en projetant une recherche sur une technique ultime, en collectionnant les armes anciennes symboliques, en se surentrainant de manière pathologique, etc .....)
- Essayer "extérieurement" d'ignorer la contradiction intrinsèque (notamment avec la recherche d'un gourou plus ou moins lié avec une armée - en ce moment, l'armée russe a la cote, la fréquentation des forums et des réseaux sociaux pour "discuter" avec d'autres névrosés, faire des vidéos ou des articles de "démystification", etc ...)
- etc...
Il y en plein d'autres manières de tenir compte de cet aspect récurrent (j'ai eu des années pour les voir mises en œuvre avec des résultats s'étageant entre le déplorable, l'amusant et le digne de respect) mais je vais me concentrer sur les deux qui me semblent les plus importantes :
- La meilleure méthode (Oui, c'est celle de l'Association des Kravists Non Violents-AKNV-, pourquoi ? :-) )
- La pire méthode (celle de ceux dont je ne recherche pas la compagnie(fuite) et que je vais à partir de maintenant dénoncer explicitement auprès du public car la situation a changé radicalement par rapport à il y a quelques années(lutte))
Tout d'abord la meilleure méthode : Celle qui consiste à se dire que dans "certains cas", la fuite est la meilleure des solutions. Pour savoir QUAND il faut fuir (et ne pas fuir pour un "rien"),  il faut travailler sur l'anticipation (notamment "politico-sociétale", ce qui va beaucoup plus loin que l'anticipation de la "protection personnelle"). C'est la seule capacité que l'on peut travailler pour tenir compte de ce fameux écart. (A charge après de mettre en place des actions concrètes, pour tenir compte de cette anticipation). 
Notez qu'il existe des disciplines cérémonielles pour travailler cette capacité. (Cf les articles du blog correspondants pour plus de précision)
Pour ceux qui veulent plus de détails sur le cote "ésotérique" de la Fuite (elle aussi peut être travaillée), je vous renvoie au livre de H. Laborit "l'éloge de la fuite".
Dans ce cadre et pour concrétiser cette approche, il parait utile de travailler la progression (et la discrétion) en milieu hostile..... Et là, l'entrainement militaire type éclaireur ou force spéciale (Quelqu'un a dit Ninja ? Oui, mais alors Ninja historique = Shinobi) est à prendre en compte car il peut être utile pour un civil. Mais, c'est l'ironie de la situation, c'est une partie de l'entrainement militaire qui ne nécessite PAS d'arme. (ou alors, juste la pelle pliante :-), que je recommande fortement.....)
Je vous renvoie aux récits sur les zones de guerre (en les croisant pour détecter les "mythomaneries"). Cela démontre assez vite que la résistance civile est futile. Au passage, dans ce cadre, ce sont les hommes qui prennent les risques, les femmes sont mises à l'arrière pour éviter de croiser les guerriers du camp d'en face. Je ne vous fait pas un dessin. J'ai lu récemment SNIPER de Pavel Hak. Je n'ai pas trouvé le livre terrible mais par contre la description de la vie des civils dans une zone de guerre et de leur impuissance est ..... choquante. (Je passe pudiquement sur l'utilisation du viol comme arme de guerre, comme instrument politique et comme manière de motiver/diriger ses propres troupes). Il y a aussi "même les tueurs ont une mère" dont j'ai déjà parlé.
Petit rappel : Dans ses mémoires, Gigin Funakoshi rapporte le cas d'un de ses mentors ("maitre" est un terme à utiliser avec parcimonie au vu des dérives...) qui suivait l'actualité géopolitique de l'époque au point de prévoir, des années à l'avance, la guerre nippo-russe. Ce n'est donc pas une attitude nouvelle dans les arts martiaux de self défense ET cérémoniel. ( H. Plée, himself, disait qu'il y avait plusieurs niveaux de lecture aux mémoires de Funakoshi. En voici une confirmation. :-) ).
Ensuite après la meilleure, la pire méthode ..... Je veux parler de ceux qui militent pour un entrainement répliquant, au niveau des civils, l'entrainement moderne des militaires. Je vais développer ce point car c'est lui qui pose (ME pose et VOUS pose) des problèmes à l'Art Martial (et donc aux arts martiaux, dont le votre).
D'où d'abord commençons par les problèmes "techniques" que va poser cette méthode de répliquer l'entrainement militaire dans la vie civile. Par là, je veux dire comment évaluer l'efficacité d'une groupe milicien vis à vis d'un groupe militaire. Je vous propose de regarder, au moins, trois points.
 
Premier point : Qui décide ? Comment sont prises les décisions ? Que se passe t il si quelqu'un n'est pas d'accord avec la décision ? Peut il quitter le groupe ?  Il est classiques qu'un groupe de miliciens tienne plus de la bande de brigands/maraudeurs "chaotiques" que d'un groupe de libérateurs "rudes mais disciplinés".
Ceci fut vrai, par exemple, pour certains groupes de la résistance française, durant la deuxième guerre mondiale, qui était craint surtout par la population mais pas par l'occupant. (faillaient-ils les dénoncer ? Vaste débat ....)
De manière générique, la résistance (française, russe, etc....) ARMEE de la seconde guerre mondiale n'a jamais posé un problème à l'occupant allemand. C'est quand même un signe :-).
Deuxième point : D'où viennent les armes ? Qui assure la logistique ? En général, les armes se trouvent assez facilement. Le problème vient de l'approvisionnement (munitions, nourritures, uniformes, etc....). Je ne parle même pas du cout de l'entrainement et des connaissances. Là encore, les civils sont très très inférieurs aux militaires et au delà d'un "coup de feu" , sur la durée, de "simples civils" (sans apport d'un "tiers instrumentalisant", un autre pays par exemple .....) ne tiennent pas longtemps.
Troisième point : Qui assure les soins ? Comment fait on pour traiter les handicapés de guerre après la fin ? Je suis d'accord toutefois pour reconnaître que ce troisième point est facultatif dans l'absolu,  mais ceux qui passent au dessus de ce point sont dangereux à côtoyer....  (soit psychopathe, soit mythomane).
Ces quelques points me semblent suffisants pour la démonstration : en terme d'efficacité, un groupe civil ne pourra pas tenir contre une force militaire. La force militaire est spécialisée. C'est la forme de violence la plus efficace de l'espèce humaine. Ponctuellement, il est possible à un groupe de civils "endurcis" de résister voire de vaincre mais tôt ou tard une force militaire gagne toujours.
Je pense ici à la guerre Finno-russe de la 2eme guerre mondiale prise régulièrement comme référence dans les cercles miliciens modernes, notamment pour justifier l'entrainement au tir. Sauf que les "chasseurs finnois" n'ont eu le dessus qu'au début du conflit. Ensuite, l'armée rouge transformée a dominé le champ de bataille. Heureusement, elle était occupée, un peu plus au sud, avec la "Germanie". :-)
En conclusion, il faut éviter de se lancer dans la course à l'armement. Les preuves historiques abondent du fait que ce n'est pas une solution pour des civils.
J'ai déjà exposé les limites qui doivent exister pour l'Art Martial (notamment en terme de technologie) et qui permettent d'être efficace. Efficace, dans le contexte de ce post, revient à savoir quand il faut fuir car plus aucune option civile (par opposition à militaires) ne permettra de faire face au "problème anticipé".
Ces limites définissent en partie, les réponse possibles : un éventail de réponses intermédiaires est possible suivant vos contraintes et votre éthique. Par exemple, vous pouvez militez politiquement pour la création d'un nouveau type d'armée dans votre pays, vous engagez dans l'armée, dans la structure techno-militaire, dans un boycott à grande échelle, fournir à l'armée ou à la police nationale une compétence (par exemple un savoir sur le combat au contact ......), etc...
Il vous suffit de vous reporter aux différents posts traitant de ces sujets (l'héritage de Shaolin et le feu prométhéen) pour avoir plus de détails sur les limites à respecter.
Au passage, j'ai échangé avec certains pratiquants d'arts martiaux (pas uniquement le Krav Maga) pour qu'ils connaissent le type d'organisation à mettre en place si jamais nous connaissions dans un horizon proche la fin des clubs "sportifs". (c'est le but de l'AKNV)
Mais au delà de ces problèmes "techniques" et avant même d'avoir à affronter un quelconque groupe dans un combat de "guerre", apparaîtra un problème institutionnel vis à vis de la société.
En effet, l'état dispose du monopole de la violence. C'est à cela qu'il se reconnaît. Et il n'admet pas la concurrence.
Il est obligé de tolérer une violence de basse intensité (rixe, légitime défense, etc....) qu'il est impossible de contrôler à une échelle sub-institutionelle mais, par contre, il surveille toujours très attentivement tout mouvement institutionnel ET violent (ou au moins POTENTIELLEMENT violent).
En clair ,il faut choisir soit vous êtes institutionnels (et non violent, comme les fédérations d'arts martiaux)), soit vous êtes violents ( et non institutionnel comme le grand banditisme ou le brigandage) mais aucun état ne laissera opérer une fusion de ces aspects. 
 
Il est à la mode aujourd'hui de prétendre que l'état ne défendra pas sa population et qu'il faut pouvoir prévoir le moment où nous serons laissé à nous même dans une "loi de la jungle". Je pense que c'est un point de vue à relativiser.
En général, un effondrement de civilisation est un processus lent. D'ici trois ou quatre générations, nos descendants seront sans doute revenu à un stade féodal (le stade du fellah selon Spengler) mais il est quasiment sur que nous, nous connaitrons de période de rupture d'autorité, mais nous connaitrons aussi, jusqu'à la fin de nos vies, des retours de l'autorité avec des comptes à rendre (sur le modèle de la fin de la 2 GM en France avec ses sordides règlements de comptes).
En clair, il vous sera très très probablement demandé de justifier vos actes (tous vos actes....) par un état soutenu par une force militaire. (Pour information, à ma connaissance, à la fin de l'URSS, la parenthèse de non-droit a duré deux ans avant que l'état russe ne reprenne pied et puisse faire appliquer à nouveau la justice)
Donc si vous commencez à mettre en place une institution potentiellement violente (notamment dans le discours). Vous affronterez l'état. Même si "vous n'avez rien fait". Le risque serait trop grand que vous deveniez incontrôlable. 
Si c'est la fédération française de ping pong qui commence à entrainer ses membres aux maniements d'armes modernes et aux tactiques de groupe. Quelle sera à votre avis la réaction d'un état qui n'aura plus assez de moyens pour encadrer toutes les disciplines ? L'interdiction pure et simple.
Quand il s'agit de la fédération de ping pong, c'est dommage mais ce n'est pas mon problème.
Par contre, quand c'est la communauté des arts martiaux, c'est plus un problème pour moi.
C'est déjà arrivé : Au moment de l'occupation du Japon par les troupes US, les arts martiaux furent interdits. De même en URSS, il y avait également une interdiction pour les "arts martiaux instrumentalisés" (Un article vient d'ailleurs juste de paraître à ce sujet sur Russia quelque chose).
C'est un classique. 
Nous nous retrouvons devant un choix assez binaire
 
1- Soit promouvoir un entrainement para militaire en sachant que cela conduira à l'interdiction à plus ou moins long terme de cet entrainement et que cet entrainement et le groupe lié ne seront même PAS efficaces contre une véritable force militaire. (Je ne parle même pas d'un individu contre une quelconque force militaire, là nous touchons au tragi-comique si cette idée est simplement prise au sérieux)
 
2- Soit refuser d'intégrer un quelconque entrainement militaire dans les arts martiaux, en sachant qu'un entrainement aux arts martiaux permet d'avoir une réponse civile à de menaces terroristes ou liées aux brigandages (cf l'histoire de la Chine et à l'heure actuelle et les milices low tech en Afrique). Ce sont ces risques, qu'au maximum les arts martiaux permettent de gérer.
 
Toutefois l'imprégnation mentale (cf le post sur la "projection mentale") sur les armes à feu est tel, qu'en dehors de toute rationnalité, il y a souvent un débat pour savoir si le choix 1 ne serait pas, par hasard, le meilleur choix.
 
Bien évidemment, si vous estimez que le débat n'est pas clos, n'hésitez pas à répondre PUBLIQUEMENT et PAR ECRIT (blog, article, livre, etc ....) aux trois premiers points. Cela pourrait lancer un débat intéressant.
 
Attention néanmoins, il ne faut pas tomber dans le travers de certains arts martiaux (et de certains milieux pacifistes et non-violents) : Il ne faut pas être opposé, à priori, à la connaissance du monde militaire ou à des expériences d'immersion afin de connaître "schématiquement" la compétence militaire.
 
Je trouve très intéressant d'avoir pu tester, au sein de la FEKM, à quoi ressemblait un entrainement au tir "en condition" (à terre, rouler, tirer, etc...). De même connaître et tester à l'échelle tactique (groupe choc/groupe feu, investissement d'un bâtiment, progression tactique, etc ....), le savoir-faire militaire est une connaissance intéressante et potentiellement utile dans le cas d'une fuite ....). Merci d'ailleurs à Code-RNO et à Michel Goya de nous faire "toucher du doigt" la complexité de ce monde.
Il est également évident que pour s'entrainer sérieusement au désarmement d'armes à feu, il faut en avoir manipulé, un minimum.
 
Mais il y a à mon sens une différence entre "connaître la tactique militaire et le matériel" (éventuellement en ayant participé à un entrainement ou à une manipulation, une fois ou deux) et s'entrainer régulièrement à la tactique militaire avec le matériel idoine.
C'est uniquement le deuxième cas que je considère comme à la fois problématique mais surtout inutile.
 
 
Autre point : Il me parait évident, même si c'est paradoxal, que quelqu'un qui prône la non-violence (qui n'est pas le pacifisme, je le rappelle) et démontre pourquoi, pour lui, il est inutile de trop approfondir un entrainement militaire ou para militaire, aura sans doute plus de latitude pour avoir des informations pertinentes sur l'armée, l'entrainement militaire et le matériel (Ne fus ce que par son respect explicite des lois) que quelqu'un qui expose publiquement (notamment sur les réseaux sociaux) de manière très claire qu'il souhaite s'entrainer aux armes et former des groupes de combat (notamment si c'est un ancien militaire.....).
 
Bref, on disait dans les années 70 (Ah, le bon vieux temps!  :-)  ), quelqu'un qui parle de violence ouvertement c'est soit un imbécile, soit un agent provocateur. Une phrase à méditer, surtout si personne ne vous rémunère .... :-)
 
Dernier point : Il pourrait être tentant pour certains de croire qu'ils peuvent tenir un discours non-violents (comme le mien) et ensuite de discrètement s'entrainer dans un groupe de manière militaire....
 
Ce fut tenté régulièrement dans l'histoire. Malheureusement, la loi des grands nombres appliquée à la nature humaine, le fameux dilemme du prisonnier, en plus de la simple compétence policière de base, font qu'une telle duplicité ne reste pas occulte très longtemps. C'est mathématique.
 
Au final, il y a donc ici un choix éthique (revoir le post sur l'Ethique pour bien comprendre les enjeux) à faire pour votre entrainement. :
 
- Soit s'entrainer de manière para militaire (en gros : avec des armes à feu)
- Soit s'entrainer aux arts martiaux (en gros : sans arme à feu)
 
 
 
Personnellement, j'ai décidé de faire des arts martiaux. Si vous voulez avoir un entrainement militaire, merci de ne pas faire de confusion pour que l'Art Martial restent bien séparés, dans l'esprit du grand public, de l'Art Militaire.
 
Je dis le grand public, car généralement les décideurs font partie du grand public, notamment quand le sujet est un peu tabou dans nos sociétés (et la gestion de la violence fait partie des tabous.... avec également, par exemple, la religion).
 
Ce qui aboutit à un dernier point : la gestion de la différentiation, au sein de la société, entre l'Art Martial et l'Art Militaire.
 
Ce travail est effectué par les artistes martiaux depuis plusieurs siècles. D'où le discours pour toujours expliquer d'un artiste martial n'est pas un militaire (héritage de Shaolin, texte de Kano, Ueshiba, Funakoshi, etc ), discours souvent contrebalancé par des ignorants ou des manipulateurs (revoir la métaphore du char ailé par Platon dans le post idoine).

En effet, il est plus facile, car démagogique, de faire venir du monde (qui ne restera pas dans les dojos) en jouant sur la confusion entre un artiste martial et un militaire (ou un guerrier). Que ce soit par le biais d'affiche, par des vidéos ou des discours légitimant l'usage d'armes à feu dans les entrainements.
 
De tels agissements et de tels discours nient le travail effectué depuis plusieurs siècles et peuvent amener un lourd problème à la communauté des artistes martiaux (dite "wulin") qui peut être prise à partie par les autorités qui ne feront sans doute pas la différence dans un futur très proche. 
 
Un tel mélange est donc, non seulement à éviter mais également à dénoncer publiquement dès que vous estimez que la frontière n'est pas établie (en vous mettant à la place d'un profane et non d'un expert ou au moins d'un connaisseur).
 
C'est, suivant la démonstration de ce post, un pré-requis indispensable pour garantir la pérennité de vos arts martiaux préférés et de l'Art Martial.   
 
Il est bien évident que les arts martiaux de self défense devront être particulièrement vigilants sur ce point.
 
Déjà, dans le grand public, apparaît une certaine confusion entre le Krav Maga et l'entrainement avec des armes à feu (notamment au vu d'affiches, d'annonces de stage et de commentaires sur les réseaux sociaux).
 
Cette pente est dangereuse. Il est nécessaire qu'il y ait un cadrage en terme de communication. Et s'il pouvait servir à tous les arts martiaux, ce serait encore mieux.
 
A chacun de faire sa part !  
Le coin culture :
 
Avec un genre à étudier car il a modelé le psychisme de tout l'occident depuis les années 1950. (cf la discrétion de la philosophie ) : Le WESTERN
 
Deux exemples :
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Il était une fois la révolution.
 
Le film qui met pour la première fois en scène, l'art de la mitrailleuse et de la dynamite dans la scène mythique où deux hommes affrontent une petite armée et ... gagnent. Mais cela ne leur apporte par la libération personnelle qu'ils demandaient ... Bien au contraire. Les deux sont confrontés ensuite à leurs démons et ils découvrent que ce qu'ils voulaient RÉELLEMENT n'étaient pas du domaine des armes. (Donc ce n'est pas un art libéral - Tout le contraire pour John -, donc pas un art martial)
 
Le film où Sergio Leone montre que la révolution est souvent (toujours? ) un leurre qui sert d'autres valeurs et d'autres intérêts et que ceux qui sont mis en avant (méfiance vis à vis de la sémantique, des tribuns, des démagogues et des projets immatures)
 
Un "western" crépusculaire :
 
  • "Western" car le western est un genre qui met en avant l'individu opposé à une communauté (valable pour l'Iliade, le Chambara, l'ouest américain, etc ....). C'est en fait toujours la mythologie du "Western" sous un masque neuf. J'ai entendu un universitaire comparer le mythe irlandais de Cù Chulainn à du John Ford .... 
  • "Crépusculaire" car, à la fin, L'individu est rattrapé par la puissance de la communauté. La seule solution ? La Fuite ! Mais la Fuite raisonnée .... (cf H Laborit)
 
 
 
"Nom de dieu je sais très bien comment c'est la révolution ! C'est les gens qui savent lire dans les livres qui vont voir ceux qui savent pas, et les voilà qui disent le moment est venu de changer tout ça ! Ils expliquent aux pauvres bougres, qui eux font le changement. Après, les plus malins de ceux qui savent lire dans les livres s'assoient autour d'une table pour bouffer et blablater, pendant que c'est les pauvres bougres qui crèvent. Et qu'est-ce qui arrive quand c'est fini ? Rien, tout recommence comme avant."

 

Arts martiaux, armes a feu et mediatisation

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Mon nom est personne

 

Un western inégal (avec une "participation partielle" de Sergio Leone) mais certaines scènes sont de purs délices (avec une musique de Ennio Morricone)

Le scénario vaut aussi son pesant de cacahouète avec un jeune inconnu qui force une star de "l'ouest sauvage" à se battre contre 150 hommes afin d'entrer dans les livres d'histoires.

1- Expression artistique du fameux "mythe structurant" des arts martiaux (il y en a d'autres) où un homme peut en vaincre 150.....

2- Mise en abyme du travail du cinéaste qui fait vivre ce mythe et le rend "réaliste" (ici en l’occurrence complétement irréaliste, une ironie de Sergio Leone ? L'ami Sergio dont l’œuvre devrait être sérieusement étudié par tous les artistes spécialisés dans les arts martiaux cérémoniels)

3- Une morale mythique (encore du mythe, classique chez Sergio !!!) : « Ceux qui te mettent dans la merde ne le font pas toujours pour ton malheur, et ceux qui t'en sortent n'agissent pas forcément pour ton bonheur; mais surtout quand tu es dans la merde tais-toi ! »

 

Arts martiaux, armes a feu et mediatisation
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Published by KRAV MAGA et PHILOSOPHIE
31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 18:21
Shaolin Soccer : La revanche Kung Fu de la Chine ? le football de Canal+ pris en otage ?
J'avais écrit un petit article après l'appel de Roger Itier à la communauté des artistes martiaux français (dit Wulin, pour faire court mais incluant tous les arts martiaux, pas uniquement les arts martiaux chinois) afin de défendre le Kung Fu / Wushu en France . ici
 
En résumée, il apparaissait que la France avait passé un marché avec la Chine. Le deal était le suivant, d'après une interprétation raisonnable des documents fournis : La Chine soutenait Paris pour les JO de 2024. En échange de quoi, la France autorisait la mise en place d'une fédération de kung fu/wushu indépendante.
 
Actuellement le kung fu/wushu en France est intégré dans  la Fédération Française de Karaté (FFK). Ce qui génère des tensions, la FFK étant, au vu de faits, (voir l'article dédié du blog) un des bras armés de l'exécutif français pour les arts martiaux. Or, l'exécutif a ses propres projets pour les arts martiaux chinois.
 
Petit rappel pour éviter les amalgames : L'affaire MMA a démontré que l'exécutif et le législatif en France étaient deux entités agissant de manière différente et que l'exécutif avait une connexion particulière avec la FFK. Rappelons que, constitutionnellement et par "construction", le législatif est censé être l'expression du peuple Français et de ses aspirations.
 
J'écrivais dans cet article qu'il fallait suivre l'affaire et que les développements promettaient d'être intéressant.
 
Or hier, 30 mai 2018, Canal + perdu les droits de diffusion TV de la ligue 1 au profit d'une entreprise Mediapro, passé récemment (février 2018) sous contrôle d'une entreprise chinoise (53% du capital pour un montant de 1 milliard d'euros).
 
Je fais l'hypothèse que ceci est la réponse chinoise au manque de parole de l'exécutif français. (au moins partiellement, mais faire d'une pierre plusieurs coups est un classique à ce niveau)
 
C'est une hypothèse mais le manque d'infrastructure de diffusion de Mediapro (mais pourquoi a t il acheté des droits ? (sans avoir préalablement mis en place un réseau de distribution) Aussi cher ? (27% de plus que Canal + selon le monde ) ), son actionnaire chinois "récemment arrivé", les conséquences pour le "soft power" français et le calendrier m'incite à vous communiquer cette hypothèse. Ceci pour vous "montrer", si vous ne le savez pas, que vous appartenez à la communauté des artistes martiaux (que vous soyez un pratiquant d'un art chinois, japonais, français, israélien ,russe ou autre) et que des intérêts divers, variés et puissants essayent de vous instrumentaliser. N'oublions pas, le Wulin doit défendre ses intérêts propres. C'est uniquement ainsi que le Wulin vaut la peine d'être transmis.
 
Donc pour reprendre le cours chronologique des événements
 
  • Février 2017 Paris suscitait l'empathie de la Chine pour les JO en 2024 d'après le ministre des sports tandis que le secrétaire d’état des sports donnait son accord pour l'indépendance du Kung Fu/Wushu
  • Mai 2017 Zianqing Yu , vice président du CIO ET président de Fédération internationale de Wushu écrit au premier ministre français (récemment nommé) ET au maire de Paris pour rappeler la nécessité du respect de l'accord passé et son importance à son niveau.
  • Juillet 2017 Roger Itier demande à la France de tenir son engagement d'une fédération de Kung Fu Wushu indépendante de la FFK (en rendant public les courriers de Zainqing Yu au premier ministre de la France et au maire de Paris).
  • Septembre 2017 la France est désignée pour accueillir les JO en 2024 (grâce au soutien chinois ?)
 
Mais, durant cette période, à l'inverse de ce qui a été écrit, la FFK s'assoit de plus en plus sur l'accord et semble vouloir inféoder complément le Kung Fu/Wushu à sa structure (un peu comme ce qui arrive au Krav Maga "FFK" qui devient du "Krav danse" ..... )
 
  • Février 2018 le fonds Orient Hontai Capital devient actionnaire majoritaire de Media Pro avec 53,5% du capital (1 milliards d'euros)
  • 30 Mai 2018, une offre de Media Pro (outsider jusque là) rafle les droits devant Canal+ (pour 780 millions d'euros selon l'équipe, tiens cela se rapproche du montant investi par la société chinoise dans la structure......)
 
 
Et là, patatras pour la France, Canal+ (qui subventionne le soft power audiovisuel français) se retrouve avec un problème : l'aide apportée par Canal + à l'audiovisuel français est proportionnelle à son chiffre d'affaire qui va sans doute fortement baisser car il est fortement corrélé aux droits télévisés relatifs au football.
 
Il me semble y discerner une certaine logique d'affrontement sur le terrain du soft power et notamment du soft power sportif.
 
Si cette hypothèse est juste (et j'y crois suffisamment pour faire un post)
 
- Vous notez que les sommes en jeu n'ont rien à voir avec les sommes relatives à la FFK. Parlez de "gros sous" en parlant de la FFK, c'est être un peu "petit joueur" (pour rappel le bilan de la FFK, c'est 8 millions d'euros). Je pense que le 1 milliard d'euros mis en jeu n'est pas exclusivement dédié au Kung Fu en France mais il montre les enjeux auxquels sont confrontés les arts martiaux, même en se limitant à la France.
 
- Vous notez également que si individuellement, nous ne sommes rien, collectivement, on s'intéresse à nous, pratiquants d'arts martiaux, à travers, en partie, un montant de 1 milliard d'euros. Nous devons pouvoir négocier des "choses" avec l'exécutif français en face des économies que NOUS pourrions lui permettre d'obtenir. (Au passage, ne rêvez pas cet argent est quasiment inaccessible....inutile de rêver faire main basse sur le grisby, surtout en période de dislocation)
 
Bien évidemment, j'ai honte de l'action du gouvernement français tel qu'elle apparaît et je considère que le retour de bâton est mérité. (mais je suis prêt à donner la parole à l'exécutif français pour sa défense). Toutefois, cela ne veut pas dire que je souscris sans réserve au projet kung fu/wushu indépendant. Mais j'ai une bonne raison pour cela : ce projet n'est pas encore défini.
 
Je suis quand à moi partant pour un approche plus Kung Fu (cérémoniel) que Wushu (sportif) mais un équilibre entre les deux approches est, en France, tout à fait envisageable. (et je pense que les arts martiaux chinois, de manière générale, sont très importants pour le futur des arts martiaux, en particulier pour la pérennité du .... Krav Maga. Cf le mythe du cerbère et des graines)
L'aspect self défense n'étant pas du tout une priorité pour les arts martiaux chinois "traditionnels", il n'a à mon sens pas à être intégré  à cette fédération. (encore une fois, c'est uniquement mon avis mais l'expérience parle)
 
Au cours de cette période, j'ai vu une seule personne s'investir publiquement pour défendre l'indépendance du kung fu wushu.
 
A priori, j'aurais donc tendance à la reconnaître comme référente au sein du Wulin français pour le Kung Fu/Wushu. J'attend maintenant une définition claire du projet d'une fédération indépendante de Kung Fu / Wushu en France pour me prononcer "définitivement" ( importante relative de la culture / tradition / sport, importance de la non violence institutionnelle, importance de la neutralité politique, gouvernance de la structure, etc .....). Mais ce que j'ai vu m'incite à l'optimisme.
 
Oui, je parle de Roger Itier pour ceux qui ne suivent pas.
 
Encore une fois, le développement de cette "affaire" me semble à suivre par tout le wulin français. (Karaté, Aikido, kung fu, wushu, Krav Maga, Judo, MMA, JJB, Combat Russe, etc ....).
 
"La victoire d'Un améliore la situation de Tous"
 
JITA YUWA KYOEI, "Entraide et prosperité mutuelle" selon Jigoro Kano, fondateur du Judo
 
 
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Published by KRAV MAGA et PHILOSOPHIE
8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 18:45
Tior, C4, Krav Maga et autres self défenses (civiles ou militaires)

"C'est toujours en termes politiques que l'on doit penser l'outil militaire, ce n'est pas en termes moraux ou en termes de pathos"

"Deux choses menacent la pensée militaire et stratégique : le militarisme et l'anti-militarisme"

L. Henninger

 

Un sujet à la fois classique et hautement polémique : La self défense et le combat rapproché militaire.

Sont ils liés ? L'un est il plus efficace que l'autre ? Faut il avoir fait l'Armée pour être légitime à enseigner une self défense efficace ?

C'est un sujet pertinent car le combat militaire est lié avec les arts martiaux. Ce lien, d'après des sources concordantes (voir les posts précédents), n'est pas direct. Les arts martiaux et le combat militaire coexistent cote à cote mais ils sont trop différents, à la fois dans les buts et les moyens pour qu'il y ait entre eux plus que des passerelles. (Par exemple un certain Lyautey qui avait pensé à faire la jonction dans un article sur le "rôle social de l'officier")

C'est aussi un sujet compliqué à étudier : La plupart des personnes n'ont pas d'expérience du combat militaire rapproché et/ou d'expérience en parallèle dans les arts martiaux.

De plus devant le tabou existant dans la société sur le sujet de la violence, il est difficile d'avoir accès à des sources fiables, honnêtes et pertinentes.

Souvent la présentation de l'activité militaire est caricaturée (cf les films "Avatar", "Apocalypse Now", "Starship Trooper" ) ou exagérée ("Top Gun" et autres "propaganda" films)

En conséquence, Il est possible à divers mystificateurs de raconter plus ou moins des "histoires" sans que la plupart des pratiquants d'arts martiaux puisse apporter une contradiction.

Ils sont aidés en cela par certains pratiquants qui s'auto-intoxiquent : Demander à un aïkidoka ou à un pratiquant de taïchi chuan "lambda" de vous expliquer ce qu'est le combat rapproché militaire, c'est s'assurer de bons moments de rigolades .....

Un très bon exemple de ce problème de communication ?

Dans les "vestiaires" des arts martiaux (vestiaire physique, réseaux sociaux, etc.....), il y a beaucoup d'histoires d'artiste martiaux se faisant écraser au combat à mains nues par des instructeurs militaires au moment de leur incorporation (sur le modèle de l'adjudant Zim dans starship trooper, le film et le livre)

Inversement, à ma grande surprise, dans les "vestiaires équivalents" du milieu militaire (au moins français), circulent les histoires inverses où des pratiquants d'arts martiaux mettent une dérouillée à l'instructeur.

Bref deux milieux avec un fort point commun (la gestion de la violence - en particulier, mais pas exclusivement, pour les arts martiaux de self défense) mais étrangement où la réalité a du mal à apparaître. ("Ce qui est simple n'est pas forcément facile"). Là un cas d'école où le psychisme humain (qui interagit toujours fortement avec le mythe de la violence) prend le pas sur la simple réalité.

Un très bon article de PROTEGOR (une référence pour les pratiquants d'arts martiaux de self défense) a essayé de préciser ce qu'était actuellement le combat rapproché dans l'armée française (pour rappel, combat rapproché en anglais c'est "close combat" et en hébreu c'est "krav maga"). Pour cela, l'article essayait de donner un début de définition et d'explication sur le TIOR, le C4 et autres CTOM.

https://www.protegor.net/blog/2016/05/methodes-combat-mains-nues-armee-francaise/

Mais comme d'habitude dans les arts martiaux, certains essayent de s'arroger une place de référent et prétendent que rien n'est jamais révélé dans le combat rapproché militaire (Seulement par eux lors de leur stage.....) et qu'il est inutile de faire des recherches sur le sujet.

Bien sur, ce type d'individu ne propose en général que sa parole et quelques photos en treillis. (existe en version française, américaine, russe, israélienne, etc....)

A chaque fois, j'ai demandé une démonstration technique ou un support de cours quelconque - Profitons des réseaux sociaux, tant qu'ils existent. A chaque fois j'ai du silence (au mieux) et des insultes (au pire).

Afin de sortir de ce fantasme permanent dans les arts martiaux (enfin depuis quarante ans) et de pouvoir éviter que les prochaines générations du Wulin ( = communauté des artistes martiaux, c'est le terme chinois) soient victimes des mêmes miroirs aux alouettes, j'ai commencé à m'intéresser au lien existant entre l'entrainement au combat rapproché miliaire et aux art martiaux de self défense (la "self défense" incluant la self défense stricto sensu (la réaction à une attaque) et la partie combat rapproché (apparaissant après la dite réaction).

Ces deux disciplines étant les plus à même d'avoir des points communs. (mais si voulez faire ce type d'analyse avec l'Aikido- art martial cérémoniel- ou la boxe - art martial sportif, feel free ! )

Au début, j'avais une déclaration de Richard Douieb qui déclarait que les militaires étaient "médiocres" en self défense/combat rapproché (y compris dans les forces spéciales où quelques "rares" personnes pouvaient être spécialisés dans cet aspect et pouvaient être considérés comme valables)

https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-nos-vies-connectees/20101203.RUE9712/le-krav-maga-se-pratique-dans-un-esprit-sportif-clair-et-sain.html

Je me suis ensuite rendu compte ensuite que Richard "Huk" Planas du Kenpo Karaté avait dit la même chose dans un ancien article de Budo Magazine. Cet article m'avait interpellé sur un tas de points (notamment sur l'évolution des disciplines après le décès du fondateur/gérant- Ed Parker; sur le fait que ce n'était pas une discipline pour les enfants; etc ....).

A partir de ces déclarations, j'ai commencé à me documenter sur ce le "combat militaire rapproché" avec notamment :

- des discussions avec divers militaires ayant connu le "feu" à des distances "variées" (dont un "ancien" des forces spéciales françaises )

- Les textes réglementaires sur le C4 et le TIOR

- La consultation d'un peu de littérature sur le sujet

Merci à Michel Goya pour ses livres, son blog et ses commentaires, merci au magazine Guerres et Histoire, notamment l'article sur les parachutistes, merci à Jean-Dominique Merchet pour son texte sur les forces spéciales et bien évidemment merci à Laurent Henninger, mon mentor sur l'Art de la Guerre (même si c'est, au moins à l'origine, à l'insu de son plein gré. ) dont je recommande le moindre écrit et la moindre conférence. Oui, je sais, je suis une groupie mais je l'assume : -)

Au passage, d'autres personnes se sont proposées pour me fournir plus d'informations. Je suis désolé de ne pas avoir eu le temps de les solliciter malgré ma vive envie. Je tiens toutefois à les remercier pour leur proposition.

A partir de ces différentes sources, voici une petite présentation de ce qu'est le "combat militaire rapproché actuel" et de la relation qu'il devrait établir (je pense) avec les arts martiaux de self défense pour que les DEUX puissent rester "stables" dans le temps.

Accessoirement cela évitera à beaucoup de pratiquant de croire que leur pratique est "inutile" suite à des racontars de mythomanes ou de manipulateurs. La réflexion permet de cerner les aspects inutiles en combat réel et de connaître les limites d'utilisation, ce qui est plus utile que de vouloir les repousser sans arrêt plus loin : Pour rappel, la discipline de self défense n'est pas l'alpha et l'oméga des arts martiaux. C'est l'alpha et l'oméga pour les arts martiaux de self défense seulement. Inutile de transformer le Judo ou le Gouren, par exemple.

Bien évidemment, je me suis limité à la France dans mon étude/analyse. Toutefois à ma connaissance (et à celles de mes sources), c'est identique dans les autres armées. La réalité contraint tout le monde à faire la même chose. Quand il y a des différences, elles sont dues :

 - soit des contraintes différentes (et donc il est possible de les analyser et de comprendre pourquoi il y a des différences)

- soit il y a autre chose que de la "réalité basique". Or si l'idéologie est une bonne chose sur le plan politique (Si, si !), c'est un problème pour le combat rapproché où la vitesse des échanges interdit le débat "philosophique".

Toutefois, vu la complexité du sujet, si un élément du présent texte posait problème à quiconque, je suis tout à fait disposer à prendre en compte tout apport ou remise en cause documentée. (j'insiste sur l'aspect documenté ...... "Les paroles ne sont pas le territoire")

Le cadre étant posé, nous pouvons y aller.

D'abord un petit état des lieux.

Dans le passé (années 60), la pédagogie d'enseignement du close combat dans l'armée française, y compris pour les militaires des forces spéciales, étaient un peu "rustiques".

En gros :

- Quelques mouvements d'attaques étaient montrés dans la "caserne" (notamment ceux que l'on voit dans les manuels de "close combat", c'était vraiment les mêmes - aucune technique secrète, cachée, secret-défense, etc .....)

- Ensuite, il y avait une mise en pratique sur le "tas" dans certains endroits dont "chicago" (j'ai appris au cours des entretiens que "chicago" dans le milieu militaire français n'était pas la ville américaine mais un quartier de Toulon réputé, autrefois, pour son ambiance nocturne festive et "testosteronée".)

 

Bien évidemment, cet entrainement était suffisant pour faire face à un problème de combat rapproché simple (notamment au vu de la condition physique des militaires vis à vis du reste de la population et éventuellement d'autres armées) mais dès qu'un problème technique apparaissait (problématique de vitesse de réaction, de choix contradictoires, de manque d'information, etc ....) les carences devenaient évidentes. [Et oui, la self défense et le combat, c'est compliqué. Les techniques sont simples mais la mise en application fait partie des choses les plus complexes auxquelles peut réfléchir un humain... ]

C'est là, je pense, l'explication de l'appel, par divers militaires et autres polices d'intervention "musclées", depuis les années 1970-1980, à divers "civils" qui avaient approfondis les arts martiaux. (A l'époque, tous les arts martiaux se présentaient comme des arts martiaux de self défense....D'où la difficulté pour des "néophytes" de faire un choix éclairé au vu de l'évolution de certains disciplines)

Je sais qu'il est classique de reprendre l'argument de Henry Plée et de dire que Karaté, Judo, Boxe(s), sont des sports et n'ont aucune application réelle. Mais c'est un point qui peut être discuté.

Le capitaine Barril, par exemple, a introduit le Karaté au GIGN (d'après son livre et avec des photos à l'appui où le kimono est de rigueur)

De même dans un livre sur l'histoire du RAID (il me semble mais j'ai perdu la référence), il est mentionné l'entrainement aux arts martiaux et, au vu du manque de recul sur les difficultés techniques, l'un des membres de l'équipe allait en intervention avec un Bokken. (le sabre en bois).

Pour les deux derniers exemples, c'est un contexte constabulaire mais il se rapproche, sur l'aspect technique, d'un contexte de self défense militaire.

Dans son livre sur les points vitaux, Plée, lui-même contredit son assertion en mentionnant que son père a pu affronté les corps francs allemands pendant la 1ere guerre mondiale en utilisant la boxe française et l'escrime.

Bref dans les années 70/80, le manque de technique dans les forces spéciales et les forces d'intervention était évident. Ce fut d'ailleurs plus sans doute un problème de perte de savoir : la boxe française était, à une époque, reconnue dans les armées, le judo était également présent (à petite échelle) dans l'armée (bataillon de Joinville, remplacé aujourd’hui par le CNSD, qui servait de "réserve technique" à l'armée) AVANT la montée en puissance de la pratique civile.

Cette perte de savoir permanente au sein des armées (sauf quand une ou deux individualités s'y opposent) explique d'ailleurs l'appel régulier à des experts en "arts martiaux" au sein des forces policières d'intervention et militaires. De manière générale, à ma connaissance, le combat à mains nues n'est pas très considéré au sein de ces institutions. En général, le savoir technique et la tactique et surtout la stratégie (ou la politique) sont plus à l'honneur. Au passage, toutes les personnes que j'ai interrogé pour cette analyse m'ont confié que le savoir militaire se perdait actuellement au sein de l'armée. Quand à la motivation, elle est devenu très très faible (sauf unité d'élite, mais elles servent maintenant de "cache sexe")

Or, par rapport à l'époque où l'adversaire de l'armée française était une autre armée, les choses ont changés. Désormais le soldat est en contact avec la foule (vigie pirate, si tu m'entends.....), il est donc devenu nécessaire d'avoir un mode de réaction avec des attaques beaucoup plus rapprochées et d'avoir une vision claire de ce qu'il est possible de faire (ou de ne pas faire) pour sauvegarder les intégrités physiques (la sienne mais aussi celle de l'adversaire)

A partir de là, il y a eu mise en place d'un système de combat rapproché pour l'armée française.

C'est la naissance du TIOR (qui va remplacer le très basique "close combat")

Et là commence le drame ....

Comme l'a souligné de nombreuses fois Laurent Henninger, il y a une forte tendance à vouloir transformer l'armée française (une institution faite pour gagner des guerres) en une institution constabulaire (une force de police).

A ma connaissance, la confusion a commencée pendant le conflit en Yougoslavie (avec des sommations à faire en trois langues différentes avant de pouvoir ouvrir le feu .....).

[Aparté : Dans le film, la bataille d'Alger, ce problème est également mis en lumière, mais il existe un voile d'oubli sur cette période]

Depuis la tendance s'amplifie.

Le combat rapproché n'échappe pas à cette tendance générale.

 

Avec le TIOR, cet "esprit constabulaire" apparaît de manière flagrante à travers les techniques. Les responsables de ce programme (qui ne sont pas forcément les concepteurs) semblent vraiment vouloir faire en sorte que les soldats prennent le plus de risque possible : Comment un militaire peut il avoir l'usage d'une matraque télescopique ?

Il s'agit dans ce cas d'une tâche différente de celle d'un soldat. (A l'Armée, l'idée était plutôt d'utiliser le canon de l'arme et surtout la crosse en cas de "problème"). La matraque est un arme de policier pas de militaire.

Bien sur la réalité est apparu ("le TIOR n'est pas efficace") et alors une nouvelle discipline est apparue : Le C4 ( Combat Corps à Corps adapté au Combat de haute intensité ) censé être plus "offensif".

Là encore, à priori, il n'apparait difficile, au vu du programme présenté de croire ce qui est annoncé. ("Le C4 permet de neutraliser quelqu'un dans un contexte de guerre où tout est autorisé").

J'ai noté trois points révélateurs :

1- Le temps de formation dans les deux cas (TIOR et C4) est très (trop ?) court

 

Pour le TIOR le temps est : 32 heures + 32 heures + 78 heures (sur le plan technique), soit 142 heures,  si on suppose qu'un civil s'entraine 4h/semaines => Techniquement, par rapport au Krav maga c'est ceinture jaune. Et çà c'est le niveau technique d'un instructeur....

Pour le C4, c'est 22h+ 57h + 121 h = 200 heures. Là encore, c'est le niveau ceinture orange/vert.

Comme l'ont fait remarqué Richard Douieb et "Huk" Planas, le temps de formation de 10 ou 30 heures pour un soldat est complétement insuffisant pour intégrer des manières de faire efficace. C'est, au mieux, une initiation. Il est illusoire de croire qu'un militaire est formé au combat rapproché avec l'équivalent de 3 stages civils. Le combat militaire rapproché, ce n'est pas différent du combat civil, c'est juste une illusion d'efficacité portée par l'institution.

 

2- Le programme technique est (très certainement) incomplet (et la pédagogie aussi ! )

 

Là, c'est un aspect technique, il est donc nécessaire de s'y connaître un peu. (et ce genre de discussion est récurrent depuis des siècles dans les arts martiaux, donc je ne souhaite pas approfondir)

Mais déjà si on s'intéresse à la partie self défense "pure", elle est quasiment absente du programme du TIOR alors que cela devrait être la partie importante d'un programme de combat rapproché dans un cadre militaire.

Comme cela fut découvert par l'armée américaine aux prises avec une population civile (le texte où je parle du problème technique posé par les Moros à l'armée américaine dans les philippines - http://krav.philo.over-blog.com/article-la-self-defense-et-le-combat-militaire-121263060.html)

Pour le C4, je réserve mon jugement n'ayant pas eu accès à une présentation précise des techniques. Toutefois, la présentation faite dans les vidéos ne va pas, à priori, dans le bon sens.

RNO, un you tubeur, ex fantassin français, pointe le mauvais entrainement général aux armes à feu avec une pédagogie et un entrainement inadaptés aux conditions actuels d'un affrontement. Difficile de croire que si l'entrainement de base du fantassin est négligé (le combat à distance), un entrainement annexe (le combat rapproché) va être correct.

Autre point d'interrogation, le CTOM (Combat Total Operationnel Marine), lui serait dérivé du MMA (toujours l'article de PROTEGOR). Hors une des caractéristiques du MMA est de ne pas traiter l'utilisation d'arme blanche, ce qui génère des techniques très bonnes dans l'octogone mais dangereuses si, dans la rue, un couteau sort (au moment du clinch par exemple).

D'ailleurs le fait qu'il y ait deux disciplines différentes de combat rapprochés (CTOM et C4, le TAD serait proche du C4) au sein des forces militaires français est aussi un point d'alerte sur l'aspect technique. Pourquoi deux (trois ?) "écoles" différentes pour des techniques sur lesquelles il est impossible d'avoir une grande variabilité (cf Miyamoto Musashi)  ?

Il y a donc des éléments objectifs qui induisent un certain scepticisme sur l'efficacité technique proposée. (bien sur, cela ne veut pas dire que tous les militaires sont mauvais, cela veut juste dire que s'ils sont bons techniquement cela dépend d'eux, de leur formation antérieure et non de leur formation "professionnelle")

 

3- Le contexte du combat pris comme référence dans le TIOR  n'est pas un contexte de guerre où tout est permis. Le militaire est donc ramené à un combat civil mais sans la formation adéquate. (là encore, pour le C4, je manque d'éléments mais des éléments techniques me font douter)

C'est visible si on regarde la partie juridique du TIOR (objectif n°1 de la formation : Faire acquérir les base juridiques ..... p 9 de la circulaire). A quoi sert le juridique pour un militaire ? Certes, les conditions d'engagement sont variables mais ce n'est pas à un soldat de les adapter au contexte (Là, c'est typiquement le travail d'une POLICE même d'intervention- encore une fois c'est du constabulaire). C'est la hiérarchie qui doit donner un cadre clair et précis. (Sinon elle ne sert pas à grand chose : Un telex (pour les ordres) et un magasinier (pour la logistique) suffisent ....)

 

C'est d'ailleurs l'avantage énorme d'un militaire dans le combat rapproché. Avec le port de l'uniforme, Il ne peut y avoir de doute pour un civil sur la riposte auquel il s'expose en cas d'engagement. Un civil qui engage un militaire ne peut donc être traité que comme un agresseur déterminé (un tueur potentiel .....) et traité en conséquence sans que le militaire ne se pose de questions. Quand les deux combattants portent l'uniforme, la prise de décision est encore plus facile.

Par contre un civil (ou un policier "normal") ne sait pas si un combat va commencer. C'est d'ailleurs le seul avantage d'une "voyou" en mode agression par rapport à un pratiquant. Techniquement, à ma connaissance, le pratiquant lambda sera meilleur que la plupart des agresseurs, l'avantage du "voyou" est sur le plan de l'état d'esprit INITIAL (et éventuellement du matériel d'agression et de la présence d'une bande .....)

Au vu de notre contexte juridico-social, c'est l'éventuel agresseur qui décide du top départ du combat dans notre société. C'est un avantage énorme : Un pratiquant lambda (comme moi), voudra (devra ?) toujours reporter au maximum le combat et sera donc plus vulnérable à la première attaque. (Sauf si la prise de distance est possible, mais ce n'est pas toujours le cas)

Un militaire n'a pas ce problème. L'uniforme donne tout de suite le "la". Un agresseur "civil" ne pourra pas dire que la réponse a été trop violente. (Je sais, il y a "normalement" des consignes.....). Ce qui donne une grande simplicité sur la mise en place d'une riposte. Or démolir quelqu'un n'est pas "techniquement" difficile une fois que l'initiative et la distance ont été prises. J'ai déjà écrit un texte là dessus.

Là, l'introduction du juridique dans l'entrainement de base d'un fantassin, signale que l'on ne veut pas que les militaires fassent leur travail ("gagner le combat dans un contexte où tout est permis") ou alors "quelqu'un" veut que l'armée fasse un autre type de travail qu'un travail militaire. L'analyse technique serait sans doute encore plus éclairant mais les éléments présentés me semblent suffisamment probant.

Ces trois points sont les signes que le combat rapproché n'est pas compris institutionnellement dans l'armée française moderne pour le TIOR. (et cela rejoint l'analyse de RNO sur l'entrainement du combat à distance).

Pour le C4, je mets mon jugement en attente (même si j'ai des présomptions) mais le fait qu'il y ait une demande militaire pour l'entrainement au Krav Maga me fait penser que les mêmes problèmes existent aussi pour cette discipline.

Pour récapituler

Dans le cas du combat rapproché, les témoignages de divers militaires corroborent mon analyse technique. L'armée n'apprend rien en self défense, voire dévoie la discipline pour des raisons "inconnues".

De la même manière RNO recommande le paint ball si l'on souhaite acquérir le sens tactique, compétence fondamentale pour le fantassin. L'armée ne permet pas d'acquérir cette compétence. Sa vidéo est assez démonstrative. https://www.youtube.com/watch?v=IbG7J8JtaIM . Son témoignage corrobore ceux que j'ai obtenu de manière directe.

Michel Goya, dans un article de son blog, faisait aussi remarquer que son protocole pour contrer les tireurs d'élite à Sarajevo malgré son efficacité avait été oublié par l'armée en quelques mois.

A l'heure actuelle, une expérience militaire n'est donc plus significative pour acquérir une réelle compétence du combat fantassin (rapproché ou non).

Bémol : Les forces militaire d'élite sont un cas à part mais en ce qui concerne le combat rapproché, à ma connaissance, c'est également un apport extérieur et non une pratique interne qui explique la compétence (Pour les forces d'intervention de la police, c'est encore un autre point)

Les faits et les témoignages pointent tous la même chose: les civils ont plus de temps (de liberté et de connaissance) pour s'entrainer sur les points qu'ils jugent important et surtout ils peuvent réfléchir sur ce qu'ils estiment être le plus efficace. Il y a certes des menteurs/tricheurs/mythomanes dans le civil mais il y a aussi un large panel d'expériences diverses qui peuvent empêcher un dévoiement "discret" de l'apprentissage des compétences même de type militaire.

Si on se place sur l'acquisition d'une compétence individuelle, La pratique militaire du combat rapproché, dans les faits, ne vaut plus grand chose. La discipline militaire permet d'utiliser des machines de guerre extrêmes efficace (et c'est très bien sur le fond : Un hélicoptère de combat est très utile et plus efficace que 150 personnes à mains nues ou avec des batons. Mais bizarrement là aussi, le taux de disponibilité des appareils montre qu'il y a un problème de fond.....). Mais les "arts" du fantassins ont disparus.

Au passage, notez l'ironie d'un état, l'état français qui veut légiférer sur les arts martiaux, dont les arts martiaux de self défense, alors qu'il est incapable, en pratique, de créer ou de maintenir une telle discipline .....

En conséquence, si vous comptez entrer dans l'armée (ou si on vous y force, ce qui pourrait redevenir à l'ordre du jour... ) et si vous souhaitez vous entrainer de manière efficace sur le combat rapproché, il vous sera nécessaire de passer par la pratique des arts martiaux de self défense. C'est cela la vérité et non l'inverse.

D'après mon expérience et mes connaissances, le meilleur des arts martiaux pour la self défense est le Krav Maga.

Je précise le Krav Maga Civil (Même en Israël, Richard Douieb a confirmé que le temps d'entrainement des militaires au Krav était aussi faible qu'en France).

Il y a certes d'autres arts martiaux de combat "sans concessions" (et j'en ai pratiqué ou j'en pratique certains) mais, en général, ils sont spécialisés ce qui est un problème pour une pratique de self défense où tout peut, potentiellement, arriver.

Je pense que n'importe quel militaire un peu expérimenté voit l'avantage du krav maga. D'ailleurs même le TIOR et le C4 disent s'en être inspirés. Pourquoi ne pas l'avoir pris ? Si le GIGN l'a adopté, c'est qu'il y a une raison.

Le problème vient, sans doute, du fait qu'il y avait peu de formateurs corrects. Cela change avec le travail de fond de la FEKM. (Par contre, bien évidemment, il serait peu judicieux de se rapprocher d'instructeur FFK, garantie "100% état français", où divers facteurs pervertissent la discipline - cf ci dessous).

Il y a également quelques mythos qui utilisent le nom sans avoir de légitimité, qui utilise le terme Krav-quelquechose ou Kapap en prétendant que c'est "mieux" que le Krav Maga. Là aussi, une simple étude historique démonte ce discours.

Enfin, bien évidemment, il y a la connotation israélienne.

Bien évidemment , il ne s'agit pas de nier qu'ils puissent y avoir des intérêts "occultes" dans les arts martiaux. Ainsi, ce fait a été documenté pour le Taekwondo (encore une fois le site Kung Fu Tea est à l'honneur). De même ce point a été mentionné pour les arts martiaux japonais par Henry Plée dans ses chroniques (il mentionne notamment que les experts japonais allaient tous régulièrement à l'ambassade du Japon pour "discuter").

Donc soyons clair, les arts martiaux ne sont jamais "innocents", c'est prouvé avec des faits et des témoignages. (au passage, même si ce n'est pas dans les arts martiaux "stricto sensu", revoir l'histoire du ministère de la "culture" en France, nous incite à ne pas jeter la pierre aux autres)

Mais paradoxalement le "conflit médiatique" sur la légitimité d'Israël (qui, comme d'habitude, est du à une instrumentalisation politique abusant de la pensée reptilienne, mais passons pour le moment car cela nécessitera un long développement. C'est l'inconvénient du néo cortex, il faut du temps) a aboutit à avoir un positionnement explicite de la FEKM sur l'absence de politisation et d'instrumentalisation. (cf l'article de R Douieb pour l'aspect public. En interne, je peux en témoigner, le discours est EXACTEMENT le même : Pas de politique, pas de religion)

Nous avons donc un art martial qui est critiqué pour la politique d'un pays auquel il est - encore -  lié (mais dont il n'en est pas originaire, je rappelle que le Krav Maga est avant tout l'œuvre d'un homme, Imi Lichtenfeld, d'origine Tchécoslovaque voire austro-hongrois au moment de sa naissance) alors qu'il est porté à l'échelle mondiale par la seule fédération qui explicitement refuse toute instrumentalisation. (Là encore, c'était le vœu du fondateur et, par ailleurs, c'est dans la définition d'un art martial).

La preuve ? : il n'existe pas d'organe centralisateur du Krav Maga en Israël qui gérerait la "marque" krav maga. (Je pense que c'est un voeu du fondateur - Certains devraient y penser pour l'avenir ....). Le Krav Maga est donc originaire d'Israël (si on "oublie" que Imi a commencé sa réflexion à Bratislava) mais il est maintenant indépendant et autonome d'Israël.

La plus grande fédération mondiale est d'ailleurs en Europe, avec la France en leader. C'est normal, la France est le pays des arts martiaux. (merci à Léo Tamaki !)

Mais le paradoxe n'est pas fini. Certaines personnes considérant que le Krav Maga n'est qu'une franchise commerciale sont dans la démarche exactement inverse et veulent lier de manière définitive le Krav Maga, Israel et la religion juive en appuyant à fond sur une revendication identitaire pour avoir des "clients captifs".  Et moins, elles sont performantes sur le plan technique (notamment par rapport à la FEKM et il s'agit de faits, cf vidéos de démonstration  sur ce blog) et plus elles sont attachées à militer sur ce aspect.

C'est d'ailleurs exactement, le genre d'expert que la FFK (anciennement FFKDA, la fédération actuellement délégataire pour le krav maga dit "krav-raté" par les connaisseurs) invite pour essayer de maintenir l'illusion d'une légitimité du Krav Maga...... Qui pour demander des comptes à la FFK sur cette instrumentalisation publique ? Ceci en plus de la création de compétition de Krav Maga (contre l'avis du créateur qui avait expliqué pourquoi c'était une aberration .....) montre bien que le Krav Maga ne peut se permettre d'être seulement présent dans le milieu sportif s'il veut rester ce qu'il est : une self défense sans aucun a priori politique, religieux ou autre.

Un ménage doit être fait au vu de la déviance de la FFK (et de quelques négligeables mythomanes) MAIS il ne peut être fait en s'appuyant uniquement sur une fédération sportive nationale tiraillée par des forces "occultes".  

En résumé, les militaires (fantassins) devraient s'entrainer aux arts martiaux CIVILS de self défense (et en particulier au Krav Maga dans la FEKM) s'ils souhaitent avoir une vraie compétence dans le "combat rapproché militaire". (qui devrait inclure, en théorie, majoritairement la self défense mais entre la théorie et la pratique...). La discipline institutionnelle est plus un passage diplômant qu'une réelle acquisition de compétence.

Ceci dit, c'est une véritable épreuve. Le parcours que l'on voit sur la vidéo ci dessous ( a partir de 0.50) est éprouvant, même si le spectaculaire est absent. Toute personne qui le réussit peut légitiment être fière d'elle.

 

 

Mais il y a plus : Établir une passerelle entre les militaires et les arts martiaux de self défense serait bénéfique, au delà des individus, pour les institutions qui les portent.

 

Pour l'institution militaire, il y aurait accès à une discipline "purement technique" où aucun impératif "politique" ministériel (dans le sens péjoratif du terme) ne vient parasiter l'analyse et/ou l'apprentissage d'une méthode de combat. (attention pour éviter le dévoiement en milice ou en étape de recrutement militaire pour les jeunes, l'héritage de Shaolin est à maintenir et à respecter dans les arts martiaux y compris, voire surtout, pour les militaires)

 

Pour le Wulin et les arts martiaux de self défense, cela permettrait d'avoir un point d'entrée avec l'Armée, une institution indispensable à la société, (c'est Machiavel qui le dit) qui puisse lui permettre :

 

1- d'être protégé d'influence politique "parasitante" (par exemple un ministère des sports voulant transformer les techniques pour des raisons socio-politiques)

2- D'avoir accès à des ressources (salle d'entrainement municipale, représentation officielle,....) en tant que conservateur d'un savoir précieux, un genre de CNSD "civil". (Au passage, les femmes pourraient être très impliqué sur cet aspect, ce qui ferait un pendant aux hommes, détenteur de l'institution militaire)

Il faut donc institutionnaliser l'aspect self défense en France en dehors du ministère des sports (le lien est néanmoins nécessaire pour éviter de devenir un entrainement milicien et/ou perdre le contact indispensable avec les autres arts martiaux) . Pour le futur, il apparait nécessaire de créer des liens institutionnels avec le monde de l'Armée voire du constabulaire et de leur ministère respectif afin de maintenir, à travers un équilibre très très très délicat (c'est là LE point), la transmission des techniques de self défense dans le temps.

Ce fut le point qui n'a pas été réussi par le Karaté en Occident ET en Orient (mais là l'instrumentalisation fut d'une autre nature cf Henry Plée et J. Sapir).

A nous de tenter quelque chose de plus construit (en s'inspirant de la grande stratégie de l'Empire Byzantin, du monastère Shaolin et d'autres exemples historiques, comme guide pour réussir cette mutation des arts martiaux dans un monde en dislocation).

C'est tout à fait possible. Le Judo a eu un stratégie de neutralité vis à vis de tous. C'est ce qui a permis à un art martial japonais de continuer son développement après guerre alors que le Japon "gempeitai" avait été un allié de l'Allemagne Nazie.

Le Krav Maga et les autres martiaux de self défense "réelle" (j'ai la liste :-) ) doivent suivre la même stratégie avec les deux axes principaux classiques pour guider l'action du Wulin :

- Non violence en tant qu'artiste martiaux

- Neutralité vis à vis du monde politique, religieux, etc .....

 

 

Le Coin culture

 

Pour un sujet aussi sérieux que la puissance militaire et son expression dans une civilisation, il faudra au moins deux œuvres.

 

 

 

 
 
Tior, C4, Krav Maga et autres self défenses (civiles ou militaires)

La première "Etoiles, Garde à vous" de Robert Heinlein.

Une description, à travers un récit de science fiction, du milieu militaire et de sa relation avec le politique. Même si n'êtes pas fana de récits de guerre, il vous intéressera : Il y a relativement peu de description de bataille, c'est beaucoup plus une réflexion sur le soldat et l'Armée.

Il est à noter que le livre est à l'opposé du film "starship trooper"  qui lui est une satire du militarisme, notamment dans sa boursouflure américaine actuelle.

 

Certains ont, néanmoins, vu dans ce livre une œuvre prônant une militarisation de la société, ce n'est pas mon point de vue.

Il y a plutôt à mon sens un déploiement "inverse" de l'idéal du citoyen-soldat cher à Machiavel : Ce ne sont pas les citoyens qui sont tenus au service militaire, ce sont les volontaires au service militaire qui sont considérés comme citoyens.

Ce court extrait à mon sens montre d'ailleurs bien que, dans cet œuvre,  le "Militaire" (au sens noble) doit, dans toutes circonstances être inféodé au "Politique" (toujours au sens noble).

extrait :

"La guerre, ce n'est pas seulement le meurtre et la violence. C'est la violence contrôlée dans un but précis. Ce but est de soutenir les décisions de ton gouvernement par la force, et non pas de tuer l'ennemi simplement pour le tuer. Il faut l'amener à faire ce que tu décides. Tu vois : Pas de meurtre, mais un usage mesuré et contrôlé de la violence. Mais ce n'est pas à toi ni à moi de décider de cet usage et d'opérer ce contrôle. Un soldat ne doit jamais décider quand, où , comment et pourquoi il se bat. C'est le rôle des hommes d’État, des généraux. Les hommes d’État décident pourquoi et combien. A partir de là, les généraux nous disent où, quand et comment. C'est nous qui fournissons la violence. Ce sont les autres - qui sont plus vieux, plus sages, comme ils disent - qui la contrôlent. Et c'est bien comme ça. "

D'ailleurs Napoléon lui même disait qu'au final, le "Politique" gagnait toujours. Alors pourquoi perdre du temps et des ressources ?

 

Cette œuvre représente le cote lumineux de l'aspect militaire.


 

Tior, C4, Krav Maga et autres self défenses (civiles ou militaires)

Pour le cote obscur de l'aspect militaire, même si le film "starship trooper" peut tout à fait servir de support , c'est le livre "Capitaine Conan" de Roger Vercel, que je retiens (là le film de B. Tavernier est vraiment un reflet du livre) pour plusieurs raisons :

 

  • On voit les ravages du combat militaire et de l'entrainement à l'échelle individuelle (un peu comme dans le "Full Metal Jacket" de Stanley Kubrik)
  • C'est un militaire de réserve  (ayant fait Saint Cyr) qui m'a fait découvrir ce livre et le personnage du capitaine Conan lors d'une conférence. Je n'ai jamais pu le remercier de ce précieux apport (parmi d'autres), c'est l'occasion de le faire même si c'est de manière anonyme. (je ne peux que comprendre ce point :-) )
  • J'ai pu constater la réalité du devenir des personnages du type du capitaine Conan dans les personnes que j'ai côtoyé pour écrire ce texte (pas toujours, notez bien, mais souvent).
  • C'est le livre qui m'a fait sortir du mythe du "guerrier" si populaire, à tort, dans les arts martiaux.  (Conan se prétend être un "guerrier" et non un soldat, on voit le résultat ....)
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Published by KRAV MAGA et PHILOSOPHIE
19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 19:37
la mystification des écoles  japonaises d'arts martiaux
 
La vérité est en marche et  rien ne l'arrêtera
        E. Zola
 
 
Depuis quelques années, des recherches historiques sérieuses ont permis de s'assurer de faits sur l'histoire des arts martiaux. A la fois en Orient (principalement la Chine des Ming et le Japon d'Edo/Meiji) et en Occident ( la Grèce, la Rome antique et l'Europe de la renaissance).
 
Toutefois ces apports majeurs ne connaissent pas la diffusion dans le public qu'ils sont en droit de connaître.
 
Deux raisons à cela :
 
- Le public des arts martiaux n'est pas spontanément tourné vers la recherche universitaire (sauf le Judo, de part ces origines mais il a, je crois, perdu une grande partie de cet atout). Il y a donc peu de relais de connaissance qui peuvent essaimer et donner aux arts martiaux une vision fondée sur des faits.
 
- La plupart des personnes en position d'autorité refuse de clarifier les points litigieux.
 
Vous en doutez ?
 
Demandez une définition du Karaté à un membre de l'administration de la FFKDA ou à un quelconque pratiquant de haut niveau. (la vidéo où F. Didier répond à R. Itier est à cet égard significative). Il y a avait une vidéo qui tournait sur le net avec des définitions du Karaté données par les cadres de la FFKDA (pour un anniversaire, me semble-t-il), le manque de connaissance/recul étant patent. Pour des passionnés pratiquants (avec des subventions publiques tellement la discipline est importante....), cela fait un peu bizarre. Étrangement, je ne trouve plus cette vidéo. (si une âme charitable la retrouve ...)
 
La meilleure réponse que vous aurez sera, peu ou prou  : "une discipline de combat pied/poing originaire d'Okinawa".
 
"C'est un peu court jeune homme". Ce type de définition pose plus de problème qu'il n'en résout.
 
  • - Comment des style importés purement de Chine (comme le Uechi ryu) peuvent-ils être considéré comme "équivalent" à un style plus indigène (comme le Shorin ryu) ? Quel est le point commun TECHNIQUE qui établit la filiation ?  
  • - Si le point commun est purement géographique, est ce à dire que si la boxe thaïlandaise ou la boxe française sont enseignées par des Okinawaiens, elles doivent être considéré comme des styles de karaté ?
  • - Pourquoi, toujours techniquement,  le Karaté est-il du Karaté et pas de la boxe française (au hasard) ?
  • - A partir de quel moment, pourra-t-on considérer qu'un style de karaté développé en dehors d'Okinawa (au hasard le shotokan) n'est plus du Karaté ? (50 ans hors d'Okinawa ? 60 ans ? 1 siècle ?  )
  •  
Ces "non-réponses" (le Zéro de la méthode scientifique) à des questions basiques pour quelqu'un dans une vraie démarche scientifique ne font que mettre en exergue la difficulté d'avoir des définitions claires dès que l'on parle des arts martiaux. Ce point se pose de manière cruciale sur les arts martiaux japonais qui n'ont pas, contrairement aux arts martiaux chinois (et cela dès les années 1920- cf le travail de José Carmona de présentation des historiens Chinois), fait une différence claire entre les mythes, les légendes et les faits.
 
Pour être précis, les arts martiaux japonais n'ont pas fait l'objet d'une communication claire pour établir ce qui était de l'ordre de la légende (agréable à écouter et motivante pour le cerveau émotionnelle, l'équivalent de films, séries, livres, etc .....), du mythe (qui structure une communauté.....) et des faits (qui sont les seuls à permettre d'accéder à l'expérience de nos échecs et réussites passées et donc nous permettent de progresser et pas seulement de changer).
 
Dans le cas des arts martiaux japonais (ken jutsu notamment), on est toujours dans le "grand public" avec la théorie d'une différence entre les "arts pratiques de guerre" des bugei ryuha (ecole des disciplines militaires) pré edo ( avant 1600) et les écoles de la paix d'Edo (après 1600) où la discipline n'est plus orientée vers l'aspect pratique de la guerre. C'est de là que viendrait la différence entre le "Bu jutsu" et le "Bu do". Ce fut notamment une thèse présentée par Donn Draeger et reprise par Henry Plée.
 
C'est un discours que l'on entend toujours. Je l'ai entendu, il y a moins d'un an dans une école d'escrime japonaise où le "sensei" rebalançait cela en expliquant bien que lui faisait un art martial orienté sur la "survie" et non un art martial de "paix". (sans rien démontrer, bien sur ..... Uniquement un discours, comme les sophistes ......).
 
Toutefois, ce genre de discours se heurte assez vite à des contradictions. (Dans la démarche scientifique, une contradiction est un indicateur que le paradigme doit être questionné, cf le post sur la méthode scientifique).
 
- Ainsi, ayant pratiqué des disciplines qui se veulent réalistes et scientifiques (notamment le Krav Maga et l'escrime OCCIDENTALE ancienne), il est manifeste que les écoles d'arts martiaux japonaises, notamment d'escrime (toutes, sauf une à ma connaissance ......) n'enseignent PAS des techniques réalistes- aka les plus efficaces possibles. La démonstration est technique et je ne la ferais pas sur ce blog mais vous pouvez trouvez un autre témoignage en ce sens de Tokitsu dans un Dragon Magazine.
 
- Si les écoles d'arts martiaux anciennes du Japon étaient si "réalistes", pourquoi les (rares) rencontres à l'armes blanches entre portugais et japonais se sont elles finis par une défaite écrasante des japonais d'après les archives ( portugaises, il est vrai et nécessitant d'être approfondi pour être vraiment recevable en tant que preuve -cf ci dessous). Mais bizarrement, comme pour la Chine, à chaque fois que l'on veut avoir un exemple historique du fameux discours opposé "Le maitre chinois/japonais a battu un occidental".  Il est impossible de trouver des faits précis. (Date, personne, niveau réel des deux protagonistes). Ceci pour l'histoire mais également dans la période moderne. [Mais en Chine, certains mentors reconnaissent que ce discours n'est pas fondé sur des faits .... c'est là la différence entre la Chine et le Japon en ce qui concerne les arts martiaux.]
 
- Quel est le lien entre un art martial et un art militaire ? L'artiste martial "ultime" doit il être un "tueur" ou un "général" ? Entre ces deux profils, les compétences sont très différentes. Normalement dans une armée, on cherche surtout à avoir un bon encadrement ( une des erreurs récurrentes de l'armée allemande du dernier siècle, si, si !),  la question d'avoir des "tueurs entrainés" est plus que secondaire : La compétence collective prime sur la compétence individuelle. (une exception historique : les Hashashins nizarites avec une tactique très particuliére )
Comment une école d'art militaire (et donc axé sur l'exercice collectif et son encadrement) pouvait être efficace pour accroitre les compétences individuelles ?
 
Avec ces contradictions (il y en a d'autres .....), j'ai eu de plus en plus de mal à m'investir dans les disciplines japonaises. (Pour être clair, je les ai même quitté en tant que self défense, par contre je les trouve toujours intéressantes en tant qu'arts cérémoniels et j'ai même un "crush" particulier pour l'époque d'Edo).
 
Je pense que ce que j'ai connu à échelle individuelle est le reflet de qui se passe à l'échelle collective. Le "grand public" se détourne de la plupart des arts martiaux  car même sans expliciter ces questions de base, il est manifeste qu'il y quelque chose d'incohérent avec ce "récit des arts martiaux" comme équivalent à des arts militaires.
 
Au passage cela vous donne les deux stratégies crédibles pour sortir de cette impasse :
 
- Soit vous explicitez votre positionnement pour bien précisez ce que vous faites (un art martial cérémoniel, qui a des avantages propres)
- Soit vous modifiez les techniques pour tendre vers l'efficacité et dans ce cas, il est inutile d'avoir plus de 1000 styles/écoles (Si l'escrime européenne est unifiée (en gros, ne chipotons pas), c'est qu'il y a une raison technique, les autres méthodes sont moins efficaces. Je n'ai pas dit pas inefficace, j'ai dit MOINS efficace.
 
Et donc nous voila avec des écoles d'arts martiaux japonais qui soi-disant "préparent à la guerre" (d'il y a trois siècles avec lance, arcs, mousquets, etc ..... ) mais dont le principal message est d'être un art libéral. (= qui nous permet de dépasser nos déterminismes innées et acquis et d'agir au plus efficace ET au plus près de ce que nous sommes - Je crois à la théorie de l'Atman pas au Nirvana bouddhiste, vive l'Ego Pur).
 
En effet, il suffit de relire les écrit de J. Kano mais aussi certains auteurs japonais plus anciens (dont Yagyu Munemori, Miyamoto Musashi, etc....) pour comprendre qu'un art martial est un art libéral. Ce qui est visé est au delà de la "pure technique" et visait bien à nous transcender. Musashi le dit explicitement.
Je n'ai pas eu l'impression que l'entrainement militaire visait ce type d'éducation "libérale" mais certains pourront sans doute me démontrer que cet "art" est libéral. (Petit précision, l'art militaire est essentiel, cf. Machiavel et Héraclite, mais pas libéral. C'est sur ce point que Henry Plée a été mystifié ou a mystifié ....)
 
Et donc quel est le lien entre un entrainement militaire "individuel" (même si, en soi, un entrainement militaire individuel est une aberration) et un discipline libérale, l'art martial.   
 
 D'après les anciens experts ,c'était parce qu'au bout d'un "certain temps (merci F. Raynaud), "on" franchissait une étape qui faisait passer de l'un à l'autre (magie de l'Orient ! ). Hum, quand je parlais de sophisme. Par la parole, on cache une incohérence majeure.
 
Dans les faits, l'art militaire est différent d'un art martial. (cf le post sur l'héritage de Shaolin)
 
Le discours visant à présenter les artistes martiaux comme des militaires amateurs ou des miliciens n'est donc pas pertinent. Il peut y avoir un lien (ce fut le cas en Chine) mais il n'est obligatoire. Un artiste martial peut être un milicien/militaire mais un artiste martial, stricto sensu, n'est pas un milicien/militaire.
 
Pourquoi alors les militaires "amateurs" et les miliciens veulent-ils utiliser l'étiquette "art martial". Pourquoi ne pas dire : Je veux entrainer des soldats ou des miliciens ?
 
 
Parce qu'un "art martial" comme art libéral est chargé de valeur positive (et avec raison : Qui peut être contre la liberté et le progrès ?). Certains veulent utiliser cette image pour vendre leur "soupe" (dans un but egotique, pécunier ou pire : politique)
 
Mais un problème se pose  : Comment éviter que certains vendent la même "soupe" ? On utilise l'argument d'autorité  : "je suis un ex commando des force spéciales de la mort" ou le classique "ma technique est meilleure que la tienne mais je ne te la montre pas parce que c'est trop secret". (après plusieurs millénaires, il n'y plus de techniques secrètes dans le combat au contact. Il y a même des livres sur les points vitaux !!!)
 
Mais l'argument d'autorité peut être plus subtil. C'est précisément cette subtilité qui fait l'efficacité de la mystification japonaise. Sur ce plan on peut dire que c'est du grand art.
 
Au lieu de dire simplement, l'art martial japonais est le plus fort. Ce qui aurait amener une grande question : Pourquoi le Japon est il battu militairement dès qu'il sort de son île ? (par les coréens, les russes, les américains - Il n'y a que le train qui ne soit pas passé dessus ... ). [Je sais les mongols ont été battus mais les éléments naturels y ont été pour beaucoup. De plus c'était plus Teutobourg que Bouvines - ]
 
Le discours, donc, a été plus subtil "le VERITABLE art de la guerre japonais TRADITIONNEL est le plus fort, mais il n'est jamais démontré en public. C'est cela le véritable ART MARTIAL."
 
Avec cet argument, il devient difficile de répondre quoi que ce soit. L'ART MARTIAL devient un savoir-faire exclusivement japonais (le reste de la planète est trop bête) et seul des japonais peuvent le transmettre. (Mais ils ne l'utilisent pas quand le Japon mène des guerres à l'extérieur ....mais bien sûr !!!! )
 
La thèse de Karl Friday, dont j'ai déjà parlé, a démoli ce discours avec l'apport de différents universitaires japonais. je vais repréciser cette thèse.
 
Procédons en deux étapes d'abord il n'y a pas un art militaire japonais féodal mais quatre arts apparus successivement dans l'histoire japonaise depuis le VIIème siècle (à peu près).
 
Le premier consistait à enrôler des paysans pour avoir une troupe quantitative et non qualitative ("leur quantité est leur qualité")
Le deuxième consistait en guerrier spécialisé dans le tir à l'arc monté à Cheval
Le troisième était un régiment de piquier avec des archers
le quatrième était le régiment de piquier avec des mousquets
 
A partir de là, il faut savoir de quel art de la guerre on parle ?
 
Le premier ne nécessitait pas d'école.
Pour le deuxième, il y a peu d'artistes martiaux pratiquant l'archerie monté autrement que dans un but culturel ou cérémoniel. (Comment pourrait on adapter cela pour de la self défense ?)
Pour la troisième les écoles d'arts martiaux (bugei ryuha) n'était pas assez nombreuses pour éduquer les soldats (en se basant sur les recherches d'universitaires japonais)
Pour la quatrième, c'est une période très brève suivi après quelques décennies de l'ére d'Edo (la paix). Il n'y a donc pas à ce niveau de savoir millénaire. Un tel travail sur quelques décennies peut tout à fait se comparer avec le travail équivalent en Europe sur un siècle. (2 grandes guerres, quelques guérillas, etc ....)  
 
Donc premier point, de quel art militaire parle-t-on ? Seul le deuxième est individuel, et encore seulement en partie. Tous les autres sont d'abord collectifs.
 
Seul le point trois et quatre sont susceptible d'avoir donner un véritable art militaire codifié.  
 
Et c'est là qu'un deuxième point apparaît : La plupart des écoles d'arts martiaux mettaient l'accent sur l'escrime au sabre (le sabre ou "l’âme du samouraï"). Or le sabre n'est pas une arme de champ de bataille (même pas pour le cavalier archer de la deuxième époque d'après les divers travaux ). C'est une arme de duel ET/OU de self défense. Le Duel et la Self Défense sont très proches même si différentes sur des points essentiels (voir le post dédié).
Là, comme par hasard, il apparaît que les Bugei Ryuha, même les plus anciennes, enseignaient plus des disciplines de self défense à travers cette escrime personnelle, un aspect art libéral transparaissait même (ex : Yagyu Munemori, Musashi - au passage Musashi n'était pas un militaire et voyageait dans le monde civil - comme c'est curieux).
Un art martial n'a donc jamais été crée avec une optique d'application militaire. Il dérive des arts militaires mais son but à toujours été autre. Il est possible de remonter cette optique libéral dès le début des bugei ryuha du japon médiéval. C'est la thèse de Karl Friday et tous les éléments d'information que j'ai récolté, personellement, converge vers cette thèse.
 
Il apparaît donc clairement que l'identification faite entre l'art militaire et l'art martial est fausse.
 
Dès l'origine, l'art martial a été une discipline libérale sans doute à l'origine de self défense mais avec les défauts de son époque (le sabre courbé !!!, des Kimonos !!!!!)
 
Au passage, le traité des cinq roues est un manuel tout à fait cohérent d'escrime  (même vu avec un regard d'escrimeur "occidental"). Ce qui prouve que les principes sont les mêmes en Orient et en Occident. C'est donc un manuel tout à fait valable pour le combat qui peut suivre la "pure" self défense de "réaction à une attaque". Certes Musashi explique qu'il est applicable pour des domaines plus vastes mais qu'il faut beaucoup réfléchir. (Evoluer ? Art libéral ?)  
Le dernier chapitre (le "vide") permettra de démontrer que même dans une telle école d'arts martiaux (le gout du sang apparait effrayant au début de la carrière de Musashi) aboutissait, in fine, à une ouverture sur le monde. Ce fut d'ailleurs le parcours de Musashi qui devient autre chose qu'un guerrier. (Peintre, sculpteur, auteur, ....)
 
Encore une fois c'est une preuve historique qu'une école d'art martial vise autre chose qu'une école militaire (même si la self défense peut établir un pont entre les deux, je milite d'ailleurs pour ce pont, une fois que les différences sont bien identifié entre un artiste martial et un militaire).
 
Ce développement valide le point de vue de Karl Friday (et accessoirement celui de Kano - rappelons que le judo était appelé ju jutsu Kano au début), le BuJutsu et le Budo sont la même chose : l'Art Martial (Apparemment au Japon, ce point n'est même pas en débat tellement cela parait évident)
 
Il peut y avoir des différences de sensibilité (art martial de self défense, art martial sportif, art martial cérémoniel voire l'art martial corrompu :- ( ) mais aucun art dit martial ne peut être confondu avec un art militaire. D'abord par l'aspect individuel prédominant dans un art martial mais également dans l'aspect de développement positif de l'art martial.
 
C'est au passage, pour maintenir "facilement" cette différence qu'une structure portant un Art Martial (par exemple une fédération) doit être :
- Non violente
- Neutre (politiquement, religieusement, philosophiquement, etc ...)
 
Bien après cet échauffement sur les écoles d'arts martiaux japonaises, je m'attaque prochainement à l'Aikido.

Le coin culture  (Si vous allez au Portugal,  vous savez ce qui vous reste à faire)

"In fact there are some records in our national historic archive of more than a dozen encounters of portuguese soldiers and samurais. These encounters are very well described and detailed.
All ended with the same result except one. The samurai was killed in some or wounded ( but killing themselves afterwards in shame) the only register of a killed portuguese soldier was because he had such an amount of sake in his blood that he couldn't stand straigth. The Samurai that killed him was killed in the next day in a sword duel with a portuguese sailor in top condition.
This descriptions are available in "Torre do Tombo" our national archive institution and are available to anyone.
(..)These documents are available in microfilm in the archive, to preserve the actual documents, i know that you can buy copy's of the microfilms and then use your scanner to transfer them to the computer . I've done that a number of ocassions, you need to have a good scanner. The problem his that I take 1 hour to translate the page from the portuguese used in the 16th century to the modern one, not because of the difference in words but the caligraphy , very artistic and well draw words that sometimes make it hard to understand immediatelly.
I do not know if you can buy them from abroad (the microfilms), "

Tiré de feu  "fencing 101. com"

 

 

 

 

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